Dakar a choisi de restructurer sa dette via le mécanisme du G20, que ses précédents utilisateurs ont trouvé interminable. Le pays promet une procédure plus rapide, mais les investisseurs restent sceptiques.
Réunis à Bangkok pour les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, les responsables financiers de la planète ont un dossier sensible à examiner : celui du Sénégal. Selon Matthew Hill et Jorgelina Do Rosario, journalistes de Bloomberg, le pays est observé de près pour avoir recouru au cadre commun du G20, un outil censé éviter aux pays pauvres des défauts désordonnés.
C’est le 15 septembre que Dakar a officiellement demandé un traitement de sa dette dans ce cadre. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo l’a expliqué aux députés dans ces termes, rapportés par Bloomberg : « Le mur se rapprochait de nous. Il fallait s’arrêter. »
Le gouvernement avait pourtant longtemps hésité, rappellent les deux journalistes, après avoir vu le Ghana et la Zambie s’enliser dans la procédure.
L’ancien responsable du Trésor américain Stephen Paduano parle d’un « cadre commun 2.0 » à propos de cette nouvelle tentative. Il rappelle la plaisanterie qui circulait lors du lancement de l’outil : il n’était « ni commun ni un cadre », tant les dossiers diffèrent par leur déroulement et la manière dont les créanciers se sont impliqués.
Dakar assure que, cette fois, la répartition de l’effort entre créanciers sera équitable, qu’il s’agisse des porteurs d’obligations, des banques ou des États comme la France, le Royaume-Uni et la Chine.
La principale nouveauté est une réunion convoquée tôt dans le processus, sous l’égide du FMI et sur terrain neutre, pour que tous les créanciers disposent des mêmes informations. Elle s’est tenue le 6 octobre. Le Sénégal y a dévoilé un calendrier accéléré et son intention de mener les discussions avec chaque catégorie de créanciers de front.
Cette méthode rompt avec les précédents. Selon Bloomberg, l’Éthiopie a vu l’ordre des discussions la conduire au bord d’un procès à Londres. Des créanciers ont commencé à réclamer le remboursement immédiat de 1 milliard de dollars d’obligations en défaut, avant de renoncer plus tôt cette année grâce à une solution de dernière minute.
Le Sénégal doit encore trancher le sort de contrats d’échange sur rendement total (TRS) d’environ 1,8 milliard de dollars, conclus avec Africa Finance Corp., la Société Générale et la First Abu Dhabi Bank. Ces établissements pourraient exiger d’être remboursés avant les autres. Le document présenté le 6 octobre promet un traitement « transparent et ordonné », mais une note de bas de page indique que l’approche est encore à l’étude.
Le périmètre de la restructuration constitue l’autre difficulté, alors que le ministre des Finances Cheikh Diba a déjà exclu la dette libellée en francs CFA.
Pour Sonja Gibbs, de l’Institute of International Finance, qui représente les créanciers privés, les changements relèvent davantage d’un « cadre commun 1.4 » que d’une vraie refonte. Kevin Daly, gérant chez Abrdn Investments, est plus tranchant. Selon lui, ce cadre renforcé ressemble à « un gadget marketing » et « le jury n’a pas encore tranché ». Il met en garde contre des retards si les autorités ne rendent pas publiques les conditions négociées avec les créanciers officiels.
