Le Sénégal a déjà remporté une victoire essentielle : celle de placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des fractures, en faisant entendre, à la tribune des Nations unies, une voix présidentielle qui soutient sans ambiguïté la candidature de son prédécesseur. Quelles que soient les conclusions du scrutin, cette séquence restera comme une démonstration de maturité démocratique, de continuité républicaine et de souveraineté diplomatique.
Certaines victoires ne s’inscrivent pas immédiatement dans le décompte des voix, le verdict d’un scrutin ou l’annonce solennelle d’un résultat. Elles se mesurent autrement : à la hauteur d’une conscience nationale, à la qualité d’un geste politique, à la capacité d’un Peuple et de ses institutions à préférer l’avenir aux passions passagères.
La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies relève désormais de cette catégorie supérieure de victoires. Certes, l’élection reste ouverte. Elle obéira à la procédure propre aux Nations unies, aux rapports de force du Conseil de sécurité, aux équilibres régionaux et aux calculs, parfois opaques, qui caractérisent l’exercice multilatéral. Mais, quel que soit le dénouement final, le Sénégal a déjà gagné l’essentiel : il a gagné en stature, en cohérence, en crédibilité et en dignité républicaine.
Il faut prendre la mesure exacte de l’instant.
A la tribune du siège des Nations unies, devant la Communauté internationale, le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, élu à 44 ans au terme d’un scrutin dont la régularité et la sincérité n’ont été contestées par personne, a renouvelé l’appui de notre pays à la candidature de Macky Sall, l’homme même qu’il a remplacé à la tête de l’Etat. Il ne s’est pas limité à une sympathie de circonstance. Il a publiquement porté une position d’Etat : le Sénégal soutient son ancien Président et appelle les Etats membres à soutenir sa candidature.
Ce geste est immense.
Il rompt avec une conception étroite, revancharde et presque domestique de la politique. Il rappelle une vérité trop souvent oubliée : dans une démocratie accomplie, l’alternance n’est pas une guerre civile différée ; elle est l’une des formes les plus élevées de la continuité nationale. Les hommes passent, les majorités changent, les programmes s’affrontent ; mais la République demeure. Avec elle demeurent les intérêts stratégiques d’un pays, le respect de sa parole et l’exigence de sa présence dans le concert des nations.
Le Président Bassirou Diomaye Faye a donné à voir l’autorité d’un chef d’Etat et la profondeur d’une culture démocratique. Elu sur une offre politique distincte, porteur d’une vision propre, successeur d’un pouvoir qu’il n’avait aucune obligation personnelle de célébrer, il a fait le choix de la grandeur. Il a considéré, avec lucidité, que la candidature de Macky Sall ne pouvait plus être réduite à l’histoire d’un homme ou à la mémoire d’un régime ; elle engageait désormais le rayonnement du Sénégal, l’ambition africaine et la possibilité, pour notre pays, de contribuer plus directement à la réforme de la gouvernance mondiale.
C’est là un acte de souveraineté.
La leçon d’une démocratie vivante
Il importe de le dire avec force : le Sénégal offre au monde une image qui mérite d’être méditée.
Dans nombre de pays, l’alternance nourrit la chasse aux symboles, la destruction systématique de l’œuvre antérieure, l’effacement des prédécesseurs et la confusion entre l’adversaire politique et l’ennemi de la Patrie. Le Sénégal, lui, vient de démontrer qu’il est possible de changer de gouvernants sans renoncer à l’intelligence de l’Etat ; de porter un projet de rupture sans rompre avec les intérêts fondamentaux de la Nation ; de faire prévaloir la raison d’Etat sur les réflexes de camp.
Cette maturité mérite d’être saluée, d’autant qu’elle ne s’est pas imposée dans un environnement dépourvu de tensions. Des voix se sont élevées pour tenter d’installer entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur une hostilité irréductible, comme si l’avenir du Sénégal devait nécessairement s’écrire dans la négation absolue de son passé récent. Certains acteurs, y compris dans les marges de la Société civile parfois plus prompte à l’invective qu’à la responsabilité, ont voulu faire croire que soutenir Macky Sall revenait à abdiquer une conviction, à nier une mémoire ou à trahir une attente.
C’est précisément l’inverse.
Soutenir cette candidature ne signifie ni effacer les débats, ni interdire les critiques, ni suspendre l’exigence démocratique. Une Nation sérieuse n’a pas besoin de réécrire son histoire pour préparer son avenir. Elle doit savoir regarder son passé avec vérité, ses divergences avec sérénité et ses intérêts avec hauteur.
L’Etat ne se confond pas avec une émotion, aussi légitime soit-elle. Il ne se réduit ni à une colère, ni à une préférence partisane, ni à une logique de règlement de comptes. Il est le lieu où s’organise la durée ; l’instrument par lequel une communauté politique se projette au-delà d’elle-même.
En soutenant Macky Sall, le Sénégal ne demande pas à ses citoyens de renoncer à leurs convictions. Il leur demande, plus noblement, de distinguer le débat intérieur de la compétition internationale ; les controverses nationales des intérêts de long terme ; les légitimes différences politiques de la nécessité de défendre un compatriote lorsque son ambition rejoint celle de tout un pays.
Cette distinction est l’un des marqueurs les plus sûrs des démocraties qui grandissent.
Une diplomatie de continuité
La force de cette séquence tient aussi à la mobilisation diplomatique qu’elle consacre. Dès juillet, le président de la République avait décidé que le Sénégal apporterait son plein soutien à la candidature de Macky Sall et avait chargé le gouvernement, ainsi que l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais, de la promouvoir auprès des Etats membres de l’Onu.
Cette décision était tout sauf symbolique. Elle plaçait les ambassades, les missions permanentes, les relais bilatéraux et multilatéraux du Sénégal au service d’un objectif clair : convaincre, expliquer, fédérer et construire des convergences.
Depuis lors, la diplomatie sénégalaise mène un travail de fond auprès des partenaires du Sénégal, des pays africains, des Etats du Sud global, des puissances membres du Conseil de sécurité et de tous ceux qui aspirent à une Organisation des Nations unies plus juste, plus représentative et mieux armée face aux crises de notre temps. Les discussions sont engagées, mais l’issue demeure ouverte. L’Etat sénégalais assume ce lobbying au nom d’un intérêt national qui n’est pas un repli, mais une contribution à l’intérêt général international.
Il y a là une leçon de continuité républicaine qu’il faut pleinement comprendre.
La diplomatie n’est pas l’extension d’un parti ; elle est la voix longue de la Nation. Elle ne s’interrompt pas à chaque alternance. Elle ne se redéfinit pas au gré des passions numériques, des polémiques médiatiques ou des rivalités de personnes. Elle s’appuie sur la mémoire de l’Etat, le professionnalisme de ses agents, la constance de ses engagements et la capacité de ses dirigeants à hiérarchiser les priorités.
Le message envoyé depuis New York est donc d’une clarté rare : le Sénégal est une démocratie capable de transformation, mais aussi un Etat capable de continuité. Il peut élire un nouveau Président, choisir une nouvelle majorité, ouvrir une nouvelle séquence politique et, dans le même mouvement, défendre avec loyauté une candidature portée par celui qui dirigeait hier la République.
Ce n’est pas une contradiction. C’est une démonstration de maturité.
Les atouts d’une candidature
La candidature de Macky Sall repose sur une combinaison d’atouts qui dépasse largement sa seule notoriété personnelle.
Elle s’appuie d’abord sur une expérience éprouvée de l’État et des responsabilités internationales. Ancien président de la République du Sénégal, ancien président de l’Union africaine, acteur engagé dans les discussions sur la paix, le développement, le climat, le financement des économies africaines et la réforme de la gouvernance mondiale, Macky Sall arrive dans cette compétition avec une connaissance concrète des complexités du monde. Il n’est pas un candidat théorique : il a exercé le pouvoir dans un environnement régional et international exigeant.
Elle porte ensuite une vision identifiable de l’Onu : une organisation plus efficace, plus transparente, mieux armée pour la médiation, plus attentive à la réforme du financement du développement et plus représentative des réalités du Sud. Lors de sa présentation publique de juillet, Macky Sall a notamment mis en avant l’efficacité institutionnelle, la transparence financière, la médiation et la réforme de l’architecture internationale du développement.
Cette vision répond aux urgences de l’époque.
Le monde n’a pas seulement besoin de textes, de sommets ou de déclarations d’intention. Il a besoin d’une Onu qui retrouve sa capacité à prévenir les conflits, à réconcilier les intérêts, à reconstruire la confiance entre le Nord et le Sud, et à faire entendre la voix des pays les plus exposés aux crises climatiques, alimentaires, sécuritaires et financières. Il a besoin d’un multilatéralisme qui ne soit pas le privilège des puissants, mais une méthode de justice, de stabilité et de coopération.
Enfin, cette candidature revêt une portée africaine évidente. Soutenir Macky Sall, ce n’est pas enfermer l’Afrique dans une représentation symbolique ; c’est défendre la reconnaissance d’une compétence africaine au plus haut niveau de la gouvernance internationale. L’Afrique ne demande pas un geste de courtoisie. Elle affirme sa capacité à proposer une expérience, une vision et une autorité politique au service du monde.
Pour le Sénégal, cet engagement signifie aussi la possibilité de porter, au plus haut niveau, des priorités qui lui sont directement liées : la paix régionale, la sécurité alimentaire, le financement du développement, la transition climatique et une représentation plus juste de l’Afrique dans les instances de décision.
Au-delà du résultat
Le résultat de l’élection appartiendra aux mécanismes institutionnels des Nations unies. Il dépendra des alliances, des négociations, de la procédure de recommandation du Conseil de sécurité et de la décision de l’Assemblée générale. Le Sénégal doit donc poursuivre son effort avec détermination, mais aussi avec la lucidité qu’impose toute compétition internationale : aucune candidature, même forte, ne garantit l’élection.
Pourtant, l’essentiel est déjà acquis.
En portant la candidature de Macky Sall au-delà des clivages intérieurs, le Sénégal a rappelé que l’alternance n’abolit ni l’Etat ni l’intérêt national. Il a démontré que sa démocratie ne se limite pas à l’organisation d’élections transparentes ; elle se reconnaît aussi à la capacité de ses dirigeants à respecter les institutions, à préserver la continuité de l’Etat et à faire de l’alternance un facteur de prestige plutôt qu’un prétexte à la division.
A New York, le Président Bassirou Diomaye Faye n’a pas seulement soutenu un ancien chef d’Etat. Il a affirmé une certaine idée du Sénégal : un Sénégal qui ne se rapetisse pas dans ses blessures ; un Sénégal qui refuse d’être prisonnier de ses clivages ; un Sénégal qui comprend que la plus haute fidélité à une démocratie consiste à la rendre capable de dépasser ses propres passions.
Le message est limpide : le Sénégal ne soutient pas un homme contre un autre ; il soutient son intérêt supérieur, sa voix, son rang et son avenir.
Voilà la première victoire.
Elle porte un nom : le Sénégal.
Alioune NDOYE
Maire de Dakar-Plateau
Membre du Sen et du Bp du Parti Socialiste
