Les résultats du concours d’entrée à la Maison d’éducation Mariama Bâ de Gorée suscitent des interrogations sur les performances de l’école publique. Sur les 35 candidates admises, seules trois proviennent d’établissements publics, contre 32 issues du privé, rapporte L’Observateur. Un résultat qui ravive le débat sur les disparités entre les deux secteurs de l’enseignement.
Interrogé par le quotidien, Abdoulaye Fané, président de l’Union nationale des parents d’élèves et d’étudiants du Sénégal (Unapes), estime que ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de juger la qualité de l’enseignement public. Il attire toutefois l’attention sur les difficultés rencontrées par les candidates résidant hors de Dakar, où se déroulent les épreuves. « Il y a beaucoup de facteurs qui peuvent limiter l’admission », explique-t-il, plaidant pour l’organisation du concours dans chaque académie afin de réduire les contraintes géographiques et logistiques.
Du côté des syndicats d’enseignants, les conditions d’apprentissage dans les établissements publics sont également pointées du doigt. El Hadj Malick Youm, secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire (Saems), rappelle que le système éducatif public compte entre 6 000 et 7 000 abris provisoires. « On ne peut pas faire de la performance dans les abris provisoires », déplore-t-il.
Pour Aliou Diouf, secrétaire général du Cadre unitaire syndical des enseignants du moyen-secondaire (Cusems), les effectifs pléthoriques constituent un autre obstacle majeur. « Comment demander à un enseignant de détecter les lacunes de chaque élève lorsqu’il doit gérer près d’une centaine d’élèves ? », s’interroge-t-il, soulignant les limites d’un suivi pédagogique efficace dans des classes surchargées.
Les responsables interrogés rappellent néanmoins que les résultats du concours de la Maison d’éducation Mariama Bâ ne reflètent pas, à eux seuls, le niveau général de l’école publique. Aliou Diouf souligne qu’au Concours général, les établissements publics obtiennent entre 66 % et 85 % des distinctions, selon les éditions.
Face à ces disparités, les acteurs du secteur préconisent une amélioration des infrastructures scolaires, un renforcement de l’encadrement pédagogique et une meilleure adéquation entre les ressources disponibles et les besoins des élèves.
Le secrétaire général du Cusems met enfin en garde contre les réformes engagées sans moyens suffisants pour garantir leur efficacité. « Une réforme peut être juste dans son intention et nocive dans sa mise en œuvre si les moyens ne suivent pas. »
