Le Sénégal traverse une période de fortes tensions économiques et sociales qui exige de ses institutions responsabilité, dialogue et efficacité. Pourtant, le fonctionnement institutionnel semble progressivement s’enfermer dans une logique de confrontation entre l’Exécutif et le Législatif.

Le Parlement a naturellement vocation à contrôler l’action gouvernementale, à proposer des lois et à exprimer les préoccupations de la Nation. Mais lorsque la procédure législative devient principalement un instrument de rapport de force politique, c’est l’intérêt général qui risque d’en faire les frais.

La loi ne devrait jamais être une arme politique. Elle doit être un instrument au service du citoyen.

L’épisode récent autour de la prorogation de la validité des cartes nationales d’identité biométriques CEDEAO en est une illustration. Alors que de nombreuses cartes arrivent à expiration et que leur renouvellement concerne directement des millions de Sénégalais, le projet de loi a été renvoyé en commission.

Le Parlement a évidemment le droit d’examiner, d’amender ou de rejeter un texte. Mais ce droit s’accompagne d’une responsabilité : mesurer les conséquences concrètes des décisions prises sur la vie des citoyens.

Cette responsabilité vaut également pour l’Exécutif. Le Parlement ne peut être une simple chambre d’enregistrement. Le Gouvernement doit accepter le débat, la contradiction et les amendements lorsqu’ils permettent d’améliorer les textes.

Le véritable problème est donc ailleurs : nous devons sortir de la logique du bras de fer institutionnel surtout quand officiellement le pays est au 6éme sous-sol. 

Les décisions récentes du Conseil constitutionnel rappellent d’ailleurs que la volonté politique ne peut se substituer aux règles de droit et aux exigences de légistique. Plusieurs textes parlementaires ont été soumis au contrôle constitutionnel et certaines dispositions ont été censurées. Ces décisions ne doivent être considérées ni comme des victoires de l’Exécutif ni comme des défaites du Parlement, mais comme des rappels de la primauté de la Constitution.

La majorité parlementaire porte, à cet égard, une responsabilité particulière. Elle doit comprendre que disposer du nombre ne suffit pas. Il faut aussi maîtriser la procédure, la légistique et les exigences constitutionnelles. Dans un contexte de crise économique et sociale, le Sénégal ne peut se permettre une paralysie institutionnelle. Chaque blocage retarde les réformes, nourrit l’incertitude et détourne l’attention des urgences auxquelles les citoyens sont confrontés.

Le Sénégal n’a besoin ni d’un Exécutif tout-puissant ni d’un Parlement dans la confrontation permanente. Il a besoin de deux institutions fortes dans leurs compétences, responsables dans leurs comportements et capables de dialoguer dans l’intérêt général. 

Le flou institutionnel autour du vote du projet de LFR 2026 illustre, à nos yeux, cette situation préoccupante. Alors que les Sénégalais et les Sénégalaises sont confrontés à des difficultés économiques et sociales particulièrement lourdes, les institutions ne peuvent se permettre de donner le sentiment de s’enliser dans des querelles de procédure ou des affrontements politiques.

Les députés comme les membres de l’Exécutif ont reçu une responsabilité du peuple sénégalais. Cette responsabilité devrait les conduire à se poser une question simple avant toute décision :

Cette position sert-elle réellement le Sénégal et les Sénégalais ?

Il est temps de réhabiliter le compromis républicain, la qualité de la loi et la responsabilité institutionnelle. En période de crise, l’intérêt général ne peut être la victime collatérale des rivalités institutionnelles et purement politiques.

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