À quelques jours de la présentation du plan de restructuration de la dette du Sénégal à ses prêteurs, un groupe de détenteurs d’obligations sénégalaises a exposé ses conditions au gouvernement. Dans une lettre datée du 3 octobre, dont Bloomberg a consulté des extraits, BlackRock, VR Capital Group et Farallon Capital Management avertissent qu’une restructuration entraînant des pertes pour eux provoquerait des « retards importants ». Ces informations ont été rapportées le 13 octobre 2026 par les journalistes Jorgelina Do Rosario, Kerim Karakaya et Matthew Hill.

Selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg, le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) pourrait éprouver des difficultés à approuver le programme de financement du Sénégal avant la fin de l’année. L’audit international portant sur les engagements du pays n’est pas encore achevé. Cette étape nécessite notamment l’intervention d’un cabinet spécialisé.

Les créanciers privilégient un allongement des échéances

Dans leur courrier, les investisseurs proposent un « reprofilage » de la dette, consistant à repousser les échéances des eurobonds au-delà de la durée du programme du FMI, sans réduction du capital ni diminution des coupons moyens. À leurs yeux, toute demande de décote sur le principal ou de baisse des intérêts risquerait d’allonger davantage les négociations.

Ils estiment également que cette approche respecterait le principe de comparabilité de traitement, selon lequel les créanciers privés doivent consentir un effort comparable à celui demandé aux créanciers publics.

Pour Bloomberg, cette prise de position laisse entrevoir une opposition des investisseurs à toute exigence de réduction de la valeur de leurs créances. Toutefois, selon l’une des sources citées par l’agence, le niveau d’allègement nécessaire sera finalement déterminé par l’analyse de viabilité de la dette menée par le FMI.

Dakar vise un accord de principe en décembre

Lors d’une réunion avec les prêteurs, le 6 octobre, le gouvernement sénégalais a annoncé son objectif de parvenir à des accords de principe avec les créanciers officiels et les détenteurs d’obligations en décembre. La mise en œuvre des accords est envisagée au premier trimestre 2027.

Ce calendrier repose sur la conduite parallèle des négociations avec les créanciers officiels et les obligataires, plutôt que sur une succession des discussions. Les journalistes de Bloomberg estiment que les créanciers publics pourraient se montrer réticents à cette démarche. Un éventuel retard dans le processus ne constituerait toutefois pas une surprise, au regard de la complexité des négociations.

Dakar ambitionne ainsi de boucler en quelques semaines un processus de restructuration qui a nécessité plusieurs années en Zambie et au Ghana.

Une dette estimée à 48,4 milliards de dollars

Selon la présentation du gouvernement du 6 octobre, la dette du Sénégal atteignait environ 48,4 milliards de dollars à la fin de 2025, soit 105 % du produit intérieur brut (PIB), après rebasage.

Sur les marchés, les obligations sénégalaises arrivant à échéance en 2033 et en 2048 s’échangeaient mardi à un peu plus de 52 cents pour un dollar. Ces niveaux traduisent un recul par rapport aux gains enregistrés dans la foulée de la présentation gouvernementale.

L’issue des négociations dépendra notamment de l’évaluation de la soutenabilité de la dette par le FMI et de la capacité des différentes catégories de créanciers à s’accorder sur les conditions du réaménagement financier.

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