À la veille du grand oral de septembre 2026, cette note ouverte invite le chef du gouvernement à rompre avec la politique politicienne pour engager sans délai un véritable plan de redressement structurel sur le triennat restant
Dans cette deuxième et dernière partie de ma note ouverte au Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô dont la première partie avait été la présentation de la source d’inspiration d’un nouveau chef de gouvernement par un ancien – Mahammed Boun Abdallah Dionne (Paix à son âme) – à travers son essai majeur Le Lion, le Papillon et l’Abeille (Débats Publics, 2023), nous nous inspirons à notre tour des quatre derniers discours de politique générale prononcés par trois premiers ministres au cours des dix dernières années (2014-2024) pour montrer la manière dont s’impose la mutation d’une traditionnelle politique générale en économie politique générale pour faire de la deuxième moitié du quinquennat (2026-2029) celle du miracle après la première moitié de la série noire des rétrogradations de la note souveraine du Sénégal.
C’est qu’au moment où nous écrivons ce texte et le moment qui nous sépare du grand oral de ce mois de septembre 2026, trois constats – pas trente-six – s’imposent au premier ministre Lô. Premièrement, la charge nette de la dette correspondant au montant des intérêts que l’État verse à ses créanciers se situe entre 1 023,5 milliards et 1 057 milliards de FCFA. Les décaissements – dépassant le budget de l’Éducation nationale (990 750 780 275 FCFA) – absorbent près de 25 % à 30 % des recettes fiscales du pays. Deuxièmement, le déficit public consolidé s’établit à 1387,5 milliards de FCFA, représentant environ 6,4% du PIB.
Troisièmement enfin, depuis septembre 2024, la dette publique du Sénégal – évaluée à 132 % du PIB – croît nettement plus vite que les retours financiers générés par les projets financés.
Les investissements productifs générateurs de croissance et de revenus pour l’État ne sont donc pas au rendez-vous pour l’économie d’un pays qui avait été classé en 2024 à la 6e place du top 10 des pays africains les plus attractifs pour l’investissement en passe de sortir, d’après la résolution A/RES/79/230 adoptée le 29 décembre 2024 par l’Assemblée générale des Nations unies, du club peu enviable des Pays les moins avancés (PMA).
Dans la situation dont voilà les données objectives, quelque chose d’autre vient opportunément légitimer la mutation d’un discours fleuve et ennuyeux de politique générale en grand oral d’économie politique générale, axé sur les résultats de développement humain, mobilisateur sur la dernière ligne droite qui nous mène à 2027 et surtout à 2029. Cette bonne chose dit de la science politique qu’elle ne peut se passer de l’économie politique, obligée qu’elle est de tenir compte des « attitudes fonction du milieu physique, des ressources, des modes de production et de la répartition des biens ». C’est qu’« entre la science politique et l’économie politique, les rapports ne sont pas seulement de voisinage mais, si l’on ose ainsi parler, de consanguinité. L’une et l’autre procèdent d’une même curiosité : les besoins de l’homme » (BURDEAU, 1959).
Last but not least : l’élévation du langage, face à des représentants qui ne rendront compte qu’à leurs ombres dans on ne sait encore combien de milliards d’années, ramènerait leurs ardeurs, hors-sujet et hors sol, à la portion congrue. Surtout pas un mot de politique politicienne cher Al Aminou !
L’économie à l’ordre du triennat
Élu pour un quinquennat, le président Bassirou D. D. Faye n’a plus qu’un triennat, voire un biennat, pour agir très vite et très bien. En regardant sur le rétroviseur sans en abuser au vu des contre-performances des deux dernières années, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô lui assurerait le souffle nouveau qui concorderait avec le nouveau programme annoncé au terme des pourparlers, de la mi-août à début septembre 2026, avec le Fonds monétaire international (FMI). Comme rétroviseur, les extraits sur la dette, analysés à la fin de cette note ouverte, de quatre discours de politique générale – deux de Dionne (en 2014 et 2017), un de Ba (en 2022) et un de Sonko (en 2024 ) – suffiraient pour montrer ce qui a changé sur dix ans (2014-2024) et qui aurait – ou pas – dû l’être.
PM 2014 (Dionne 1)
En février 2024, le Plan Sénégal Émergent (PSE) – devenu le référentiel unique de transformation structurelle de l’économie nationale – est lancé. Trop tôt pour répondre, chiffres et réalisations à l’appui, dès le 11 novembre 2014 – date du premier grand oral pour répondre aux trois questions – sur la charge de la dette, le solde budgétaire et les investissements – sur lesquelles tout gouvernement est attendu. Il faut donc attendre le discours de politique générale du 5 décembre 2017 après les Législatives gagnées par l’équipe de campagne de Mahammed Boun Abdallah Dionne.
PM 2017 (Dionne 2)
Extrait :
« Quatre années de mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE) ont déjà permis à notre pays de restaurer les équilibres macroéconomiques, de mener des réformes pour un environnement des affaires plus compétitif, et de consolider les investissements publics structurants, notamment, dans l’agriculture, les infrastructures et l’énergie.
Le taux de croissance du PIB a atteint 6,7% en 2016 contre 6,5% en 2015. Il est estimé à 6,8 % en 2017 et projeté à 7,0% en 2018, une première dans l’histoire économique du Sénégal, qui n’a jamais affiché un taux de 6% sur quatre années consécutives.
Mieux, en Afrique la croissance est ressortie à 1,3% en 2016 à 2,7% en 2017, et projetée à 3,5% en 2018.
Ces performances valent à notre pays de figurer aujourd’hui parmi les cinq pays ayant les croissances économiques les plus fortes sur le continent. L’inflation est contenue sous la barre des 2%, avec une réduction significative et continue du déficit budgétaire à 3,7% du PIB en 2017 contre 6,7% en 2011, grâce à des efforts soutenus de rationalisation des dépenses et de mobilisation des ressources internes.
L’endettement reste maîtrisé, grâce à une politique prudente privilégiant les emprunts concessionnels et les prêts sur le marché financier ayant de plus longues maturités.
Le service de la dette publique extérieure s’est établi en 2017, respectivement à 10,9% des recettes budgétaires et 9,1% des exportations de biens et services, contre des plafonds de 22% et 25% retenus dans le cadre de l’analyse de viabilité de la dette publique.
En vérité, ces performances sont la résultante d’une nouvelle dynamique impulsée à tous les secteurs de la vie économique et sociale. L’agriculture, un des leviers essentiels de notre économie, se situe sur une trajectoire ascendante et enregistre des performances inédites durant ces trois dernières années.
La production d’arachide, qui est passée de 527 mille tonnes en 2011 à 1 million de tonnes dès 2015 et attendue à plus de 1,411 million de tonnes en 2017, connaît une hausse de 73% par rapport à la moyenne des cinq dernières années, un record depuis 40 ans.
Cette situation est d’autant plus encourageante que le redressement de la filière arachidière s’accompagne de prix rémunérateurs pour les producteurs, d’opportunités renforcées vers l’exportation et de valorisation sur place, à la faveur du renforcement des capacités des unités industrielles d’huilerie installées, qui ont atteint 450.000 tonnes.
La production de riz a atteint 1,015 million de tonnes en 2017 contre 405 mille tonnes en 2011, soit plus du doublement de la production en 5 ans. Ce qui nous rapproche à 68% de notre objectif de production d’un million et demi de tonnes.
Au même moment, les équipements de transformation se renforcent avec 12 rizeries installées et 300 décortiqueuses d’une capacité de près de 500.000 tonnes
L’autosuffisance en oignons est dépassée depuis 2015, avec une production de 400.000 tonnes, alors que nos exportations de produits horticoles sont multipliées presque par deux, avec plus de cent mille tonnes en 2016 contre cinquante et un mille tonnes en 2011.
La valeur ajoutée du sous-secteur agricole est passé de 344 milliards de FCFA en 2012 à 469 milliards en 2016.
Ces résultats confirment la justesse de notre option résolue de construire une agriculture compétitive, diversifiée et durable, avec pour fonctions de nourrir au mieux et durablement les populations, de tirer profit des opportunités du commerce international et d’augmenter significativement les revenus des ruraux.
C’est un signe que notre agriculture est sur une autre échelle de production résultant d’une politique cohérente de soutien au développement de ses filières, avec une meilleure disponibilité des intrants, des engrais, des équipements et du matériel agricole.
Depuis 2012, c’est plus de 302,5 milliards de FCFA qui ont été investis dans le sous-secteur pour assurer la disponibilité des semences, des fertilisants et pour soutenir les prix aux producteurs.
Le capital semencier d’arachide est passé de 6.000 tonnes en 2011 à 55.000 tonnes en 2016, alors que le riz, à la faveur de l’enrichissement de la carte variétale, se cultive aujourd’hui sur la quasi-totalité du territoire en hivernage, avec des rendements améliorés.
Plus de 78,3 milliards de FCFA ont été consentis pour l’acquisition d’équipements et de matériels agricoles, notamment de 1 370 tracteurs équipés de matériel de travail du sol, de semis, de récolte et de transformation, ainsi que 17 500 unités de petit matériel, renouvelées chaque année depuis 2012 et cédées aux producteurs à des prix subventionnés à plus de 60%.
Pour réduire la vulnérabilité de l’agriculture, plus de 142 milliards de FCFA ont été investis pour la réalisation d’aménagements hydro-agricoles. En termes de perspective, au moins 35 500 ha de terres seront aménagés durant les quatre prochaines années.
Dans le cadre des programmes de modernisation et d’intensification agricole, 221 fermes « Natangué » et 6 aires agricoles émergentes ont été réalisées, avec un cumul de 16.240 emplois permanents et saisonniers créés pour les femmes et les jeunes.
Ces réalisations seront amplifiées en 2018 avec des investissements de plus 16,063 milliards de FCFA à travers les interventions de l’ANIDA, du Projet Pôle de Développement de la Casamance, du Projet d’Appui à l’Emploi des Jeunes et des Femmes, qui projette la réalisation de 62 fermes.
En outre, 12 Domaines Agricoles Communautaires ont été créés, avec 449 Groupements d’Entrepreneurs Agricoles (GEA) actifs, et 11.090 emplois directs dans toute la chaîne de production.
Plus de 17.000 emplois sont prévus sur la période 2018-2019, avec le renforcement des infrastructures de production dans les DAC existants, la création de nouvelles Unités autonomes d’Exploitation (UAE), de centres de formation et l’extension des activités dans d’autres régions. Un financement de 12 milliards sera mobilisé à cet effet en 2018 et une enveloppe de 56,45 milliards de FCFA sera consentie pour les trois prochaines années.
En outre, quatre nouveaux domaines agricoles communautaires seront réalisés dans les régions de Fatick (Niombato), Kaffrine (Boulel), Kolda à Fafacourou et à Dodji dans la région de Louga, à travers un financement de 47 milliards de FCFA, avec la Banque islamique de développement. Ce projet permettra de créer de 30 000 emplois, avec la mise en place 348 groupements d’entrepreneurs agricoles (Gea). Il est attendu aussi la formation de 30.000 entrepreneurs dans le domaine de la production et de l’entrepreneuriat.
Ces investissements contribueront au renforcement des exportations de fruits et légumes, à la production du riz et à la création d’emplois durables et rémunérateurs.
Le renforcement des aménagements hydro-agricoles et la poursuite des efforts en matière de subvention des intrants, des équipements et matériels agricoles permettront d’amplifier les résultats déjà obtenus, avec un accent particulier sur la structuration des filières et le renforcement des processus de transformation des produits.
Diverses stratégies sont également mises en œuvre pour faciliter la commercialisation des produits agricoles, le renforcement des infrastructures de stockage, la mise en place de plateformes et de mécanismes de contractualisation avec les commerçants, ainsi que la régulation des importations par des mesures périodiques de gel.
Il faut aussi retenir, au titre de ces initiatives, la politique active de conquête des marchés à l’export et la promotion, déjà engagée, des produits agricoles dans les chaines de distribution locales. »
PM 2022 (Amadou Ba)
Extrait :
« [Le gouvernemen] se fera fort de restaurer et accentuer la dynamique de croissance. Les crises internationales ont fini de convaincre les plus sceptiques que nous vivons dans un monde profondément interdépendant. En réalité, le Sénégal, à l’instar des autres pays du monde a fait face, simultanément, à quatre crises combinées : crise sanitaire, crise économique, crise énergétique et crise climatique. Ces crises, d’origine externe, sont autant de défis pour le Gouvernement, dont le rôle de protection des citoyens et des entreprises a été sollicité à un niveau jamais égalé. Le Président de la République Macky Sall, a déployé des efforts exceptionnels pour soutenir les populations et maintenir l’activité économique durant les crises.
À présent, l’économie nationale a besoin d’un regain de dynamisme. Dès lors, une tâche historique de progrès attend le nouveau gouvernement. Il est vrai que beaucoup a été fait. Je dirai que je suis parfaitement conscient de l’œuvre immense qui a été accomplie. Mais ces efforts ne doivent pas masquer l’ampleur des réformes que le pays espère et que nous allons entreprendre avec vous. Au lieu de se complaire dans l’autosatisfaction, le gouvernement dont j’ai l’honneur de coordonner l’action, est résolument tourné vers la recherche du mieux au profit des Sénégalais.
Au demeurant, l’ensemble des réformes envisagées seront évaluées et intégrées dans la nouvelle version du PSE. Car, en vérité, au moment de la conception du Plan Sénégal émergent que nous implémentons depuis bientôt 10 ans, il avait été fait, volontairement, abstraction des découvertes pétrolières qui venaient d’être effectuées.
Maintenant que l’exploitation pétrolière et gazière va entrer dans sa phase active de production, le moment est venu de prendre en considération, dans une démarche prospective et inclusive, l’impact direct et indirect de ces ressources sur notre économie et donc sur le PSE qui constitue le référentiel unique de nos politiques publiques et le cadre d’action du Gouvernement à l’horizon 2035. Cette adaptation notable du Plan Sénégal émergent est d’autant plus nécessaire que les crises et les mutations notées aux niveaux sous-régional et international ne sont pas sans effet sur la réalité économique et sociale interne de notre pays.
Pour prendre en compte l’ensemble de ces changements majeurs, mais aussi procéder à une évaluation d’étape, il est primordial d’actualiser le PSE, de l’adapter aux circonstances nouvelles et de le réorienter pour qu’il continue d’être cette boussole qui nous permet de naviguer, d’avancer et surtout, de tenir le cap, conformément à la vision ambitieuse d’émergence proposée et portée par le président de la République Macky Sall.
Aussi, le gouvernement va-t-il procéder à la réécriture du Plan Sénégal émergent. La nouvelle version du PSE sera finalisée au courant du premier semestre de l’année 2023. Et comme pour la version de base, l’ensemble des acteurs : administrations, universités, société civile, patronat, syndicats, partis politiques, ainsi que les partenaires au développement seront impliqués. Ce projet sera présenté à l’Assemblée Nationale. Les ressources nécessaires au financement de la phase 3 seront intégralement mobilisées.
Pour renouer avec une croissance forte et constante, le gouvernement va générer une marge de manœuvre budgétaire significative, renforcer le développement du secteur privé et faire profiter davantage notre économie du rayonnement du Sénégal sur la scène internationale.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale,
Mesdames, Messieurs, les honorables Députés,
Le premier facteur qui va conforter le gouvernement dans son engagement résolu vers l’émergence est l’amélioration de la gestion des finances publiques, dans le but de renforcer notre système économique et asseoir les bases d’une croissance soutenue. Dans ce cadre, la volonté du Gouvernement est de dégager, sans tarder, des marges de manœuvre budgétaires fortes permettant de réaliser une croissance économique plus robuste. C’est, pour nous, une priorité absolue. Le gouvernement est déjà à pied d’œuvre pour vous proposer une série de projets de réforme pour améliorer la gestion budgétaire et fiscale.
La maîtrise des dépenses publiques s’impose car tout alourdissement de la dette publique affectera notre croissance économique. C’est ainsi que le gouvernement va continuer sa politique d’optimisation de la dépense publique, à travers, principalement, la réduction de son train de vie et la rationalisation de son mode de gestion. Dans ce cadre, des économies substantielles ont déjà été réalisées sur certaines dépenses, telles que les charges en téléphone, logements conventionnés et véhicules. Le président de la République Macky Sall m’a donné instruction de poursuivre cette rationalisation pour augmenter les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
En outre, il est nécessaire d’accroître la qualité de la dépense. En effet, il est vital que le gouvernement élimine certaines dépenses publiques, rende les prestations de services plus efficaces et réaffecte les ressources publiques à des usages plus productifs.
Aux ministres et directeurs généraux, je ne donnerai qu’une consigne : ne dépensez pas plus, dépensez mieux !
Toujours dans le cadre de la continuation de l’assainissement budgétaire, la dette publique sera stabilisée. Notre pays continue de bénéficier de la confiance de la communauté financière internationale. Il présente un profil de risque modéré, grâce à une gestion prudente de son endettement, notamment. Le gouvernement a reçu mandat du Président de la République Macky Sall, de poursuivre sa politique prudentielle d’endettement privilégiant le recours aux emprunts concessionnels.
La création de marges budgétaires importantes passe aussi par une mobilisation accrue des ressources intérieures. C’est ainsi que le gouvernement va accélérer la mise en œuvre de la stratégie des recettes à moyen terme qui fédère et coordonne l’action des services de l’État pour une mobilisation efficiente des ressources publiques et finaliser les réformes des administrations fiscale et douanière, notamment par l’atteinte de la maturité digitale dès 2023.
En outre, le gouvernement va initier une réforme en profondeur de notre système fiscal. Dix ans après la dernière réforme fiscale, l’heure est venue de procéder à l’évaluation et d’adapter le Code général des impôts aux enjeux de l’heure. De larges concertations seront ouvertes, dans une démarche inclusive, pour associer l’ensemble des partenaires à la réflexion et à l’incubation de ce qui sera le nouveau dispositif fiscal.
Par ailleurs, conformément aux engagements du président de la République Macky Sall, le Gouvernement travaillera à mobiliser davantage de financements extérieurs en les alignant sur les politiques nationales de développement et en veillant à la viabilité de nos finances publiques.
Enfin, le gouvernement va réadapter les instruments de mesure et de prospective. Ainsi, dès le début de l’année 2023, il sera procédé, conformément aux standards statistiques, au changement de l’année de base des comptes nationaux. Le « rebasing » permettra de remplacer la base référentielle 2014, afin de refléter au mieux la structure actuelle de l’économie et le niveau du produit intérieur et de ses composantes.
En outre, le 5e recensement général de la population et de l’habitat sera effectué en 2023, afin que tous les projets et programmes sociaux annoncés par le gouvernement soient mieux éclairés par un système d’information moderne et fiable. Il sera établi un diagnostic exhaustif du volume, de l’état et de la structure de la population résidant sur le territoire national, ainsi que des flux migratoires. Le recensement permettra également de renseigner les indicateurs pour le suivi et l’évaluation du PSE, de la capture du dividende démographique, ainsi que l’évaluation des projets et programmes de développement. »
PM 2024 (Sonko)
Extrait :
« C’est avec un profond sens du devoir et une vision claire pour l’avenir que je me présente, aujourd’hui, devant cette auguste Assemblée. A cet effet, je prends la parole, humble, face à l’immensité de la tâche à accomplir. A travers votre institution, je partage, avec les 18 millions de Sénégalaises et Sénégalais vivant dans les villes, dans les campagnes et de la Diaspora, la politique générale du gouvernement pour les cinq (5) prochaines années, adossée à une doctrine et des principes de rupture systémique, pour les vingt-cinq (25) prochaines années.
En cette année 2024, les sénégalais ont montré, à deux reprises, à la face du monde que nous sommes un grand peuple, une grande démocratie. Beaucoup ont douté. Mais, les Sénégalais dans leur majorité ne l’ont jamais fait. Nous avons regardé l’avenir parce qu’il était synonyme d’espoir. Nous avons affronté les épreuves pour avancer. Avancer pour ne jamais sombrer. Notre Nation ne s’est pas laissée perdre par le doute. Parce que nous sommes un grand peuple, animé d’une foi inébranlable et poursuivant un But commun par l’apport de tous : la construction d’un grand pays qui compte dans le concert des nations. Alors n’ayons pas peur de questionner nos certitudes, n’ayons pas peur du changement.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Le 2 avril 2024, le Sénégal est entré de plain-pied, grâce à la résilience de son peuple et à la détermination de sa jeunesse, dans une ère nouvelle de son histoire, l’ère d’une ambition restaurée, à la fois nationale et africaine, l’ère d’un Projet commun, taillée à la juste mesure des aspirations de notre peuple tout entier ; l’ère, enfin, de la poursuite sincère d’une prospérité partagée par tous et chacun, loin des ressources pour quelques-uns.
Cette ère nouvelle est, disons-le, une rupture. Oui, en phase avec les orientations et l’exemple posés par le président de la République, Son Excellence, Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Il échoit à toute la Nation sénégalaise de rompre, de manière ferme et résolue avec certaines façons de penser et de voir notre cher pays, ainsi qu’un bon nombre de pratiques établies. Cela va sans dire, cette rupture impérieuse s’applique au premier chef au gouvernement d’alternative démocratique éclatante, dont j’ai l’honneur et le redoutable privilège d’être le Premier ministre.
Je viens dès lors partager avec vous les principes, l’ambition et les orientations stratégiques du nouveau gouvernement, afin que nul n’ignore ce que nous voulons faire pour le Sénégal, et comment nous le ferons.
Le peuple sénégalais a voté de façon nette et massive pour le Projet d’un Sénégal souverain, juste et prospère.
Pour bâtir ce Sénégal du Projet, il est impératif d’opérer une rupture d’une profondeur et d’une portée jamais vues dans notre pays, depuis notre accession à l’indépendance il y a soixante-quatre (64) ans, en partant de la courbe plongeante de notre histoire.
Le Sénégal d’Hier, un pays modèle, dans une Afrique conquérante :
– Partie intégrante des grands empires et royaumes d’Afrique de l’Ouest, du XIIe siècle à l’arrivée des premières puissances coloniales ;
– Un pays de résistants, dont les populations ont su maintenir leur dignité, leur culture et leurs principes fort de savoir-être, aux heures les plus sombres des razzias et, de la colonisation, y compris au prix du sang et du sacrifice anonyme de leur vie : ce fut le cas lors de ce grave Mardi de Nder; où les femmes Sénégalaises, par dizaines ont préféré la mort à l’esclavage et au déshonneur, ou ce jour tristement célèbre du 1er décembre 1944, à Thiaroye, où des hommes Sénégalais, avec leurs frères Ouest-Africains, ont par dizaines préféré la mort à l’injustice et au déshonneur.
– Le Sénégal des Indépendances, un modèle en Afrique de stabilité de ses institutions, la qualité insigne de ses élites politiques, diplomatiques, administratives, ou même sociales et culturelles, et enfin, de façon plus profonde encore, sa mixité, le brassage de ses ethnies et religions, et la force de son commun vouloir de vie commune.
Le Sénégal d’Aujourd’hui, un modèle en panne, dans une Afrique sacrifiée :
– Un modèle de développement arrêté : 64 ans après son indépendance, le Sénégal est resté enfermé dans le modèle économique colonial, exportant ses matières premières (or, poisson, arachide, phosphate, zircon…), avec peu de valeur ajoutée et important les produits finis. L’énorme déficit de la balance commerciale de l’ordre de 3.300 milliards en 2023 presque 17% du PIB, qui se creuse d’année en année, montre combien notre économie est aujourd’hui peu compétitive. Cela s’est traduit par une croissance trop faible et trop fragile. La croissance annuelle moyenne de 1960 à 2023 a été de seulement 3,1%. Face à une population qui a augmenté en moyenne de 2,7% par an, le revenu réel par habitant n’a jamais décollé, et les Sénégalais sont aujourd’hui quasiment au même niveau de revenus qu’au moment de l’indépendance, voire plus pauvres si l’on tient compte de toute la richesse qui s’expatrie avec les revenus des investissements des groupes étrangers. Cette faible croissance est par ailleurs concentrée sur quelques zones du territoire, notamment le triangle Dakar-Thiès-Mbour. Au final, la triste réalité des chiffres depuis l’indépendance montre que notre pays est enfermé dans un cercle vicieux de sous-développement et de pauvreté, avec des matières premières locales peu valorisées, un secteur privé national qui ne décolle pas, des filières peu compétitives, une croissance structurellement faible et fragile et un territoire national peu aménagé et pauvre ;
– Un modèle social en crise aigüe, avec notamment une jeunesse désabusée, sans perspective dans son propre pays : chaque année, le nombre d’emplois formels créés est très largement inférieur au nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail. Une justice où l’action de quelques-uns a fait perdre la confiance de presque tous. Une école où l’on désapprend bien souvent, et où l’on déséduque encore plus ;
– Un modèle démocratique fortement fragilisé, qui a su rester debout grâce à la résilience des millions de Sénégalais, d’est en ouest, du nord au sud. Notre précieuse démocratie a vacillé, mais a tenu, Dieu merci. Hommage au peuple sénégalais, en particulier à sa jeunesse, pour la lutte qu’il a menée pour préserver ce modèle démocratique. Cette force vitale pour la résistance démocratique, chers jeunes, chers citoyens, nous devons désormais la mobiliser pour le développement du pays.
Toutes ces régressions de notre pays s’illustrent, de la manière la plus dramatique dans la situation que nous avons héritée du régime sortant.
❖ DE L’ETAT DES LIEUX ET MESURES IMMÉDIATES DE REDRESSEMENT
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Les actes que le président de la République a posés depuis sa prise de fonction manifestent clairement ce tournant que notre nation se doit de prendre pour restaurer le crédit de l’Etat et de l’administration publique devant le peuple ainsi que pour redresser toutes les dérives précitées.
En effet, dès sa prise de fonction, il a chargé le gouvernement de mettre en place un plan d’actions d’urgences dans l’attente de l’adoption du nouveau référentiel des politiques économiques et sociales. Dans ce cadre, le gouvernement a enregistré d’importantes réalisations au cours de ces huit (08) derniers mois, qui ont balisé le chemin à la vision d’un « Sénégal Souverain, Juste et Prospère, ancré dans des valeurs fortes ».
Nous nous sommes tout d’abord attaqués à la mère des batailles, à savoir l’établissement de la situation de référence des finances publiques, de l’état des lieux des contrats au niveau des secteurs stratégiques et la reddition des comptes. Bref un Sénégal juste puisque transparent et aux meilleurs standards de la bonne gouvernance.
A cet égard, nous ne pouvions pas nous imaginer un seul instant que le mal était si profond. L’audit des finances publiques sur la période du 1er mars 2019 au 31 mars 2024 est à ce point particulièrement révélateur des dérives du précédent régime avec notamment les niveaux du déficit budgétaire et de la dette publique minorés. Cette situation a eu notamment comme conséquence la suspension des financements attendus en 2024 du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale et le gel du programme économique et financier appuyé par le FMI.
Il nous est également apparu indispensable, dans l’environnement laxiste ayant prévalu durant le dernier régime, de procéder à la revue de tous les contrats signés dans les secteurs stratégiques, en vue de s’assurer de leur conformité à notre législation, maximiser les retombées économiques et sociales pour notre pays et préserver les ressources pour les générations futures.
Outre ces travaux, l’exigence de reddition des comptes a été étendue aux nombreux chantiers payés non achevés (hôpitaux, écoles et universités en construction, maisons de la jeunesse, etc.), aux soupçons de corruption, de surfacturation et de détournements de fonds dans des projets et sociétés d’Etat.
Toujours dans ce registre, il a été procédé à l’audit des ressources humaines trouvées sur place par les différents ministres à leur prise de fonction pour traquer tous les recrutements indus sous la forme de personnel contractuel. Pour donner une idée de l’ampleur des pratiques du régime précédent, le ministère en charge de la Fonction publique a recensé environ 29 000 contractuels recrutés en marge de la réglementation en vigueur.
De même, pour marquer une rupture nette dans le sens de la bonne gouvernance, le président de la République, le Premier Ministre et l’ensemble des membres du gouvernement ont procédé à la déclaration de leur patrimoine dans les délais fixés.
Enfin, de graves scandales ont été décelés dans la gestion foncière, qu’il s’agisse de l’occupation du Domaine public maritime (DPM) ou de l’accaparement de terres sans commune mesure, par des privés et des sociétés civiles immobilières écrans, au niveau des lotissements de zones foncières, effectués notamment à Dakar et Thiès en particulier à Mbour 4. De manière plus grave et répréhensible, il a été noté la prévarication et la privatisation du Patrimoine foncier et bâti de l’Etat.
Pour rester dans ce registre de la bonne gouvernance, je voudrais également évoquer les avancées majeures enregistrées dans l’administration de la Justice, dont le fonctionnement a été notablement instrumentalisé par le régime sortant. Une des réalisations majeures dans ce domaines, au cours des huit (08) derniers mois, a été l’organisation des Assises de la Justice avec la participation inclusive des citoyens.
Les autres réalisations ou initiatives lancées ont trait à la protection des lanceurs d’alerte, la modernisation de l’administration pénitentiaire et la prise en charge judiciaire des dossiers des victimes de la période pré-électorale. A cet effet, en plus de l’inscription budgétaire de crédits destinés aux victimes, il sera proposé à votre auguste assemblée, dans les semaines à venir, un projet de loi rapportant la loi d’amnistie votée le 6 mars 2024 par la précédente législature ; pour que toute la lumière soit enfin faite et les responsabilités situées, de quelque bord qu’elles se situent.
Il ne s’agit pas ici de chasse aux sorcières, encore moins de vengeance, car aucun sentiment de revanche ne nous anime ; loin de là. Il s’agit simplement de justice, pilier sans lequel aucune paix sociale ne peut être garantie.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
La vision d’un « Sénégal Souverain », a été prise en charge dès la formation du gouvernement avec notamment l’exigence de défendre (en tout premier lieu) les intérêts du Sénégal et de ne plus jamais nous laisser dicter notre conduite dans la gestion des affaires publiques et la défense du citoyen sénégalais.
Il en est pour preuve les positions ouvertement affichées par Monsieur le président de la République dans les instances internationales, que ce soit à la tribune des Nations Unies, au Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales, au Sommet des Jeux olympiques du développement durable, aux réunions de l’Organisation de la Coopération islamique. Nous militons pour un rééquilibrage de la gouvernance mondiale et le respect des valeurs universelles de paix et de droits de l’homme, en particulier la fin du génocide à Gaza et la reconnaissance des droits inaliénables du peuple palestinien.
Au plan interne, la célébration du 80ème anniversaire du Massacre des tirailleurs sénégalais à Thiaroye le 1er décembre 1944, a été l’occasion d’affirmer notre exigence de souveraineté dans le rétablissement des faits tronqués, maquillés et cachés depuis 80 ans.
Le non-renouvellement à l’expiration de son délai, le 17 novembre 2024, des accords de pêche qui liaient le Sénégal à l’Union Européenne marque également notre volonté unilatérale de défendre les intérêts de notre pêche artisanale, de notre armement national et de notre industrie locale de pêche.
Concernant la souveraineté monétaire de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), notre gouvernement a eu des échanges avec la BCEAO sur l’état et les perspectives de mise en œuvre de la réforme du Franc CFA.
S’agissant de la souveraineté en matière de défense, le président de la République a annoncé la fermeture prochaine des bases militaires de la France au Sénégal.
Enfin, pour ce qui est de la politique étrangère du Sénégal, les nouvelles bases ont été jetées, à savoir le retour à l’orthodoxie dans la représentation diplomatique sénégalaise à l’étranger avec l’accréditation de diplomates de carrières ainsi que le focus mis sur le renforcement des liens de coopération avec les pays africains.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Le renouveau du Sénégal aux plans intérieur et extérieur ne peut réussir sans une administration publique efficace et dotée éthique et de déontologie ainsi que des sociétés publiques et parapubliques régies par une stricte gouvernance financière.
Cela a été martelé par le président de la République et suivi d’actions, à l’issue du premier Conseil des ministres, avec sa lettre transmise le 8 avril 2024, individuellement à chaque agent de l’Etat, pour les inviter à la droiture, la probité et l’exemplarité, toujours au travers des principes de « JUB, JUBAL, JUBANTI ».
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Nous avons écouté et compris la demande citoyenne pour une meilleure gouvernance du pays, mais nous avons également accordé une priorité au cours des huit derniers mois à la demande sociale des Sénégalais, qui veulent une meilleure qualité de vie.
A cet égard, nous nous sommes attaqués à la Vie chère en mettant en place, dès le mois de juin 2024, dans un contexte de finances publiques en détresse, des mesures de réduction des prix de denrées de première nécessité.
Concernant le coût du carburant et de l’électricité, les mesures utiles ont été prises pour le rétablissement de l’orthodoxie dans la passation des marchés d’approvisionnement en hydrocarbures et la diversification de leurs sources.
S’agissant du cadre de vie des Sénégalais, notre Gouvernement a eu à engager depuis le mois d’avril des fortes initiatives pour (i) la gestion des inondations et les crues, (ii) le fonctionnement régulier du ramassage des ordures par l’apurement des arriérés de paiement dus par la SONAGED aux concessionnaires et (iii) l’organisation mensuelle d’une journée SETAL SUNU REEW. S’agissant en particulier de la gestion des inondations et des crues, des sommes conséquentes ont été dégagées pour y faire face, nous amenant à demander un audit du Programme Décennal de Gestion des Inondations (PDGI) et du Programme d’Assainissement des Dix Villes qui ont englouti respectivement 285 milliards de FCFA et 77 milliards de FCFA, sans résultats tangibles.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Dans le domaine de l’équité sociale, préoccupation prioritaire pour le gouvernement, nous nous sommes attelés à gérer l’impact des contraintes de finances publiques sur le paiement des bourses de sécurité familiale avec l’apurement des arriérés prévu au cours du premier trimestre 2025.
L’équité sociale s’est également manifestée sur tout le territoire national à chaque fois que des catastrophes naturelles ou des accidents sont remarqués, par des appuis financiers et en nature notamment à la suite des inondations, des crues des fleuves Sénégal et Gambie, des accidents routiers.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Mon gouvernement a pris résolument en charge un maillon essentiel de notre développement économique et social au cours des huit (08) derniers mois, à savoir le capital humain, en particulier le secteur de l’éducation et de la formation. Deux conseils interministériels ont été consacrés à la préparation des examens et concours ainsi qu’à la rentrée scolaire 2024/2025.
D’importantes décisions ont été prises à l’issue de ces conseils, parmi lesquelles la résorption du déficit d’enseignants, l’élimination progressive des abris provisoires, la prise en charge de la problématique du défaut de pièces d’état civil des élèves, le paiement des primes et indemnités d’examens. Mon gouvernement se préoccupe fortement des taux d’échecs élevés au CFEE (34,5 %), au BFEM (26 %) et au Baccalauréat (49,5 %). Cela signifie qu’une proportion significative de nos enfants quitte l’école sans un diplôme correspondant à leur cycle scolaire. Nous devons y remédier.
Dans le domaine de l’enseignement supérieur, le défi majeur en cours de prise en charge est la transformation systémique du secteur, avec la mise en place imminente d’un Comité de pilotage chargé de proposer au président de la République des mesures pertinentes à cette fin. D’ores et déjà, les actions requises pour le rétablissement du calendrier universitaire et la pacification de l’espace universitaire ont été engagées.
Les actions en direction de la jeunesse et de la promotion de la citoyenneté n’ont pas été en reste depuis avril 2024, avec l’organisation des vacances agricoles, le repositionnement du service civique et du volontariat au niveau de la Primature pour plus d’impact et la systématisation du concept Armée-Nation dans tous les domaines d’activités appropriés.
Dans le domaine du Sport, nous avons soutenu les compétitions dans les disciplines phares et pris résolument en charge l’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026.
Dans le secteur de la santé, la préoccupation principale a été de garantir la continuité de service et la qualité de l’accueil dans les services hospitaliers, ainsi que de passer en revue le programme de construction d’hôpitaux qui souffre de beaucoup d’actes de mauvaise gestion.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Notre gouvernement s’est appesanti également, au cours de ces huit (08) derniers mois, sur les problématiques d’approvisionnement en eau potable, les questions environnementales et les infrastructures de transport.
Concernant l’approvisionnement en eau potable, nous avons fermement engagé la résolution des insuffisances dans la gestion de l’hydraulique rurale et urbaine, avec notamment des directives pour mettre un terme aux incongruences caractérisées de la traversée de zones rurales non desservies en eau potable par des canalisations d’eau destinées aux villes.
Dans le domaine de l’environnement, mon Gouvernement a pris des mesures fortes avec la suspension jusqu’au 30 juin 2027, des activités minières autour de la rive gauche du fleuve de la Falémé, sur un rayon de cinq cents mètres.
Dans le domaine des infrastructures physiques, mon Gouvernement a réalisé un état des lieux des programmes et projets de constructions d’infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires. Cet état des lieux a révélé certaines dérives et des intérêts sacrifiés de l’Etat du Sénégal.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Tous ces rappels m’ont paru utiles pour prendre la mesure des immenses défis déjà relevés par notre Gouvernement en si peu de temps, mais aussi des obstacles majeurs à franchir pour un « Sénégal prospère ».
Au cours des huit (08) derniers mois, le principal handicap auquel a été confronté mon gouvernement est l’héritage de la gestion d’un pays au milieu du gué, à l’image d’un bateau à bout de carburant dans une mer agitée. Il nous fallait à la fois, déconstruire les mauvais choix, attelages et agencements, redresser les manquements et choix malencontreux et construire les fondations du nouveau Projet.
Ardue fut la tâche dans un contexte de fortes attentes de l’ensemble des agents économiques et des partenaires.
Notre gouvernement a donc pris le pari de la transparence et de l’arbitrage entre les besoins multiformes et complexes.
Nous avons ainsi procédé à l’apurement des arriérés de paiement sur les engagements de l’Etat au titre des trois précédentes campagnes agricoles (73 milliards de FCFA) et sur les autres engagements de dette intérieure. Nous avons soutenu les entreprises publiques en difficulté dans l’attente de leur restructuration (Dakar Dem Dikk, Air Sénégal, La Poste, SAPCO, etc.). Nous avons aussi soutenu la campagne de production agricole 2024 en intrants (subvention de 120 milliards). Nous avons également procédé, en rapport avec les acteurs, notamment le CNIA, au relèvement du prix plancher d’achat des arachides pour le porter de 280 FCFA à 305 FCFA le kilogramme.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Nous voilà à quelques encablures de la clôture de l’exercice budgétaire 2024, avec une Loi de finances rectificative de vérité et de transparence, gage de notre engagement de « dire toujours la vérité à notre peuple, rien que la Vérité, toute la Vérité ».
Nous n’avons pas pu tout faire, satisfaire tout un chacun malgré notre extrême conscience de l’impact sur les opérateurs économiques qui ont eu à contracter avec l’Etat, avant l’arrivée au pouvoir de notre régime. Certains d’entre eux sont malheureusement à tout le moins co-auteurs avec l’Etat des dérives constatées, en acceptant d’exécuter des marchés par anticipation. Nous évaluerons la situation de chacun et procéderons aux paiements, selon les moyens de l’Etat durant l’année 2025.
Nous avons également lancé des audits fiscaux pour lutter contre la fraude fiscale et l’évitement fiscal.
Cet exercice de déconstruction, redressement et construction nécessite un dialogue social fécond. Dans ce cadre, sur les directives du Président de la République, nous avons établi une situation de référence des revendications sociales que nous traiterons dès le début de l’année 2025, au travers de rencontres avec les organisations syndicales. Le maître mot sera un exercice de vérité et de responsabilité, en s’accordant sur ce qui est réaliste et supportable par l’Etat, de ce qui est hors de la portée des moyens publics et, donc, à surseoir jusqu’à meilleure fortune.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Ces huit (08) derniers mois ont également été consacrés à un Sénégal « ancré dans des valeurs fortes », qu’elles soient culturelles ou religieuses.
Dans le domaine de la culture, nous avons renforcé les acquis et engagé des réflexions pour le renouveau culturel du pays. Nous avons également répondu à une vieille doléance des artistes en adoptant, en octobre 2024, un décret sur la rémunération de la copie privée. Nous avons aussi préservé, en l’achetant, la bibliothèque de l’ancien Président Léopold Sédar Senghor qui avait été mise aux enchères.
Dans le domaine religieux, nous avons créé une Direction des Affaires religieuses et de l’insertion des diplômés en langue arabe. Nous avons également assuré le soutien habituel aux principales manifestations des confréries religieuses musulmanes et de l’église catholique. Nous avons continué de magnifier la belle communion des différentes composantes religieuses de la Nation, dans la tolérance et le respect mutuel.
Enfin, dans le domaine de la presse, mon gouvernement a procédé à la restructuration du secteur des médias, avec le retour à l’orthodoxie en matière de déclaration d’activités et le respect des préconisations légales et réglementaires.
❖ DES RUPTURES A POSER
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
L’état des lieux dressé ci-dessus est particulièrement grave.
Notre ambition de mettre le Sénégal sur une nouvelle trajectoire n’est pas compatible avec ces méthodes du passé. Là-dessus, nous avons reçu du peuple sénégalais un mandat clair : la rupture. Un changement profond de paradigme dans les politiques publiques s’impose, aussi bien dans le contenu que dans la méthode.
Dans ce cadre, notre gouvernement a opté pour sept (7) ruptures majeures, dont les premières applications se sont traduites, depuis le mois d’avril 2024, par des avancées concrètes et des réalisations tangibles.
– La première, c’est le retour de l’ambition : nous sommes capables de nous développer, et nous ne le ferons que par nous-mêmes. L’histoire sur les 2 derniers siècles fleurit d’exemples de Nations qui ont su en une à deux générations passer de la pauvreté absolue au développement, où du « tiers au premier monde » pour citer l’ancien Premier ministre de Singapour Lee Kwan Yew. Voilà l’ambition que nous avons pour notre pays. Pour cela, nous devons commencer par nous regarder autrement, pour croire en nous-mêmes : 3 siècles de traite, d’asservissement et de dépendance ont sournoisement diffusé un « complexe du colonisé ». Nous devons en sortir et inculquer à nos enfants une culture de fierté et d’ambition. Nous devons en outre sortir de la défiance mutuelle et voir l’avenir en confiance. Nous devons avoir une confiance paisible mais inébranlable en nous-mêmes et au génie de notre Peuple : confiance en nos compétences locales pour penser notre développement, confiance en notre secteur privé national, dans le cadre d’un patriotisme économique réfléchi, stratégique et assumé, pour valoriser pleinement nos ressources locales et développer des moteurs de croissance endogènes et compétitifs.
– La seconde rupture est celle du passage d’une logique d’urgences et de saupoudrage à court terme à une logique de vision et de planification à long terme : Si nous voulons être développés dans une (1) à deux (2) générations, c’est maintenant qu’il faut définir ce que nous voulons devenir, et commencer pas-à-pas, mandat après mandat, à poser les briques successives vers ce Sénégal de demain. Nos classes politiques ont pris l’habitude de faire miroiter des miracles d’ici la prochaine élection. Comme nous avons des élections, tous les deux (2) à cinq (5) ans, la vision et l’action sont focalisées sur le court terme. Les trésors de ressources financières, humaines et de temps mobilisés de façon non-coordonnée dans la recherche d’effets spectaculaires du jour au lendemain, nous font fatalement retomber, tel Sisyphe, au pied de la montagne, avec notre fardeau toujours plus lourd, et nos forces toujours moins vives, de la vanité de nos efforts. Dès lors, en lieu et place d’une vision ambitieuse, construite progressivement et méthodiquement, nous voyons une ribambelle de projets, d’urgence parfois douteuse, qui poussent comme des champignons et évoluent au fil de l’actualité et des inaugurations sur catalogue.
Au final, l’action publique se résume essentiellement à du saupoudrage : elle mobilise le temps et l’énergie de nombreux acteurs, coûte cher, mais a peu d’impact. Les citoyens n’en sont pas dupes, au demeurant, même si les leviers d’actions contre cette gabegie leur manquent. Ne nous y trompons pas, en votant massivement pour le Projet, c’est bien cette culture politicienne du saupoudrage de courte vue que les Sénégalais ont rejeté avec fracas. Ils savent que rien de solide, pour leur avenir et l’avenir de leurs enfants, ne se fera sans une vision ambitieuse, une planification sérieuse et une exécution rigoureuse.
Ainsi, en rupture avec cette culture, notre gouvernement définira de façon précise le Sénégal que nous voulons pour demain, non pas en nous confinant à deux (2) ans, cinq (5) ans, ou la prochaine élection, mais armés d’une vision à vingt-cinq (25) ans, qui nous permette de nous attaquer de façon résolue aux batailles prioritaires pour sa mise en œuvre. Par ce moyen seulement, nous pourrons apporter des réponses sérieuses et durables aux aspirations des Sénégalais, en en finalisant certaines, en en initiant d’autres, et passant le témoin de génération en génération, en nous étant assurés que des fondements solides sont en place et les jalons posés. Pour chacune de ces batailles, notre gouvernement communiquera de façon honnête, transparente et responsable avec les citoyens.
L’obsession de la prochaine élection, les pressions politiques du moment ne doivent pas dévier les actions sur le court terme et produire des effets détournés dans la conduite de politiques et de décisions qui exigent une vision à long terme. C’est maintenant qu’il faut redonner au PLAN son rôle et sa dimension « Diaïste ». Ainsi, l’Agenda national de Transformation, désormais unique référentiel de nos politiques publiques, élaboré en seulement six mois, entièrement par des compétences nationales, sera opérationnalisé à travers un Master Plan de dix (10) ans, qui déterminera les choix de politiques sectorielles, et un Plan d’Actions Quinquennal, qui encadrera rigoureusement la programmation et l’exécution budgétaire.
– La troisième rupture est celle d’une logique de dépenses à une logique de résultats. Le sentiment largement diffusé aujourd’hui, c’est que l’impact d’une activité se mesure aux montants dépensés. Il y a toujours des inondations ? Pourtant nous avons dépensé des milliards ! L’agriculture sénégalaise va mal ? Mais non, regardez tout ce qu’on a dépensé en subventions et en machines ! Cette culture apparaît dans toute l’ironie de sa splendeur lorsqu’on présente un budget de 7 000 milliards de FCFA comme une prouesse. Ce qui compte, ce n’est pas de dépenser des milliards, c’est de bien dépenser, pour changer dans les faits, et pour le mieux, la vie de chaque Sénégalais. Ainsi, notre gouvernement travaillera à réorienter notre administration vers une culture de résultat. Notre priorité, ce ne sera plus combien de milliards ont été dépensés, mais bien l’impact relatif de chaque franc dépensé. Nous allons bâtir un État sénégalais capable, avec moins de faire mieux. Du reste, cette logique du résultat et de l’impact ne sera pas seulement valable pour les dépenses issues de nos ressources publiques, elle le sera tout autant pour les ressources issues de nos partenaires au développement.
A cet effet, nous avons commencé à mettre en place un nouveau dispositif d’identification et de sélection des investissements publics, en évitant d’engager des opérations d’investissements que le secteur privé pourrait et devrait réaliser. Dans cette perspective, la politique de partenariats de type public-privé (PPP) sera repensée, pour corriger les déséquilibres et imperfections constatés au cours de la dernière décennie.
Une attention particulière sera apportée au coût unitaire, en redéfinissant la politique de commande publique et en retenant partout des prix de référence. La qualité des ouvrages et les délais de livraisons de la commande publique deviendront des normes que tout contractant devra respecter. Par-dessus tout, la transparence devra être de rigueur dans le choix des entreprises contractantes, qui devront remplir toutes les exigences de qualifications et d’expériences requises.
– La quatrième rupture : d’une logique de gestion partisane à une logique de participation citoyenne. Notre ambition pour le Sénégal ne peut réussir sans une adhésion durable des populations, sans la participation de tous à la construction commune d’un « Sénégal nouveau ». En votant pour le Projet, les Sénégalais ont également rejeté cette façon de faire de la politique, où l’on proclame la main sur le cœur que la patrie viendra avant le parti, et où chaque acte posé démontre le contraire. Nous ne voulons plus d’une gestion du pays qui se résume à la gestion partisane d’une clientèle politique. Nous ne voulons plus d’un pays où les richesses sont accaparées par un clan. Nous voulons au contraire un Sénégal où les ressources du pays sont gérées au profit de tous, et où le mérite est plus important que l’appartenance familiale, ethnique ou politique.
– La cinquième rupture consacre le passage d’une gestion centralisée à outrance à une logique de gestion déconcentrée, disons territorialisée. En effet, notre ambition pour le Sénégal ne pourra être réalisée sans une gestion plus proche des territoires.
Faire reculer le centralisme au profit de la gestion de proximité. Notre action sera, dès lors, de procéder à de profondes réformes en matière de décentralisation, de fiscalité et de gestion budgétaire entre autres, afin de libérer le potentiel de nos terroirs.
Au sein de ces pôles, les villes-épicentres seront au cœur de la nouvelle stratégie ; elles bénéficieront d’investissements conséquents en matière d’eau et d’assainissement, d’électrification, de gestion des déchets, d’infrastructures de transport et numérique et j’en passe.
Dans la même foulée, la décentralisation sera approfondie, en renforçant les compétences, les capacités et les moyens financiers des collectivités territoriales. La charte de la déconcentration sera intégralement mise en œuvre, afin de rapprocher l’Administration des usagers du service public.
La sixième rupture consiste à bannir la logique d’accaparement au bénéfice sd’une minorité au profit d’une logique d’équité et de justice. La reddition des comptes, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ne doit plus être perçue comme une exception aux règles de gestion de la chose publique, mais plutôt un principe de transparence et une exigence de gouvernance.
Nous nous inscrirons dans ce cadre, aussi bien pour l’audit de l’utilisation des fonds publics, antérieurement à notre arrivée au pouvoir, que pour la gestion des affaires publiques durant les années de notre gouvernance.
L’Etat veillera à ce que les structures de contrôle et les juridictions compétentes puissent exercer leurs missions respectives, conformément aux lois et règlements, mais également en application des principes de la séparation des pouvoirs et de la présomption d’innocence.
Nous mettrons ainsi en œuvre les conclusions des Assises de la Justice ayant fait l’objet de consensus, et poursuivrons les consultations et le dialogue pour bâtir un pacte social durable. Nul ne pourra désormais se prévaloir d’une proximité partisane pour accéder à des faveurs indues ou se protéger de sanctions méritées. Chaque talent national sera promu, en ne tenant compte, ni de son origine, ni de sa religion, ni de son appartenance partisane.
Enfin, la septième rupture implique le passage d’une Administration bureaucratique à une Administration moderne et performante. L’Administration doit être le fer de lance de la conduite du changement auquel nous invite le chef de l’Etat. Elle sera plus attentive et orientée vers la satisfaction de l’usager. Le clientélisme y sera aboli.
Conformément à l’invite du chef de l’Etat aux agents de l’Administration, chaque agent de l’Etat, à quelque niveau qu’il soit, devra faire sien ce nouveau paradigme d’une Administration performante et moderne. A cet effet, le gouvernement
engagera les réformes idoines pour doter les services administratifs de capacités humaines qualifiées et motivées, ainsi que des moyens de fonctionnement liés, tout en amplifiant la lutte contre les gaspillages dans les dépenses courantes. La corruption et la concussion seront combattues sans faiblesse, en commençant par accélérer l’automatisation des procédures administratives.
Nous avons déjà entrepris de bâtir une Administration publique autour des principes de probité et d’intégrité autour du « JUB, JUBAL, JUBANTI ».
❖ LE CAP 2025-2029
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Les ruptures que je viens d’évoquer guideront notre Stratégie opérationnelle pour les cinq (5) prochaines années.
Pour cela, notre premier devoir est de traduire la Vision du chef de l’Etat de façon concrète, pour qu’elle soit partagée et que chaque Sénégalais soit fier d’en parler, soit fier chaque jour d’y apporter sa pierre.
D’abord, un Sénégal souverain, sera une réalité tangible si nous nous en donnons les moyens, en matière économique, énergétique, alimentaire, pharmaceutique, scientifique, technologique et sécuritaire.
Un Sénégal juste repose sur une véritable paix sociale, une nation où règnent la justice, l’équité, l’unité et la cohésion nationale.
Un Sénégal prospère implique de tripler le revenu par habitant pour rejoindre la catégorie supérieure des pays à revenu intermédiaire. Cette ambition sera réalisée grâce à une croissance annuelle minimale de 6,5 % sur 25 ans, qui transforme qualitativement la vie des populations.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
L’Agenda national de Transformation se décline en quatre (4) axes, à savoir :
– Axe 1 : Une Économie compétitive ;
– Axe 2 : Un Capital humain de qualité et équité sociale ;
– Axe 3 : Un Aménagement et un Développement durables ; et
– Axe 4 : Une Bonne gouvernance et un engagement africain.
A- PRÉREQUIS
Les conditions de succès de cette vision reposent sur des prérequis relatifs à la présence d’un État stratège sachant anticiper les mutations, planifier les actions, réguler efficacement et dans la transparence, les politiques publiques.
Ces prérequis ne sont toutefois pas des conditions suffisantes dans le cas des pays en développement comme le Sénégal, fortement dépendants des flux de financements et d’investissements étrangers. Il leur faut impérativement résoudre cette problématique de dépendance en relevant sensiblement leurs capacités de mobilisation de ressources internes au travers de la politique
fiscale, l’approfondissement du marché du crédit bancaire et du marché financier, mais surtout la promotion de mécanismes alternatifs de financement.
Concernant la politique de relèvement sensible des recettes de l’Etat :
La fiscalité́ est certainement le maillon le plus important de la politique budgétaire. Cependant, le Sénégal peine à̀ mobiliser de manière optimale les recettes fiscales, principal instrument de financement souverain. Aujourd’hui, nous sommes à un taux de pression fiscale d’un peu moins de 18 %, en décà donc du ratio de 20 % fixé par le critère de convergence de l’UEMOA.
Notre ambition est d’atteindre et de maintenir un taux de pression fiscale supérieur ou au moins égal à 20 %, ce qui correspondrait à des recettes additionnelles de plusieurs centaines de milliards annuelles.
Ce résultat est largement à notre portée, si notre système fiscal et nos administrations fiscale et douanière qui l’exécutent sont purgés des tares qui plombent leur action.
Il s’agit notamment de juguler le phénomène incontrôlé des niches fiscales avec son corollaire mal ou sous-évalué de pertes de recettes.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés,
Dans le cadre de l’ambitieuse réforme fiscale que je propose, mon gouvernement s’engage ici et maintenant à formuler et à mettre en œuvre des mesures fortes de rationalisation des dépenses fiscales, afin de réduire progressivement l’impact des exonérations sur la mobilisation des recettes tout en restaurant des marges budgétaires pour le financement de notre politique économique et sociale.
Notre politique fiscale conciliera le besoin de mobilisation des recettes fiscales à la politique de promotion des investissements dans le pays.
Pour relever ce défi, le Sénégal procèdera à l’évaluation d’impact économique et social des avantages fiscaux au-delà des évaluations budgétaires habituelles. Aujourd’hui, l’analyse des données sur les dépenses fiscales donne l’impression d’une générosité sans contrôle de l’État pour des résultats dont l’efficacité n’est pas démontrée. Ces dépenses évaluées, sur la période 2019-2022, s’élèvent à 2.232 milliards de FCFA.
Cet exercice devrait être un instrument de pilotage permettant d’apprécier l’efficacité et l’efficience des dépenses fiscales.
− Ainsi, nous élargirons le périmètre de l’évaluation des dépenses fiscales (mesures recensées et évaluées) à travers l’audit exhaustif de toutes les mesures tendant à baisser le poids de la fiscalité pour une activité économique ou une catégorie socio-professionnelle de citoyen-contribuables.
− Une nouvelle matrice des mesures dérogatoires devra être dressée à fin décembre 2025.
Le gouvernement travaillera également sur la rationalisation des exonérations relatives :
− à l’impôt sur les sociétés des cimenteries ;
− à l’impôt sur le revenu, notamment par une réactualisation du barème progressif ;
− aux consommations de la tranche sociale des livraisons d’eau et d’électricité pour ne viser que les consommateurs les plus défavorisés.
Les nombreuses conventions fiscales conclues par le Sénégal seront également examinées.
Au terme des divers recoupements, à ce jour, le Sénégal disposerait de dix-huit (18) conventions fiscales bilatérales en vigueur. Cette politique est un véritable boulevard à la fraude et l’évasion fiscales.
C’est pourquoi, conformément aux directives du président de la République, nous procèderons au retrait du Sénégal de toute convention bilatérale avec un paradis fiscal et renégocierons les clauses défavorables des conventions conclues avec des États à fiscalité́ normale (c’est le cas notamment des conventions de non double imposition avec certains pays).
Nous lancerons le chantier de la rationalisation des mesures dérogatoires éparpillées dans plusieurs textes (Code minier, Zones franches industrielles, régime de l’entreprise franche d’exportation, Code pétrolier, Code des télécommunications, Code des investissements, etc.), et leur rapatriement dans un seul corpus qu’est le Code général des Impôts, qui sera un chantier prioritaire.
Monsieur le président de l’Assemblée nationalem honorables députés
En plus de ces mesures, il sera procédé à une vaste réforme du Code général des Impôts en agissant inversement sur les taux et l’assiette d’imposition. Pour nous, élargir l’assiette fiscale, tout en abaissant graduellement les taux d’imposition moyen, est la stratégie appropriée pour parvenir à une fiscalité efficace et équitable.
Pour ce qui est de l’assiette, par exemple, la correcte fiscalisation de secteurs à fort potentiel tels l’immobilier, le foncier et l’informel est un impératif budgétaire prioritaire.
Par ailleurs, nous procéderons à la réinstauration du dispositif de contrôle et de taxations des appels entrants supprimé en 2012, juste quelques mois après l’arrivée au pouvoir du précédent président de la République.
Initialement, la taxation sur les appels entrant devait permettre à l’Etat d’engranger des recettes parafiscales de l’ordre de 50 milliards de FCFA par année. Ce cadeau fiscal bien généreux ne se fondait sur aucun argument techniquement documenté et économiquement justifié, si ce n’est le respect d’engagements de campagne auprès du patronat étranger du secteur des télécommunications.
Ce renoncement a fait perdre au Trésor public des centaines de milliards FCFA, de 2012 à 2024.
Mon gouvernement s’engage, dès ce premier trimestre 2025, à remettre sur la table cette question. Une étude documentée, impliquant toutes les parties prenantes (ministère en charge Télécommunications, Ministère en charge des Finances, ARTP, Direction générale des Impôts et des Domaines, Opérateurs de téléphonie, Associations consuméristes) sera réalisée. Sur cette base, une nouvelle réglementation instituant un système de contrôle et de taxation des communications téléphoniques internationales entrant en République du Sénégal sera adoptée.
Un accent sera consacré à la formation des administrations pour leur permettre de pouvoir faire face aux opérations complexes d’évasion, notamment les opérations transfrontalières (prix de transfert, montages abusifs et autres), qui appauvrissent le pays de ressources précieuses pour le financement de son développement.
Enfin, nous lutterons farouchement contre les pratiques permissives, corruptrices et dommageables à l’intérêt national telles que celles consistant en des manipulations du code général des impôts pour y introduire des dispositions comme les remises gracieuses aux entreprises, ou la procédure de l’arbitrage fiscal permettant au ministre chargé des Finances, de renoncer à des recettes fiscales votées par l’Assemblée nationale au nom du peuple sénégalais.
S’agissant de la Douane, le système de dédouanement du Sénégal étant ad valorem (basé sur valeur transactionnelle des marchandises (article 18 du Code des Douanes)), il entre souvent en contradiction avec la volonté de l’Etat d’élaborer des politiques de soutien au pouvoir d’achat des populations qui nécessitent l’adoption de méthodes ad hoc, discutées avec les acteurs institutionnels et les opérateurs économiques, pour arrêter un niveau de dédouanement qui satisfait cet impératif. D’où la nécessité d’une révision du Code des douanes pour intégrer la possibilité légale d’adopter pour une liste limitative de produits considérés comme essentiels (fixée annuellement par arrêté du ministre en charge du budget), un système de dédouanement spécifique à l’importation.
Sur le plan de la transparence dans les lieux d’exercice du pouvoir de l’agent public, il sera procédé à l’ouverture des espaces de travail, surtout dans les bureaux de dédouanement (open space). En effet, les efforts consentis en matière de dématérialisation des procédures, au lieu de créer un environnement nouveau marqué par un traitement sans papier et sans usager, ont laissé les pratiques « corruptogènes » perdurer en l’absence d’une modification indispensable de l’espace de travail. Pourtant, un pays voisin comme la Gambie a adopté le système des open space pour les agents chargés du traitement et de la vérification des déclarations dans les bureaux de dédouanement.
Les chantiers ambitieux en matière de digitalisation des procédures douanières et des formalités du commerce extérieur, vont être accompagnés d’une réforme des structures portant notamment sur les bureaux de dédouanement hérités de la colonisation et ne répondant plus aux exigences moderne du service à l’usager.
Nous renforcerons le programme de modernisation de l’administration des douanes (PROMAD), particulièrement dans ses aspects surveillance du territoire douanier et lutte contre la criminalité transnationale. L’environnement sécuritaire et la recrudescence des divers trafics justifient la montée en puissance d’une administration dont le champ d’action est la frontière. Il s’agit de digitaliser la surveillance douanière avec l’érection d’un centre de commandement des opérations qui intègre les outils les plus modernes de suivi d’abord de l’action du service sur l’étendue du territoire (suivi des moyens humains et matériels pour l’efficience et la transparence), mais également du mouvement des expéditions et autres cargaisons (éviter les détournements de destination préjudiciables au Trésor public), et enfin, avoir un regard permanent sur les points névralgiques de la frontière (vidéosurveillance, utilisation de drones en appui à des unités avancées qui serviront également au partage de renseignements avec les autres FDS). Mon gouvernement fera le nécessaire pour mobiliser et mettre en place le financement nécessaire à cet ambitieux projet déjà ficelé.
La rationalisation du train de vie de l’Etat constitue un autre pilier important du travail gouvernemental. Les dépenses relatives au train de vie de l’Etat représentent, en 2024, 16 % du PIB et 53 % des dépenses totales de l’Etat, ce qui laisse peu de marges pour la prise en charge des investissements publics.
S’agissant de la masse salariale, il sera réalisé un audit du secteur public ainsi que du régime indemnitaire. Il y est recherché plus de performance, mais également plus de transparence et plus d’équité dans les recrutements, les promotions et les traitements salariaux.
Toute proposition de recrutement de nouveau personnel devra être accompagnée d’une fiche d’évaluation du besoin, en identifiant clairement la valeur ajoutée créée, considérant les ressources disponibles.
Nous mettrons en œuvre, dès 2026, un budget à base zéro ; ce qui nous donnera l’occasion de traquer toutes les niches de gaspillages qui figurent, année après année, dans les dépenses courantes, sous la rubrique intitulée « services votés ». Les mesures nouvelles des budgets-programmes seront également minutieusement étudiées.
Dans la même veine, des audits organisationnels seront menés dans les différents services publics, afin de rationaliser, dans tous les domaines, l’architecture et la structuration des administrations, agences et entreprises publiques et parapubliques.
La mise en place d’un système de centralisation des achats de mobiliers et des fournitures permettra de rationaliser la commande publique et de faire des économies substantielles, tout en privilégiant systématiquement le mobilier national dans le choix.
Les mesures de rationalisation des dépenses courantes s’accompagneront d’une amélioration de l’efficacité dans le choix et dans l’exécution des investissements publics. Désormais, l’inscription d’un projet d’investissement dans le budget devra préalablement et systématiquement passer par les processus de maturation et être présenté devant un Comité national de sélection des investissements publics, afin de s’assurer, notamment, de son alignement à la Vision Sénégal 2050 et de sa soutenabilité budgétaire.
Dans cette même veine, le potentiel national d’économie d’énergie, évalué á 28 % des consommations énergétiques du pays (dont 36% pour le sous-secteur de l’électricité, 18% pour celui des hydrocarbures et 40% pour les combustibles de cuisson), sera exploité à fond pour les marges qu’il permettra de dégager sur le coût des subventions d’État et sur la consommation énergétique de l’administration (évalué à 15%) ; en plus des effets positifs induits sur le portefeuille des ménages et les capacités de la Senelec (320 GWh à moyen terme, 2.587 GWh à long terme et un écrêtement de la pointe du réseau électrique de 441 MW).
Ces réformes seront difficiles mais elles constituent le socle de notre nouvelle gouvernance budgétaire et financière. Elles nous permettront de nous projeter dans une nouvelle trajectoire budgétaire, qui alliera une consolidation progressive vers un déficit budgétaire de 3 % dans un horizon d’au maximum trois (3) ans, et une prise en charge maitrisée des investissements structurants et de soutien à la production, ainsi que des dépenses sociales et climatosensibles. Conséquemment, l’encours actuel de la dette publique, qui a atteint des proportions difficilement soutenables, devra être ramené sous la barre des 70 % au plus tard en 2029.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés
Je demeure convaincu, qu’il ne peut y avoir de développement sans investissements domestiques en monnaie locale. C’est fort de ce constat, que mon gouvernement compte faire de la promotion des mécanismes innovants de financement le principal levier de mobilisation de ressources domestiques auprès des ménages, des entreprises non financières et des investisseurs institutionnels.
En ce qui concerne les ménages, la stratégie de mobilisation des financements nécessaires à l’exécution des programmes et projets de la SNDS 2025-2029 intégrera l’intérêt à susciter auprès des Sénégalais pour leur participation financière à l’effort de transformation structurelle du pays. À cet égard, un recours sera fait aux Organismes de Placement Collectif (OPC) de types conventionnel ou islamique selon les préférences des épargnants sénégalais.
Ces OPC pourront souscrire à (i) des obligations et Sukuks dits « Patriotes » émis par le Trésor public, ou par des sociétés de projet pour les grands travaux figurant dans le Référentiel, (ii) des actions de sociétés publiques ou parapubliques, soit dans le cadre de la constitution de leur capital social, de leur augmentation ou de l’ouverture de leur capital social (iii) au rachat d’une partie des actions détenues par des entités étrangères dans des sociétés de droit sénégalais dans le cadre de la politique de souveraineté nationale.
Pour les personnes physiques disposant de capacités substantielles d’épargne et les entreprises sénégalaises désireuses de se positionner dans la participation au financement des grands travaux d’investissement, des opérations de souveraineté économique (telles que les rachats de parts d’entreprises étrangères) ou dans la souscription aux augmentations de capital et à la cession de parts de capital de l’Etat dans des entreprises publiques et parapubliques, il leur sera offert la possibilité de participer à des Fonds d’Investissement Alternatifs (FIA).
Concernant les investisseurs institutionnels publics nationaux, l’accent sera mis sur l’épargne longue qu’ils détiennent en la canalisant dans le financement des programmes de la SNDS 2025-2029 financés sous la forme de Project-finance. Il s’agit notamment de la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC), du Fonds national de retraite et du FONSIS. Les caisses de retraite privées nationales et les sociétés d’assurance seront également sollicitées dans la structuration du financement de ces projets.
A cet égard, conformément aux dispositions de loi n° 201732 modifiant la loi n° 2006-03 relative à la CDC, des mesures urgentes seront prises en vue du strict respect par les entités assujetties au titre du dépôt à la CDC des fonds qu’elles détiennent, en particulier les notaires et certains concessionnaires.
S’agissant de l’approfondissement du marché du crédit bancaire, le relèvement à 20 milliards de FCFA du capital social minimum des banques au plus tard en janvier 2027, devra renforcer les capacités de prêts des banques notamment au secteur privé. Pour ce qui est des banques à capitaux publics majoritaires, notamment La Banque Agricole, la BNDE, la BHS et la BRM, mon Gouvernement compte notablement augmenter leurs capacités de financement au profit du secteur privé, en renforçant leurs fonds propres à la mesure des ambitions du Plan quinquennal pour les secteurs desservis en financement que sont le secteur primaire, les PME, PMI et TPE ainsi que l’habitat social.
Le secteur de la microfinance sera également davantage mis à contribution dans le financement de l’artisanat, de la formalisation du secteur informel et de l’agriculture.
Les mécanismes financiers publics de promotion et de garantie du financement des secteurs jugés prioritaires par le gouvernement, seront mis en synergie avec une répartition claire des rôles et une meilleure articulation des interventions en fonction des cibles.
Enfin, les mécanismes de financement verts seront déployés pour tout projet ayant une composante de durabilité.
Monsieur le président de l’Assemblée nationale, honorables députés
L’emphase mise sur l’impérieuse nécessité de créer les conditions endogènes d’agir d’abord sur notre potentiel marginal de mobilisations de ressources domestiques, constitue la meilleure garantie d’une résilience aux chocs pouvant affecter les financements extérieurs auxquels mon gouvernement continuera de recourir de manière responsable.
L’objectif visé est de diminuer l’exposition au risque de change et de dégager des marges de manœuvre budgétaire pour ramener et maintenir le profil de la dette extérieure à un risque faible. Dans ce cadre, en notre qualité d’Etat membre du FMI et du Groupe de la Banque Mondiale, le recours à ces institutions obéira à leurs qualités respectives de prêteur en dernier ressort notamment en cas de choc sur la balance des paiements et de partenaire stratégique, pour les investissements publics à des taux concessionnels, et privés en particulier pour les PPP. »
Quelle analyse ?
L’analyse consiste ici à déterminer lesquels des trois extraits des discours de politique générale répondent implicitement ou explicitement aux trois questions suivantes :
À combien s’élève la charge nette de la dette correspondant au montant des intérêts que l’État verse à ses créanciers ?
À combien s’élève le solde budgétaire hors paiement des intérêts ?
La dette croît-elle moins vite ou plus vite que ce que rapportent les projets financés par l’emprunt ?
La troisième et dernière question a trait aux investissements productifs générateurs de croissance et de revenus pour l’État
Pour éviter qu’un biais cognitif nous soit reproché, nous avons passé les extraits des discours au crible d’un concordancier – outil électronique d’extractions des concordances grâce auquel la distribution du mot « dette » dans les discours (voir l’image en illustration de cette note) permet de retenir les passages clés contigus.
Le concordancier permet de présenter sous forme de codes-barres avec liens hypertextes la dispersion du mot « dette » à l’intérieur des trois extraits. Chaque barre verticale correspond, pour le mot choisi « dette », à un ou plusieurs passages clés des discours étudiés. Une barre verticale est d’autant plus épaisse que la concentration de la thématique dans la partie du corpus étudié est plus importante, renvoyant ainsi à un nombre important – au moins supérieur à 1 – de passages clés.
Pour laisser à chaque lectrice et à chaque lecteur la possibilité de se faire sa propre opinion, nous observons, sans en rajouter, une dispersion plus faible du mot « dette » dans les corpus de Dionne et de Ba. À chacun de juger pour tout le reste.
Nous avons néanmoins à l’esprit – une fois n’est pas coutume – que le discours d’économie politique générale du 8 septembre 2026 – date finalement retenue – doit être d’une clarté telle pour les secteurs primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire qu’il nous mette tous d’accord sur la grande vitesse que nous impose moins d’un triennat (2026-2029) au lieu du quinquennat initial (2024-2029).
Que de temps perdu !
