Le Port autonome de Dakar (PAD) peut se prévaloir d’une hausse de 20,7 % de son trafic global entre 2024 et 2025. Mais derrière ces performances, la concurrence des ports ouest-africains s’intensifie. Abidjan, Lomé, Accra, Conakry et Cotonou affichent une croissance soutenue, tandis que certains armateurs signalent un ralentissement des activités à Dakar. Dans cette bataille pour les flux commerciaux du Sahel, le futur port de Ndayane apparaît comme un atout majeur, sans pour autant régler toutes les difficultés logistiques du Sénégal.
Dakar face à des concurrents de plus en plus offensifs
Le Port autonome de Dakar reste une plateforme stratégique pour les échanges commerciaux de l’Afrique de l’Ouest. Pourtant, sa position historique ne le met pas à l’abri de la concurrence. Dans un article publié le 7 octobre 2026, Adrien Marotte, de Jeune Afrique, souligne le contraste entre les résultats du port sénégalais et la progression de plusieurs plateformes concurrentes de la sous-région.
Les ports d’Abidjan, d’Accra, de Lomé, de Conakry et de Cotonou enregistrent, selon le magazine, des croissances à deux chiffres des volumes traités. Cette dynamique renforce la pression sur Dakar, dont certains armateurs et compagnies maritimes constatent un ralentissement, voire une contraction du trafic.
Le port d’Abidjan apparaît notamment comme un concurrent de premier plan. Il s’est imposé comme un hub maritime majeur de la sous-région, en profitant de son positionnement et du développement de ses liaisons terrestres. Cette progression représente un défi pour Dakar, qui doit préserver son attractivité auprès des opérateurs maritimes et des importateurs-exportateurs.
Le marché malien, principal terrain de rivalité
La bataille entre les ports ouest-africains se joue aussi dans les pays enclavés, où l’accès à la mer dépend de corridors de transport efficaces. Le Mali constitue, à ce titre, un marché stratégique pour Dakar comme pour Abidjan.
En 2025, le Port autonome de Dakar a traité 2,89 millions de tonnes de marchandises à destination ou en provenance du Mali. Il détient environ 70 % du marché du transit vers ce pays, contre près de 23 % pour le port ivoirien.
Ces chiffres confirment l’avantage dont bénéficie encore Dakar. Toutefois, la progression des infrastructures concurrentes et l’amélioration des corridors terrestres pourraient modifier les arbitrages des opérateurs économiques. Pour les chargeurs, le choix d’un port ne dépend pas uniquement de sa capacité à accueillir les navires ou à traiter les conteneurs. Les délais d’acheminement, les coûts logistiques et la fiabilité du transport jusqu’à la destination finale pèsent également dans la décision.
Le transport terrestre, maillon décisif de la compétition
La concurrence ne se limite donc pas aux installations portuaires. Elle s’étend aux routes et aux voies ferrées qui relient les quais aux marchés de l’hinterland.
Le corridor ivoirien, qui associe route et rail, constitue ainsi un défi pour Dakar. La performance d’un port se mesure aussi à sa capacité à acheminer rapidement les marchandises vers les pays enclavés et à garantir la continuité du transport.
Un transitaire cité par Jeune Afrique résume cette inquiétude : « Si le rail n’est pas fiable dans les prochaines années, les Sahéliens iront ailleurs pour faire passer leur fret ».
Cette mise en garde souligne un risque stratégique pour le Sénégal : perdre progressivement des parts de marché si les corridors concurrents offrent des solutions plus fiables ou plus compétitives. Même avec des infrastructures portuaires performantes, Dakar pourrait voir certains flux se rediriger vers d’autres plateformes si le transport terrestre ne suit pas.
Ndayane, une réponse à la hauteur des ambitions ?
Pour renforcer sa compétitivité, le Sénégal mise sur le futur port en eau profonde de Ndayane, situé à une cinquantaine de kilomètres de Dakar. Développé dans le cadre d’un partenariat entre l’État sénégalais et DP World, le projet représente un investissement estimé à 1,2 milliard de dollars.
Il doit permettre d’accueillir des navires de plus de 20 000 EVP, contre environ 6 000 actuellement, et de disposer d’une capacité initiale de 1,2 million de conteneurs lors de la première phase, dont la mise en service est prévue en 2028. Les travaux de dragage ont été achevés en juillet, avec treize mois d’avance sur le calendrier initial.
Ndayane pourrait ainsi renforcer les capacités du Sénégal, attirer de nouvelles lignes maritimes et réduire certaines contraintes opérationnelles. Mais la construction d’un port de nouvelle génération ne suffira pas, à elle seule, à garantir un avantage durable face aux concurrents régionaux.
L’efficacité des liaisons routières et ferroviaires, la fluidité du transit et la maîtrise des coûts seront déterminantes pour transformer cette capacité supplémentaire en gains réels de compétitivité.
Préserver le leadership plutôt que se reposer sur les acquis
À la tête du Port autonome de Dakar depuis le 13 août 2026, Doune Pathé Mbengue, nommé par le président Bassirou Diomaye Faye en remplacement de Waly Diouf Bodiang, hérite ainsi d’un défi qui dépasse la seule gestion des infrastructures.
Le PAD conserve des atouts importants : une progression de son trafic global, une position favorable dans les classements internationaux et une place dominante sur le marché du transit malien. Mais ces acquis ne garantissent pas automatiquement le maintien de son leadership.
Face à des ports concurrents qui renforcent leur attractivité, Dakar doit désormais défendre ses parts de marché et améliorer l’ensemble de sa chaîne logistique. La mise en service de Ndayane constituera une étape majeure, mais la véritable bataille se jouera aussi à terre, dans la capacité du Sénégal à offrir aux opérateurs des solutions de transport fiables, rapides et compétitives.
La question n’est donc plus seulement de savoir si le port dakarois peut traiter davantage de marchandises, mais s’il saura conserver les flux commerciaux qui font aujourd’hui sa force.
