Et si la clé se trouvait ailleurs que dans le cerveau ? À l’Institut Pasteur, des chercheurs explorent le rôle des microbiotes intestinal et nasal pour mieux traiter Alzheimer, Parkinson ou encore la dépression.

« Les maladies du cerveau sont parmi celles où l’on progresse le moins en matière de traitements alors que leur nombre progresse fortement », alerte le neuroscientifique Pierre-Marie Lledo, directeur du département de Neuroscience à l’Institut Pasteur, dans un entretien accordé à 20 Minutes à l’occasion des 20 ans du Pasteurdon, une opération annuelle d’appel aux dons menée par l’Institut Pasteur. Face à l’absence de traitement curatif contre Alzheimer et Parkinson, les chercheurs explorent une nouvelle piste : le microbiote, cet ensemble de micro-organismes qui vivent notamment dans notre intestin.

Des bactéries intestinales qui accélèrent le déclin de la mémoire

À l’Institut Pasteur, une équipe a étudié son influence sur la mémoire en transplantant à de jeunes souris le microbiote de personnes âgées, soit en bonne santé, soit atteintes de la maladie d’Alzheimer. Selon les expériences rapportées par 20 Minutes, la mémoire des souris ayant reçu le microbiote de personnes malades s’est dégradée en trois semaines, contre huit semaines pour l’autre groupe.

« Nous avons pu mettre en évidence quelques bactéries intestinales qui concourent à un vieillissement prématuré et à déclin cognitif », explique Pierre-Marie Lledo. Ces observations suggèrent un lien entre certaines bactéries et le déclin cognitif, sans démontrer qu’elles provoquent Alzheimer chez l’humain.

Le nez aussi pourrait jouer un rôle dans Parkinson

L’intestin n’est pas le seul organe étudié. À Pasteur, une équipe dirigée par Françoise Lazarini s’intéresse au microbiote nasal et à son éventuelle implication dans la maladie de Parkinson. D’après les travaux, le transfert de la flore nasale de souris malades vers des souris saines a entraîné l’apparition de symptômes de Parkinson. L’opération inverse, avec des bactéries provenant de souris saines, n’a produit aucun effet.

« Nous avons identifié une dizaine de familles bactériennes susceptibles de jouer un rôle », précise Pierre-Marie Lledo. Prudence toutefois : ces résultats ne prouvent ni que ces bactéries déclenchent la maladie ni que modifier le microbiote nasal permettrait de la prévenir. Des recherches supplémentaires, notamment chez l’humain, restent indispensables.

Mieux répondre aux antidépresseurs grâce au microbiote ?

Les chercheurs explorent également le lien entre microbiote intestinal et dépression. En effet, un déséquilibre de cet écosystème modifie la composition du sang en acides aminés et réduit la synthèse de sérotonine, une substance impliquée dans la régulation de l’humeur. Or, de nombreux antidépresseurs, comme le Prozac, agissent en prolongeant l’action de cette molécule dans le cerveau. Chez des souris présentant des symptômes dépressifs, le rétablissement du microbiote a permis de retrouver une sensibilité aux traitements.

Reste que ces résultats doivent encore être validés chez l’humain. « Nous ne sommes pas près de réaliser des transferts de microbiote chez des patients dépressifs », conclut et tempère Pierre-Marie Lledo.

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