Il est des oppositions politiques qui, à force de se prolonger, finissent par donner l’impression d’une véritable dissonance cognitive.
A écouter Seydi Gassama parler de Macky Sall, on pourrait parfois se demander si ce qui le dérange le plus est le bilan de l’ancien Président ou le fait que celui-ci ait eu un parcours exceptionnel dont peut rêver tout enfant, ait atteint la dernière marche de l’estime de soi, et continue d’exister politiquement, d’être reçu, honoré et célébré sur la scène internationale. Car enfin, comment expliquer qu’un homme qui fait profession de défendre les droits humains semble éprouver tant de difficultés à reconnaître à un adversaire politique le droit aux droits de tous les hommes, à la considération, à la reconnaissance et au respect ? La défense des droits humains devrait pourtant commencer par une exigence élémentaire : ne jamais laisser l’antipathie personnelle prendre le pas sur l’objectivité.
Il eut été plus juste que ce parangon des combats d’arrière-garde situât avec la même rigueur, d’une part, les responsabilités des politiciens qui, dans un cynisme sans fard, ont fait incendier l’université, détruire les infrastructures du Ter, du Brt, saccager et cambrioler les magasins, et tuer d’innocentes personnes, et de l’autre, celles de l’ancien président de la République qui a agi dans le cadre de ses missions régaliennes de garantie de la paix civile, du fonctionnement régulier des institutions, de protection des personnes et des biens. Mais pour autant, je me garderai bien de poser un diagnostic psychologique. Cela relève de la compétence des psychothérapeutes. Mais je me permettrai aisément quelques recommandations amicales à Seydi Gassama. Il doit apprendre à relativiser, accepter que les autres puissent admirer celui qu’il combat, reconnaître que la contradiction n’est pas une offense et, surtout, cultiver cette empathie qu’il revendique si volontiers pour autrui.
La consultation d’un psychothérapeute n’est ni une honte ni une sanction. Mais avant d’envisager une quelconque thérapie, peut-être suffirait-il de pratiquer une forme d’hygiène intellectuelle. Seydi Gassama doit cesser de considérer la reconnaissance accordée à autrui comme une humiliation personnelle.
Il peut combattre Macky Sall sans lui dénier ses mérites, sans diaboliser ses soutiens. Quel qu’ait été son bilan à l’issue de ses mandats, s’irriter de ses succès d’aujourd’hui relève d’une absence du sens du discernement. Car il est possible de défendre les droits humains sans transformer ses convictions en ressentiments.
En effet, la grandeur d’un homme sensé ne se mesure pas à l’intensité de ses inimitiés, mais à sa capacité de défendre les principes, y compris lorsqu’ils bénéficient à ceux qu’il ne porte pas en son cœur.
En définitive, ne devrions-nous pas souhaiter que la première victoire de Seydi Gassama -celle de la racaille et du communautarisme- soit finalement la réalisation de la paix avec l’aura grandissante de Macky Sall ?
Babacar GAYE
Coordonnateur de Convergence citoyenne
