Les villages de Nguène, Saal et Gouloumbou, dans la commune de Missirah, constituent les principaux centres de production de la banane locale dans le département de Tambacounda. Même si le gel des importations de bananes à la fin de l’année 2025 a semblé donner un coup de boost à ce secteur, les défis liés à la production et à la commercialisation demeurent toujours persistants, rapporte le soleil . 

La commune de Missirah, à une trentaine de kilomètres du chef-lieu régional Tambacounda, concentre les principales zones de production de bananes dans ladite région. Cette vocation bananière de la zone est renforcée par la texture des sols un peu argileux et la proximité des affluents du fleuve Gambie pour l’irrigation des terres.

Au centre de Nguène Sérère, les chauds rayons du Soleil martèlent les corps des hommes et des animaux. Les premiers cultivateurs en provenance de différentes plantations de bananes sont à la recherche d’ombres pour un repos bien mérité après une matinée de labeur. Les différentes parcelles mises en valeur par six groupements d’intérêt économique (Gie) portent les noms de Yendounane (20 hectares), Nguène 1 (30 hectares), Nguène 2 (70 hectares), Nguène 3 (36 hectares), entre autres.

Dans une des concessions du village, Denis Faye, cultivateur de bananes, fait le point sur sa journée de travail avec les membres du Gie Nguène 3. Ils se disent optimistes sur l’avenir de la production de bananes dans la zone de Missirah, surtout après le gel des importations de bananes fin 2025.

Modernisation du système d’irrigation

Une suspension qui, dit-il, a donné un coup de fouet au secteur. « Nous ne pouvons que saluer cette mesure du gouvernement qui nous a permis d’écouler nos productions de banane qui jadis pourrissaient dans nos champs. Au pic de la récolte, en fin d’année, nous pouvons enregistrer plus d’une dizaine de camions frigorifiques qui viennent s’approvisionner chez nous », a déclaré Denis Faye, en charge de 85 hectares au sein du Gie.

Poursuivant, il nous renseigne que la production et la cueillette de bananes s’étalent sur toute l’année avec des pics de production en fin d’année, qui va de septembre à décembre. « Les clients commandent le nombre de tonnages en bananes qu’ils souhaitent acheter. Ensuite, nous les livrons à travers des camions de marchandises. Nous assurons ainsi un service continu d’approvisionnement du marché par un travail assidu d’entretien des bananiers et une irrigation régulière grâce à des motopompes », soutient-il avant d’ajouter : « Nous appelons le gouvernement à renouveler cette mesure de gel des importations en augmentant la durée à 5 mois. Ainsi, nous pourrons mieux positionner la banane locale sur le marché sénégalais. Nos bananes sont le fruit d’une agriculture bio sans pesticides et herbicides. Nous utilisons uniquement du fumier animal et des produits naturels pour nourrir et engraisser les sols », déclare-t-il.

Le soleil continue son travail de sape autour du village de Nguène. Augustin Ngor Thiaw, président du Gie Nguène 3 et membre du collectif des producteurs de bananes de Tambacounda, en provenance des parcelles de ladite entité, embouche la même trompette.

Le défi de la qualité

Derrière les champs de mil, d’arachide et de sorgho se dressent des grilles qui barrent l’entrée des parcelles du Gie Nguène 3. À l’intérieur de l’enceinte, 144 producteurs de bananes exploitent une superficie de 36 hectares dédiée à la culture de la banane robusta.

D’après lui, la mesure, si elle a donné un stimulus au secteur de la banane, ne pourra être efficace que si elle s’étale dans la durée. « La suspension de l’importation de la banane étrangère est une bonne chose pour toute la filière. L’année dernière, nous avons produit à Nguène 3 1200 tonnes de bananes. Chaque producteur a pu gagner sur une période de 12 mois, du 1er août au 30 juillet, près de 500 000 FCfa », renseigne-t-il avant de poursuivre : « Nous souhaitons aussi que le gouvernement nous aide à baisser le prix des intrants qui coûtent 15 000 FCfa le sac de 50 kg. Nous voulons aussi des nouvelles motopompes et des asperseurs pour faciliter l’irrigation de nos champs », a-t-il indiqué en étalant des bottes de paille sur le sol pour en préserver l’humidité des sols.

Pour le responsable du Gie, un équipement moderne pour l’irrigation est vital pour garantir la pérennité de la production dans cette partie de la commune de Missirah. « L’activité d’irrigation à l’aide de tuyaux d’arrosage est très prenante et nous empêche de développer d’autres produits fruitiers comme la papaye, les mangues et les ananas. Donc, nous demandons à l’État de nous aider à acquérir de nouveaux équipements comme les chambres froides pour renforcer la chaine de valeur et réduire le prix d’achat de la banane », s’exclame-t-il.

À une dizaine de kilomètres de Nguène, le village de Saal offre le même spectacle. Les bananiers occupent une grande partie des concessions de Saal 1, Saal 2 et Saal 3. Une situation qui a enclenché des dynamiques agricoles et commerciales qui convergent vers un optimisme rassurant pour les producteurs de bananes malgré les ravages des inondations sur les affluents du fleuve Gambie, révèle Marguerite Tine, productrice de bananes.

« Nous sommes en train de replanter les pieds de bananes qui ont subi les ravages des inondations lors des fortes crues du fleuve Gambie de cette année. Nous comptons sur la nouvelle année pour renforcer notre production qui est vendue à 250 FCfa le kg en vrac et 300 FCfa le kg pour les bananes conditionnées dans des casiers », a déclaré Marguerite Tine, productrice de bananes dans la localité de Saal.

Ainsi, sur sa parcelle de 1,5 ha, elle nous renseigne que la mutualisation des efforts et des moyens est au cœur de la consolidation de la filière banane dans notre pays. « Nous travaillons en parfaite synergie avec tous les producteurs de Saal. Nous cotisons 200 000 FCfa chacune pour acheter du gasoil, l’eau et le fumier pour engraisser les sols. De ce fait, une bonne campagne peut générer 500 000 FCfa pour chaque producteur », dit-elle.

En outre, Mme Tine révèle aussi que les Gie basés à Saal travaillent en synergie pour offrir des bananes conditionnées dans des casiers destinés à un marché plus sélectif et plus exigeant. « Nous employons des saisonniers et des journaliers payés à 3000 FCfa par jour pour nettoyer et conditionner les bananes de variété « in vitro » et Sankaye. Nous devons aller vers ce type de produit pour augmenter nos marges et ainsi mieux investir dans la production de banane », précise-t-elle.

Une peuplade de Sérères aux portes du Fouladou

Ce sont des patronymes qui ne semblent pas si familiers dans cette région proche du Fouladou. Ainsi, les Tine, Thiaw, Sarr, Faye, entre autres, sont des noms qui font légion dans la commune de Missirah, chef-lieu de l’arrondissement du même nom, dans la région de Tambacounda.

Ces habitants de la localité sont issus de la grande vague migratoire de 1984 en provenance de la région de Thiès (Pambal, Mont-Rollant et Thiès) et de la région de Fatick. À l’époque, des centaines de familles sérères (Safènes, Ndout et Lalane) avaient migré dans ces contrées avec l’accompagnement de clercs, de l’État et de la coopération canadienne.

L’objectif était d’inciter ces familles à fuir la sécheresse et les pénuries alimentaires qui sévissaient dans le Cayor dans les années 1980. « Nous avons débarqué dans cette zone qui était très inhospitalière grâce au curé Abbé Prospère Ndione, qui nous a permis d’acquérir ces parcelles pour les bananeraies et un espace pour construire le village de Nguène sérère qui, au dernier recensement, comptait 1 400 âmes en 2019, affirme Paul Lamane Tine, chef du village de Nguène sérère.

D’après lui, les rapports de bon voisinage tissés par les Sérères avec les Peuls, Bassaris et Soninkés sont toujours d’actualité et ont été consolidés à travers des échanges et mariages interconfessionnels entre les deux populations.

Abondant dans le même sens, Oumar Fofana, maire de Nguène Peul, souligne que ces rapports de voisinage concourent à préserver la concorde et la paix dans le terroir.

Une situation qui a permis, selon Henriette Faye, 1re adjointe au maire de la commune de Missirah, de revenir sur le développement d’une forte population sérère qui a pris racine dans ladite zone. « Nous avons une forte population sérère dans les villages d’Adjas, Sankaye, Saal, Koar et Nguène Sérère. Les villages de Koar et de Sankaye ont la particularité d’abriter des populations sérères en provenance de la région de Fatick. Cette situation favorise un melting-pot dans la zone avec des populations assimilées qui collaborent dans les champs, l’accès à la terre et dans d’autres domaines dans le respect mutuel », souligne-t-elle.

Ainsi, ajoute-t-elle, tous les différends se règlent à travers un dialogue permanent entre Peuls et Sérères et entre notables issus des deux communautés.

Ce départ depuis les terres du Sine et du Cayor est loin d’être un déracinement, estime M. Faye, cultivateur de banane et habitant de Nguène. « Je garde toujours des liens avec une partie de la famille qui est restée à Pambal (Thiès). Nous communiquons tout le temps et je me rends souvent là-bas pour revoir nos parents restés sur place », dit-il.

Quant à un possible retour dans les terres ancestrales, il esquisse un petit sourire. « Nos parents nous ont légué cet héritage de culture de la banane et nous avons pris souche dans cette terre qui est désormais la nôtre. Nous avons nos cimetières dans ce terroir. Donc, nous allons œuvrer pour la mettre en valeur au profit des prochaines générations », conclut-il.

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