«Si l’aventure vous tente, sachez que vous m’aurez en face de vous. En ce moment, le foot, c’est vous, mais la politique, c’est moi.» Boutade ou antiphrase (ironie) pour dire exactement le contraire de ce que l’on pense ? Allez savoir…
A force de vouloir réveiller tout le monde en criant, on finit par empêcher tout le monde de dormir. On ne construit rien dans le bruit, mais plutôt dans la paix et dans le travail comme le fait Nanthio avec la Casamance, avec le Sénégal. La confrontation, le soupçon et le buzz permanents choquent lorsque la solennité du moment, du lieu exige le respect. Et à propos de l’invité, la sagesse wolofe enseigne : «Gan du yewwi ay bëy !»
La cérémonie de pose de la première pierre du complexe agro-alimentaire de Sadio aurait dû rester un moment d’unité, de solidarité et de partage, sans la moindre once de politique politicienne. Cette journée entièrement dédiée au développement du Sénégal en général et de la Casamance en particulier est plus grande, plus importante que tout bavardage, que tout caquetage, que tout gazouillis, que tout babillement insipide sur une possible reconversion à la Mister George. Mais bon…
La discrétion et le travail sont des concepts majeurs très loin des simples et grotesques calculs partisans. Senghor avertissait depuis, en ces termes : «Il n’y a pas de développement sans enracinement culturel et paix intérieure.» Nanthio, est enraciné à Bambali, et c’est sa paix qui construit. Il a investi chez lui, pour créer de l’emploi, de la plus-value, sans jamais réclamer à être ou à devenir un étendard politique. Lui parler de politique, c’est lui manquer de respect. Vouloir ou essayer de transformer cet événement (cérémonie de pose de la première pierre) en tribune est une faute morale, et est perçu par beaucoup comme une honte, une récupération politique hideuse, car elle participe (sans réussir du reste) à abîmer la beauté et la portée du fantastique geste initial. Elle divise là où il fallait rassembler !
Si Sadio n’est en rien politique, pourquoi lui imposer une grille politique ? Pourquoi vouloir le forcer à prendre part au combat politique alors que sa neutralité est une force qui soude, qui consolide, qui apaise et qui brise les malentendus ? Son silence n’est pas un vide à remplir ; son seul nom fédère car, depuis toujours, il a su choisir : il a fait le choix assumé de servir son pays, sa Casamance et son village, de servir autrement. Mandela le grand disait que «ce qui se fait pour moi sans moi, se fait contre moi», alors comment parler au nom du Sénégal, de la Casamance sans écouter leurs fils ? On pense à cet instant aux fils qui servent vraiment par des actes grandioses, aux fils de la trempe de SM10 qui ne parlent pas contre leur pays, leurs régions ou leurs localités. Nos compatriotes savent faire la part des choses, ils savent faire la différence entre ceux qui parlent rekk° et ceux qui font. Les terrains de foot, les terrains agricoles, les terrains industriels et autres terrains voués au bien-être des Sénégalais sont aux antipodes du terrain des invectives et des combats de coqs entre politiciens fadasses (dans le discours et dans le geste). Oui, Sadio construit écoles, hôpitaux, mosquées, stades, unités industrielles de transformation, et appuie les personnes vulnérables : c’est ça aimer son Peuple, ses frères, son pays, sa région, sa localité.
On ne peut pas prétendre aimer une terre tout en la fragilisant, en la fragmentant. On ne peut pas dire vouloir la paix tout en important l’incompréhension et le doute à chaque occasion. La question est celle de la cohérence. Gandhi résumait cette exigence d’une seule phrase : «Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.» SM10 est ce changement. Il ne commente pas le sous-développement, les difficultés de la vie de ses concitoyens, il ne pointe pas seulement (sans rien faire) les manquements de la société, il combat ses tares profondes avec ses constructions, ses usines. La Casamance n’est pas un marchepied, elle est une mémoire ; elle est une blessure qui cicatrise lentement ; elle est une promesse de réconciliation nationale. Elle mérite mieux que les simples discours opportunistes et des processions burlesques ; elle mérite des actes concrets qui consolident durablement son harmonie ; elle exige de tous des énergies saines qui servent sa sécurité, et non qui ouvrent la porte aux vils calculs politiciens. Aimer la Casamance, c’est protéger son équilibre fragile.
Ce jour de pose de première pierre, beaucoup ont ressenti un malaise profond. Car on a constaté, malheureusement, un moment de fierté collective se transformer en une opération de communication. Les images auraient dû montrer de futurs producteurs et ouvriers souriants plutôt qu’une bousculade sur des micros pour débiner des absurdités, des inepties sans lendemain. «Aimer, dit Saint-Exupéry, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction.» Aimer son terroir, ce n’est pas le regarder comme un miroir de sa propre ambition, c’est regarder avec lui vers la même direction où on trouve -au bout- le travail, la paix et le développement.
Le développement ne se décrète pas dans un micro, il se constate dans les rizières, dans les usines, dans les plantations, dans les écoles. Nanthio l’a compris depuis longtemps. Son exemple devait éloigner ceux qui ne construisent rien, qui parlent simplement pour se donner une contenance. La leçon de Bambali restera intacte malgré les séniles tentatives de détournement. Aimer la Casamance, c’est y faire le bien comme Sadio, et rien d’autre.
Dites-moi Waly, se chamailler pour prendre la parole le dernier ou organiser de gigantesques processions font-ils bouillir la marmite à Djirédji, à Simbandi Brassou ou à Kolibantang ? Le geste de Sadio est symbole d’unité, pas un champ de bataille qui épuise une Nation. Cette belle région du Sud, qui revient de loin, a besoin de silence pour panser ses plaies ; elle ne veut plus de bruit, du bruit qui rouvre les cicatrices. On ne répare pas une terre en criant plus fort, on la répare en y construisant, comme sait le faire le Nanthio national, la fierté de l’Afrique. Ce pays sait choisir ; il sait faire la différence notoire entre une vision qui bâtit dans le calme et l’autre vision, celle qui s’agite dans le vacarme. Et le Peuple, tôt ou tard, choisira toujours ceux qui lui apportent la paix.
Amadou FALL
Inspecteur de l’enseignement à la retraite à Guinguinéo
zemaria64@yahoo.fr
