Une nouvelle enquête révèle l’ampleur de la contamination des œufs par les composés per- et polyfluoroalkylés, susceptibles de s’accumuler dans l’organisme.

Que contiennent vraiment les œufs que nous mangeons ? La réponse à cette question a été donnée par le réseau ICI et la cellule investigation de Radio France. Dans le cadre d’une récente étude, les experts ont fait analyser, en laboratoire, 91 œufs de poule (élevées en plein air), dont 54 % provenant de particuliers et 46 % achetés au hasard dans le commerce, prélevés partout en France. L’objectif ? Détecter la potentielle présence de quatre PFAS.

PFAS, des polluants omniprésents dans l’environnement qui s’accumulent dans l’organisme

Pour rappel, ces substances per- et polyfluoroalkylés sont largement utilisées depuis les années 1950 dans diverses applications industrielles et produits de consommation courante. Extrêmement persistants, ces polluants dits « éternels » se retrouvent dans tous les compartiments de l’environnement (eau, air, sols, sédiments). Ces composés, contaminant les populations par l’air, l’alimentation, l’eau de consommation ou l’usage de produits du quotidien, s’accumulent ainsi dans l’organisme. « Leur présence est désormais attestée dans le sang, le sérum, l’urine ou les cheveux », signale l’Anses. Problème : les PFAS augmentent le taux de cholestérol et le risque de cancers. De plus, ils ont des effets sur la fertilité et le développement du fœtus, sur le foie, sur les reins et sont aussi suspectés d’interférer avec le système endocrinien et immunitaire.

Œufs : près de 60 % contiennent des polluants éternels

Selon les données de l’enquête, 52 œufs examinés (57 % des échantillons) contiennent des polluants éternels et 23 œufs (25 % des échantillons) dépassent les seuils réglementaires. Dans leur grande majorité, ceux issus de producteurs respectent les normes de qualité. Seuls quatre contiennent des composés per- et polyfluoroalkylés, dont deux à des taux supérieurs au seuil réglementaire. « Les poules de particuliers vont être plus sujettes aux pollutions environnementales parce qu’elles grattent le sol et mangent des insectes ou des vers de terre eux-mêmes contaminés », a expliqué, le réseau ICI, Louis Delon, directeur de l’institut éco-citoyen des territoires lyonnais.

Parmi les polluants identifiés, on retrouve le PFOS (35,8 microgrammes par kilo alors que la norme est d’un microgramme par kilo) et le PFOA, « détecté dans une quantité neuf fois supérieure à la norme. » « En novembre 2023, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le PFOA comme ‘cancérigène pour l’Homme’ et le PFOS comme ‘peut-être cancérogène pour l’Homme' », peut-on lire sur le site de l’ARS Grand Est.

« Renouveler les sols et faire en sorte qu’ils ne soient plus contaminés »

Les experts mettent en avant de fortes pollutions très localisées, notamment une contamination aux substances le long de la « vallée de la chimie » dans le Rhône, au Tholy (Vosges), au Boulou (Pyrénées-Orientales), à Communay (Rhône), à Saint-Peray (Ardèche), à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), à Chartres-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) ou à Malandry (Ardennes). Selon Xavier Coumoul, professeur de biochimie et toxicologie à l’université Paris Cité, « les sites à risques sont à la fois ceux de production et d’utilisation des PFAS et les sites d’incinération et d’épandage des boues. » Dans ces zones, il appelle à « accompagner les éleveurs et agriculteurs, au minimum avec un test des sols ou de la remédiation, c’est-à-dire renouveler les sols et faire en sorte qu’ils ne soient plus contaminés. »

« Si les œufs dépassent les normes, on ne les consomme pas »

Face à ces résultats inquiétants, une question se pose : peut-on consommer ces œufs sans risque ? Selon le réseau ICI, les œufs issus d’élevages et destinés à la commercialisation doivent respecter les seuils réglementaires en vigueur. Lorsqu’ils les dépassent, ils ne sont pas autorisés à être mis sur le marché. « En revanche, il n’existe pas aujourd’hui de valeurs limites pour les œufs produits par des particuliers. » Ainsi, Xavier Coumoul préconise de « varier son alimentation, et si les œufs dépassent les normes, on ne les consomme pas. S’ils sont proches des normes, on n’en mange pas un par jour. » Les ARS conseillent vivement aux enfants et aux femmes enceintes de ne pas les manger.

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