Alors que la mission du Fonds monétaire international (FMI) se poursuit à Dakar, les marchés financiers semblent avoir déjà anticipé l’issue. Selon une enquête de Reuters publiée mercredi 17 juin par Portia Crowe et Libby George, un nombre croissant d’investisseurs considère désormais un défaut de paiement du Sénégal comme probable.

Les euro-obligations sénégalaises évoluent en zone de forte tension, s’échangeant entre 52 et 58 cents pour un dollar, soit bien en dessous de leur valeur nominale. Pour Elina Theodorakopoulou, de Manulife Investment Management, citée par Reuters, la dynamique est claire : « Ils ont essayé de maintenir les lumières allumées en renouvelant leur dette, mais c’est désormais une question de quand plutôt que de si. »

Sur le terrain diplomatique et financier, les discussions en cours avec le FMI ne semblent pas ouvrir la voie à un accord immédiat. D’après plusieurs sources proches du dossier, aucune avancée majeure n’est attendue à l’issue de la mission à Dakar. Si les représentants du Fonds doivent s’entretenir avec le ministre des Finances, le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô ne figurent pas au calendrier des échanges. Les désaccords portent notamment sur les perspectives de croissance, jugées plus prudentes par le FMI, ainsi que sur les trajectoires de recettes fiscales et d’ajustement budgétaire.

Des pistes de financement sous contrainte

Face à ces tensions, les autorités sénégalaises explorent désormais des solutions alternatives, notamment des garanties d’institutions de développement pour faciliter l’accès à des financements moins onéreux. Une stratégie qui suscite le scepticisme de plusieurs analystes. « Le gouvernement continue de naviguer à vue », estime Kathryn Exum, de Gramercy, dont le scénario central intègre également un défaut, selon Reuters.

Même tonalité chez Yvette Babb, de William Blair, qui juge les marges de manœuvre limitées : « Ces sources de financement ne sont pas infinies, et un retour au financement concessionnel adossé à un programme du FMI est inévitable », affirme-t-elle, n’excluant pas une restructuration de la dette.

En attendant, Dakar a déjà procédé début juin à plus de 90 millions de dollars de remboursements anticipés sur ses euro-obligations. Le prochain paiement d’intérêts, attendu à l’automne, est désormais scruté de près par les marchés.

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