La surexpression de certains gènes permet de « rajeunir » certaines cellules et de ralentir le vieillissement.
Et s’il était possible de rajeunir nos cellules ? Des chercheurs ont mis au point un outil permettant d’estimer l’âge cellulaire, et ainsi d’inverser le processus de vieillissement dans des cellules spécifiques. Leurs travaux ont été publiés dans Nature Aging.
Des gènes capables d’inverser le vieillissement
Ils font suite à la découverte, en 2006, par le prix Nobel de médecine, Shinya Yamanaka, des 4 « facteurs de Yamanaka ». Ce spécialiste a remarqué que la sur-expression de 4 gènes permettait de reprogrammer des cellules matures pour les ramener à un état plus jeune, sans modifier leurs fonctions. Mais cette méthode accroît le risque de cancer.
Pour cette raison, l’équipe de recherche, dirigée par George Church de l’université d’Harvard, a travaillé sur un autre moyen de parvenir au rajeunissement cellulaire sans augmenter le risque de pathologie. « Il existe un compromis fondamental entre le rajeunissement et l’identité cellulaire ; parvenir à l’un sans perdre l’autre exige un équilibre très délicat », explique Alex Plesa, co-auteur de cette nouvelle recherche.
Mieux comprendre l’âge des cellules pour mieux les rajeunir
Avec son équipe, ils ont mis au point un algorithme pour déterminer avec précision « l’âge transcriptomique » de cellules cutanées grâce à leurs gènes. « L’idée de prédire l’âge des cellules en se basant sur l’expression de leurs gènes était tout à fait logique, car tout processus de rajeunissement doit inévitablement se traduire par une modification des programmes d’expression génique, conduisant au rétablissement de fonctionnalités cellulaires plus jeunes », explique le Dr Alex Plesa.
Cela leur a permis d’étudier différents gènes susceptibles d’influencer les processus de vieillissement. « L’objectif était d’identifier des candidats qui, par leur surexpression, permettraient de modifier le score de vieillissement initialement attribué à des lignées de fibroblastes âgés, en les orientant vers un profil plus ‘jeune », précisent-ils. Le gène appelé SRSF1 a obtenu le meilleur score. Il est notamment lié au traitement de l’ARN. Dans leur essai, les chercheurs ont constaté que sa sur-expression a permis d’atténuer plusieurs caractéristiques fondamentales du vieillissement. « Il s’agit notamment de la sénescence cellulaire (un processus biologique où des cellules endommagées cessent de se diviser sans pour autant mourir), des perturbations de l’équilibre et du renouvellement des protéines (stress protéostatique), ainsi que d’une inflammation chronique de faible intensité », développent-ils. Dans un essai sur des souris, cette technique a permis de rallonger la durée de vie des animaux de 14 %.
Un « tournant » dans la recherche sur le vieillissement
Selon les auteurs, SRSF1 est une « cible prometteuse dans la lutte contre le vieillissement », parce qu’il agit par le biais de mécanismes déjà présents dans toutes les cellules, sans pour autant altérer leur identité. D’autres recherches pourront permettre de mieux comprendre comment doser sa sur-expression et comment la réaliser pour développer un jour cette méthode de rajeunissement. « La recherche sur le vieillissement atteint un tournant décisif : les progrès exponentiels des biotechnologies permettent désormais d’agir sur les mécanismes fondamentaux du vieillissement, des processus qui, autrement, seraient à l’origine du décès de 90 % d’entre nous », conclut George Church.
