L’Ecole inter-Etats des sciences et médecine vétérinaires (Eismv) de Dakar a officiellement lancé son année académique hier. L’événement a été marqué par la leçon inaugurale du Pr Mac-Allister Lapo, intitulée «Les capacités vétérinaires en Afrique à l’aune du Global Health : enjeux et défis». Un exposé sans concession sur l’état de la santé animale et humaine sur le continent frappé par une pénurie de professionnels.
Le constat dressé par l’universitaire est alarmant. L’Afrique souffre d’un manque criant de structures de formation. «Le continent compte environ 45 établissements de formation vétérinaire pour plus d’un milliard d’habitants. A titre de comparaison, l’Europe et l’Amérique du Nord en disposent de 80 pour des populations moindres, tandis que certaines régions d’Asie dépassent les 120 écoles», a-t-il précisé, s’appuyant sur des données de l’Oms.
Cette situation engendre une pénurie de praticiens, particulièrement dans les zones rurales. Avec un ratio souvent inférieur à un vétérinaire pour 200 000 animaux, la surveillance des maladies et la réponse aux épidémies sont fortement compromises. Ce déficit impacte directement la sécurité sanitaire des aliments et favorise l’usage non encadré de médicaments, aggravant ainsi la résistance aux antimicrobiens.
Le Pr Lapo a également insisté sur le rôle crucial de la recherche vétérinaire dans la gestion des zoonoses (Ebola, rage, tuberculose bovine). Pourtant, celle-ci reste marginalisée. Selon le Rapport de l’Unesco sur la science (2021), l’Afrique ne génère que 1% de la production scientifique mondiale. L’Afrique subsaharienne ne compte que 90 chercheurs par million d’habitants, loin de la moyenne mondiale de 1420.
Le financement suit la même courbe de faiblesse : les investissements en Recherche et développement (R&D) ne représentent en moyenne que 0, 59% du Pib africain, contre 1, 79% au niveau mondial. «La recherche en Afrique reste fragmentée, limitant la production de données locales essentielles aux politiques One Health», a déploré l’enseignant.
L’Intelligence artificielle comme levier de résilience
Pour pallier ces manquements, le Pr Mac-Allister Lapo appelle à une participation accrue de l’Afrique aux initiatives internationales et à une transformation technologique. Il mise notamment sur l’Intelligence artificielle (Ia) pour révolutionner les services vétérinaires. Selon lui, l’Ia permettrait d’optimiser la surveillance des maladies, de prédire les épizooties et de planifier plus efficacement les campagnes de vaccination grâce à l’analyse rapide de données massives.
Le soutien de l’Etat
En tout cas, le professeur propose trois axes majeurs : renforcer les compétences techniques, construire des laboratoires modernes et sécuriser le financement des services vétérinaires. Présidant la cérémonie, le Dr Fary Sèye, Secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, a réitéré l’engagement du gouvernement sénégalais à accompagner l’Eismv et à soutenir les initiatives visant à améliorer la santé publique et animale à l’échelle continentale.
