Réuni à New York ce 7 mai 2026, le Groupe d’experts de haut niveau des Nations unies a dévoilé un cadre mondial inédit destiné à évaluer le progrès des nations. Baptisé «Compter ce qui compte», ce nouvel outil propose de compléter l’indicateur traditionnel du Produit intérieur brut (Pib) par des critères de bien-être, d’équité et de durabilité environnementale, marquant un tournant historique dans la gouvernance mondiale.
C’est une boussole contre les angles morts de l’économie : depuis des décennies, le Pib règne en maître sur les décisions politiques. Pourtant, comme le souligne le rapport publié hier, cette mesure de la production économique est devenue une boussole défaillante. «Le Pib ignore les inégalités et la pauvreté. Il ne prend pas en compte la dégradation de l’environnement», a martelé Nora Lustig, coprésidente du Groupe d’experts.
Le constat est sans appel : une économie peut afficher une croissance insolente alors que la santé publique s’effondre et que les ressources naturelles s’épuisent. Pour le Secrétaire général de l’Onu, António Guterres, il s’agit de corriger un «angle mort» qui influence les politiques internationales depuis trop longtemps.
Contrairement aux précédents cadres théoriques, ce rapport, intitulé «Compter ce qui compte : une boussole du progrès pour les personnes et la planète», se veut pragmatique. Il propose un tableau de bord concis, directement utilisable par les gouvernements. Il intègre le bien-être social (santé, éducation, paix) ; l’équité et l’inclusion (réduction des inégalités) ; la durabilité (préservation de l’environnement) et les effets transfrontières (l’impact des décisions d’un pays sur ses voisins). «Aller au-delà du Pib ne signifie pas renoncer à la croissance économique», précise Kaushik Basu, coprésident du groupe. Il s’agit plutôt de redéfinir ce que l’on fait croître : l’éducation, les arts, la santé et la qualité de vie.
Vers une réforme du système multilatéral
Ce rapport n’est pas une simple recommandation technique, mais l’aboutissement du Pacte pour l’avenir de 2024. Le Groupe d’experts, composé de 14 spécialistes nommés en 2025, a tracé une feuille de route claire pour les années à venir.
La prochaine étape se jouera devant l’Assemblée générale des Nations unies. Les Etats membres devront examiner ces recommandations afin de convenir d’un plan d’actions mondial. L’objectif est ambitieux : transformer la manière dont les gouvernements, le système statistique mondial et la Société civile perçoivent et financent le développement.
En plaçant l’humain et la planète au centre de l’arithmétique du progrès, l’Onu espère restaurer la confiance des populations envers les systèmes économiques et répondre, enfin, à l’urgence des crises sociales et climatiques actuelles.
