Des scientifiques américains ont observé des signes suggérant qu’un cœur transplanté s’adapte, sur le plan moléculaire, à l’âge de son nouveau receveur.
près une greffe, le cœur vieillit et rajeunit au rythme de son nouveau propriétaire. C’est ce que suggère une nouvelle étude. Pour parvenir à cette découverte, des chercheurs de l’université Harvard (États-Unis) sont partis d’un constat : « malgré la demande croissante de transplantations, une pénurie d’organes de donneurs persiste, limitant l’accès à cette intervention vitale. Face à cette demande croissante, des organes sont fréquemment transplantés malgré un écart d’âge entre le donneur et le receveur. » Mais qu’arrive-t-il à l’âge du cœur une fois dans un nouveau corps ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont analysé l’évolution de l’âge biologique, c’est-à-dire le niveau de dommages cellulaires accumulés, des cœurs de donneurs après leur transplantation, aussi bien chez la souris que chez l’être humain.
« L’âge biologique des cœurs transplantés s’aligne rapidement sur celui des receveurs »
Dans un premier temps, l’équipe a greffé des cœurs supplémentaires provenant de souris jeunes (âgées de 3 mois), d’âge moyen (1 an) et âgées (1,5 à 1,67 an) sur des souris appartenant à ces trois mêmes groupes d’âge. En clair, les rongeurs vivaient à la fois avec le greffon et leur cœur d’origine. Quatre à six mois après l’intervention, les animaux ont été euthanasiés. Ensuite, des échantillons de tissus ont été prélevés pour mesurer les niveaux de méthylation de l’ADN (processus qui consiste à ajouter ou à retirer des marqueurs chimiques) au niveau d’environ 320.000 régions génétiques. L’objectif ? Repérer les modifications associées aux dommages cellulaires liés au vieillissement. Les scientifiques ont comparé les niveaux de méthylation corrélés au vieillissement dans les cœurs transplantés avec ceux observés dans les cœurs d’origine des souris.
« Nous constatons que l’âge biologique des cœurs transplantés dans le cadre de nos expériences s’aligne rapidement sur celui des receveurs », ont écrit les chercheurs dans les recherches publiées sur la plateforme de prépublication bioRxiv. Dans le détail, les cœurs jeunes greffés sur des animaux plus âgés présentaient un vieillissement accéléré, tandis que les cœurs âgés « rajeunissaient » chez des receveurs plus jeunes.
Greffe cardiaque : les effets observés se limitaient au tissu cardiaque
Pour approfondir ces résultats, l’équipe a examiné des cas de transplantation cardiaque réalisés au Brigham and Women’s Hospital de Boston (Massachusetts). Cette dernière s’est penchée sur ceux pour lesquels elle pouvait obtenir des échantillons de biopsie afin d’effectuer des tests de méthylation de l’ADN. Au total, 11 transplantations cardiaques présentant un écart d’âge important entre le donneur et le receveur (de 8 à 24 ans pour des cœurs âgés greffés sur des personnes plus jeunes et de 38 à 50 ans pour des cœurs jeunes greffés sur des personnes plus âgées) ont été analysées.
Les données confirment que les cœurs greffés adoptent l’âge biologique de leur nouvel hôte. Plus précisément certains paramètres, comme la fréquence cardiaque, l’épaisseur de la paroi postérieure du cœur et la capacité à l’effort, étaient associés à l’âge du receveur plutôt qu’à celui du donneur. « Cet effet se limitait au tissu greffé, sans incidence réciproque sur l’âge biologique systémique du receveur. » D’après Jesse Poganik, auteur principal des travaux, « certains indicateurs fonctionnels, mais pas tous, confirmaient l’hypothèse selon laquelle ces cœurs âgés chez des individus plus jeunes fonctionnaient comme s’ils étaient biologiquement plus jeunes, et inversement. »
« Cette étude désigne l’environnement systémique comme un facteur déterminant de l’âge biologique tissulaire. Le rajeunissement d’organes âgés chez des receveurs jeunes suggère de nouvelles approches en matière d’attribution des organes. Ces pistes pourraient contribuer à réduire la pénurie critique de cœurs transplantables, ainsi que potentiellement celle d’autres organes », peut-on lire dans les conclusions des recherches.
