Quand une capitale donne le sentiment d’avoir renoncé à toute autorité
Il suffit de parcourir quelques kilomètres dans Dakar pour mesurer l’ampleur du désordre. La capitale sénégalaise semble avoir atteint un seuil critique où l’anarchie n’est plus l’exception mais devient progressivement la norme.
Le spectacle quotidien est saisissant.
Indiscipline généralisée, incivisme, absence de courtoisie, non-respect des règles les plus élémentaires de la vie en société, du commun vouloir de vie commune, occupation anarchique de l’espace public, circulation chaotique, pollution sonore, insalubrité. Le désordre semble désormais avoir pris le dessus sur l’ordre républicain.
Dakar donne parfois l’impression d’une ville qui s’est développée sans véritable gouvernail.
Une capitale où tous les extrêmes se côtoient
Rarement une ville présente autant de contrastes.
A quelques centaines de mètres se succèdent quartiers modernes, habitats précaires, bidonvilles, villages urbains, constructions anarchiques et infrastructures contemporaines.
Les routes sont devenues le théâtre d’une cohabitation incontrôlée entre voitures, bus, camions, Tata, motos, Jakarta, tricycles, charrettes hippomobiles, pousse-pousse, vendeurs ambulants, étals improvisés et une foule de piétons contraints de marcher sur la chaussée.
Chaque usager impose sa propre règle.
La loi du plus audacieux remplace progressivement le Code de la route.
Cette situation dépasse parfois celle observée dans plusieurs grandes métropoles africaines et asiatiques pourtant beaucoup plus peuplées.
Le Sénégal compte environ 19 millions d’habitants, contre des centaines de millions, voire plus d’un milliard dans ces métropoles citées plus haut, mais Dakar supporte une pression urbaine qui exige une gouvernance autrement plus rigoureuse.
L’urbanisation sauvage : la racine du mal
L’urbanisation de Dakar s’est, au fil des décennies, développée à un rythme que les pouvoirs publics n’ont pas toujours réussi à maîtriser.
Des quartiers entiers se sont étendus sans une planification rigoureuse, au détriment de l’équilibre urbain, de la mobilité, des espaces publics et de la qualité de vie.
Cette urbanisation souvent anarchique a favorisé l’occupation irrégulière de l’espace public, la prolifération de constructions inadaptées, la réduction des voies de circulation, l’insuffisance des réseaux d’assainissement et l’absence d’infrastructures collectives essentielles.
Une ville ne peut fonctionner durablement lorsque son développement échappe aux règles de l’urbanisme. L’urbanisation sauvage finit inévitablement par engendrer l’anarchie dans les transports, le commerce, l’habitat, l’hygiène et, à terme, dans la vie quotidienne elle-même.
Aujourd’hui, Dakar paie le prix de plusieurs décennies de laisser-faire. Plus l’on attend pour agir, plus les soluti
