Selon un communiqué transmis à la rédaction, la Haute Autorité du Waqf teste avec le WAPEC un modèle où l’actif distribué se reproduit, circule de famille en famille et se protège par l’assurance. Un premier lot de 100 chèvres et 10 boucs a été remis à Aéré Lao, première étape d’un programme de 148 millions de FCFA qui doit toucher 2 000 femmes et jeunes.
À Aéré Lao (Podor), la Haute Autorité du Waqf (HAW) et Heifer International Sénégal ont lancé, ce mardi, la distribution des premiers animaux du Waqf Agricole Public d’Élevage de Chèvres (WAPEC), indique un communiqué conjoint transmis à la rédaction. Le projet y est présenté comme le premier Waqf public agricole consacré à l’élevage caprin. La cérémonie, présidée par l’adjoint au préfet de Podor, a vu la remise de 100 chèvres et 10 boucs, première tranche d’un programme qui en prévoit 1 000 et 100 au total.
Selon le communiqué, le projet, évalué à 148 455 697 FCFA, cible 2 000 femmes et jeunes organisés en 100 groupements, dans dix communes des départements de Podor et de Koungheul. Les animaux ont été achetés sur les fonds propres de la HAW. Heifer assure la mise en œuvre technique et Al Rahma Microfinance accompagnera le financement des activités génératrices de revenus. Rapporté au nombre de bénéficiaires, l’investissement avoisine 74 000 FCFA par personne, un ordre de grandeur calculé à partir des chiffres communiqués, qui ne détaillent pas la ventilation du budget. Le cœur du dispositif est économique autant que social. D’après le document, chaque famille bénéficiaire doit transmettre à une autre le même nombre d’animaux que ceux reçus, accompagné des savoirs acquis. Le bien n’est jamais restitué au donateur : il reste dans la communauté et s’y multiplie. Le Directeur général de la HAW, Dr Ahmed Lamine Athie, y voit, selon les propos rapportés par le communiqué, une « aumône qui continue », dans la logique du waqf, qui immobilise un bien pour en faire profiter durablement la collectivité. Concrètement, un capital initial limité doit s’étendre de proche en proche, sans nouvelle injection de fonds.
L’ASSURANCE BÉTAIL, PILIER DE LA PÉRENNITÉ
Le dispositif s’appuie sur la Compagnie nationale d’assurance agricole du Sénégal (CNAAS), qui, d’après le communiqué, a identifié et bouclé tous les animaux la veille de la cérémonie. Chaque bête porte un numéro unique garantissant sa traçabilité. La couverture dure un an contre les risques de mortalité prévus au contrat, avec une indemnisation de 80 % de la valeur assurée. Toujours selon le document, la prime est ramenée de 8 % à 4 % de la valeur de l’animal grâce à une subvention de 50 % de l’État. Pour les promoteurs, cette protection conditionne la continuité de la chaîne : sans elle, la perte d’un animal pourrait empêcher une famille de transmettre à la suivante.
UNE FINANCE ISLAMIQUE POUR STRUCTURER LA FILIÈRE
Al Rahma Microfinance, partenaire de la HAW par convention, prévoit des financements conformes à la Charia, sans intérêt et adossés à des activités réelles, rapporte le communiqué. Son représentant, M. Cheikhou Oumar Sall, y est cité évoquant l’ambition de bâtir une chaîne de valeur de l’élevage, du financement des intrants à la transformation et à la commercialisation, en y intégrant l’élevage caprin et l’embouche bovine. Les groupements ont déjà mis en place un système d’épargne et de crédit et se sont lancés dans la fabrication de savon. Selon la même source, des rencontres dans 50 villages de cinq communes du département de Podor ont réuni 1 854 personnes, dont 1 684 femmes. Les groupements ont été formés au leadership, à la gouvernance et aux bonnes pratiques d’élevage. Les animaux ont été sélectionnés sur les marchés hebdomadaires par des comités d’achat locaux, puis mis en observation sanitaire avant la remise.
Les organisateurs inscrivent le WAPEC dans l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 et dans l’objectif de souveraineté alimentaire. Il répond aussi à la désignation de 2026 comme Année de l’économie sociale et solidaire. Les élus locaux, par la voix de l’adjoint au maire d’Aéré Lao, cité dans le communiqué, ont insisté sur l’autonomisation des femmes et sur la nécessité de bien gérer le passage des animaux.
