La défense du promoteur d’AEE Power Sénégal dénonce une « éviction » de son client et réclame des comptes sur l’utilisation de l’avance de démarrage. L’ASER est également mise en cause pour son rôle dans le dossier.
Les avocats de Saidou Kane ont brisé le silence dans l’affaire ASER. Lors d’une conférence de presse ce mardi 5 mai 2026, le collectif a présenté sa version des faits, accusant la société espagnole AE Power EPC d’avoir détourné les fonds du projet d’électrification rurale.
Selon la déclaration liminaire lue par les conseils, Saidou Kane, ressortissant sénégalais établi en Espagne, a initié un projet d’électrification de 1600 localités dans cinq régions du Sénégal (Kaffrine, Louga, Saint-Louis, Tambacounda, Kédougou). Il a notamment obtenu un financement de la Banque Santander avec l’appui des autorités diplomatiques sénégalaises, confirmé dans une correspondance du 26 décembre 2024 adressée au secrétariat général du gouvernement .
Un partenariat a été conclu avec AE Power EPC Espagne, qui devait exécuter 60% du marché tandis qu’AEE Power Sénégal se chargeait de 40%, conformément à l’article 48 du code des marchés publics. L’État sénégalais a versé via l’ASER une avance de démarrage de 37 milliards FCFA (56 millions d’euros) à la société espagnole en juin 2024.
L’ASER dans le viseur
La défense révèle qu’immédiatement après réception de cette avance, la société espagnole a évincé son partenaire sénégalais. « Le 18 juin 2024, nous avons adressé une mise en demeure pour obtenir notre quote-part contractuelle. Le 21 juin, soit trois jours après, AE Power EPC a saisi l’ASER et résilié le contrat », a expliqué maître Boubacar Koita.
Les avocats soulignent que la Banque Santander et l’agence espagnole de crédit export (CESCE) ont interpellé AE Power EPC sur l’utilisation des fonds, sans obtenir de réponse satisfaisante. « Les travaux n’ont pas démarré mais les fonds ont été entamés », dénonce le collectif, qui pose la question centrale : « Où sont passés les 37 milliards du contribuable sénégalais ? »
La défense réfute également les accusations portées contre Saidou Kane dans les affaires Intermac et Passant, qualifiées de « manœuvres de diversion ». Sur Intermac, les avocats précisent que le marché de 85,5 milliards FCFA a été signé exclusivement avec Intermac 2012 SL (société espagnole), et non avec Intermac Sénégal dont Saidou Kane est actionnaire. « Il y a une confusion délibérée entre les deux entités pour salir notre client », affirment-ils.
Le collectif a également mis en cause l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), bénéficiaire du projet. « L’ASER n’a pas les mains blanches dans cette affaire. Elle embouche la même trompette que la société espagnole dans une connivence assumée », a martelé un des conférenciers. Les avocats estiment que l’agence, en tant que structure étatique responsable du projet, ne peut se dédouaner de sa responsabilité dans le suivi de l’utilisation des fonds publics.
Les conseils ont annoncé que des procédures judiciaires sont en cours, tout en déplorant que les accusations de faux brandies par la partie adverse n’aient pas abouti devant les tribunaux. « S’il y avait vraiment un faux, notre client serait en prison. La rigueur de notre justice ne le permettrait pas », ont-ils conclu.
