Face à la presse hier, le président de la République des valeurs, Thierno Alassane Sall, a dressé un réquisitoire sans concession contre le régime. Dénonçant l’inaction de l’Etat face au scandale des 37 milliards du projet d’électrification rurale, le député a pointé une justice sélective, prompte à neutraliser des cibles locales comme Madiambal Diagne, Mahamadane Sarr ou d’autres ministres, mais d’une «complaisance suspecte» envers la firme étrangère Aee Power.
Vingt-quatre ans après le drame du Joola, le Sénégal semble repasser les mêmes plats. C’est le constat amer dressé par Thierno Alassane Sall. Evoquant une population étranglée par la pauvreté -touchant 80% des ruraux selon Afrobarometer- et un chômage des jeunes atteignant 34, 1%, le leader politique accuse l’Etat de délaisser les urgences sociales au profit de querelles politiciennes. Le malaise est d’autant plus profond que le pays, autrefois exportateur d’électricité, fait face à une crise énergétique majeure marquée par des coupures répétées et l’approvisionnement précaire du monde rural.
Pour étayer son accusation de «deux poids, deux mesures», le leader politique s’appuie sur un contraste saisissant entre la passivité de l’Etat face à Aee Power et la fermeté déployée dans d’autres affaires : le dossier Lansar Auto dont le patron, Mahmadane Sarr, se trouve aujourd’hui sous les verrous pour un montant présumé de 13, 6 milliards, «alors même que l’Etat lui a fourni des pièces attestant du service fait». Il cite aussi le cas Madiambal Diagne qui «a été poussé à l’exil pour un contrat privé, tandis que d’anciens ministres ou de simples citoyens sont incarcérés ou placés sous bracelet électronique pour quelques millions ou un vol de portable». En face, dit-il, «le responsable d’Aee Power peut accorder des interviews, réclamer encore des milliards et quitter le pays en toute impunité». Sur l’affaire Kosmos, le député rappelle que l’Exécutif a rapidement activé l’Inspection générale d’Etat (Ige) et orchestré une offensive médiatique sur la base de préjudices encore éventuels. Pour le dossiser Aser-Aee Power Epc, «où les fonds ont été décaissés et les dégâts sociaux avérés, le pouvoir s’emmure dans le silence».
Face à ce qu’il qualifie de complicité tacite, le député refuse la résignation. Annonçant des actions sur le terrain dans les villages oubliés et des marches avec la Société civile, Thierno Alassane Sall entend poursuivre le combat judiciaire, au Sénégal comme en Espagne, pour exiger des comptes.
