Un pays otage des égos de deux hommes
Le Sénégal traverse une crise institutionnelle sans précédent. Non pas en raison de menaces extérieures ou de défis économiques insurmontables, mais parce que deux hommes, porteurs d’ambitions démesurées, ont transformé la République en arène politique. La révision constitutionnelle que nous contemplons n’est pas une nécessité nationale, ce n’est pas une réforme au service du Peuple sénégalais. C’est une arme, un instrument de pouvoir manié par des politiciens obnubilés par leur propre image, incapables de voir au-delà de leurs querelles personnelles. Or, le Sénégal ne mérite pas de servir de champ de bataille à vos ambitions personnelles
Où sont les réformes constitutionnelles qui amélioreront les conditions de vie des Sénégalais ? Où est ce document visionnaire qui répond aux attentes des couches sociales défavorisées, écrasées sous le poids des impôts, des taxes et des mesures irréfléchies d’un régime qui semble ignorer la souffrance du Peuple ? Cette révision ne parle ni d’école pour nos enfants, ni d’emploi pour nos jeunes, ni de santé accessible, ni d’électricité fiable, ni de diminution des prix des denrées. Elle est vide de contenu social, vide d’espoir. Elle n’existe que pour servir les egos de deux hommes, qui se battent comme deux gladiateurs dans l’arène.
Le Sénégal s’enfonce dans un gouffre économique. Les chiffres sont alarmants : inflation galopante, chômage endémique, accès limité aux services de base, dette extérieure écrasante. Et pendant ce temps, les dirigeants dépensent l’énergie nationale, l’attention politique et les ressources limitées de l’Etat en conflits stériles, en jeux de pouvoir, en révisions constitutionnelles qui ne servent que leurs intérêts personnels. Pendant qu’ils se battent, le Peuple souffre. Les familles sénégalaises peinent à manger trois repas par jour. Les enfants abandonnent l’école faute de moyens. Les malades meurent faute d’accès aux soins. Et nos dirigeants ? Ils discutent de la Constitution.
Le régime actuel est arrivé au pouvoir avec des promesses. Les Sénégalais ont cru au changement. Ils ont cru qu’enfin, on allait placer l’intérêt général au cœur de l’action gouvernementale. Ils ont cru que les jeunes, les femmes, les travailleurs pauvres, les malades, les cultivateurs, les pêcheurs, les éleveurs, les braves femmes qui supportent le lourd poids des familles,  les sans-emploi seraient enfin entendus. Que nous a-t-on livré ? Des promesses déçues. Des impôts supplémentaires. Des taxes irréfléchies. Des mesures improductives qui écrasent davantage les pauvres. Et une révision constitutionnelle qui ne résout rien aux vrais problèmes du Sénégal. Les couches sociales défavorisées ne crient pas pour une constitution nouvelle ; elles crient pour manger, pour travailler, pour avoir de la dignité. Et personne ne les écoute. Leurs dirigeants sont trop occupés à leurs querelles personnelles.
Pourquoi les Sénégalais doivent-ils souffrir du conflit entre deux hommes ? Pourquoi le pays doit-il payer le prix de leurs ambitions non assouvies ? L’un veut dominer. L’autre veut consolider. Et tandis qu’ils se disputent les morceaux du gâteau du pouvoir, le Sénégal s’enfonce davantage. Les risques de crise institutionnelle que cette révision constitutionnelle pourrait déclencher sont énormes. Un pays polarisé, des institutions fragiles, une confiance citoyenne en ruine. Ce n’est pas cela que le Sénégal mérite. Un pays ne doit pas servir de champ de bataille aux egos de ses dirigeants.
Messieurs, les deux gladiateurs des temps modernes. Je vous supplie, pour l’amour du Sénégal, de lever les yeux au-delà de vos querelles. Arrêtez de penser à vos gloires personnelles, à la consolidation de votre pouvoir, à la domination de l’autre. Penser au Peuple. Aux enfants qui n’ont pas d’école. Aux mères qui vendent leurs pagnes pour nourrir leurs enfants. Aux jeunes qui se noient en mer par désespoir. Aux malades qui meurent sur les seuils des hôpitaux. C’est cela votre responsabilité. C’est cela votre devoir. Pas une révision constitutionnelle qui ne sert que vos intérêts. Pas une bataille perpétuelle pour dominer l’autre.
Renoncez à vos ambitions individuelles, ou du moins placez-les au service du bien commun. Concentrez vos efforts sur des réformes qui créent de l’emploi, qui améliorent l’éducation, qui renforcent la santé, qui réduisent la pauvreté. Le Sénégal a besoin de vrais dirigeants, pas de guerriers des temps modernes qui se battent sans arrêt. Le Sénégal a besoin de visionnaires, pas de populistes. La gravité de la situation que court le Sénégal ne peut être ignorée. Les risques sont réels. Et ils pèsent tous sur les épaules d’un Peuple déjà brisé, déjà déçu, déjà à genoux.
Chers dirigeants, les empires bâtis sur l’ego de quelques hommes ne survivent pas. Ceux qui combattent pour leur propre gloire finissent toujours par se détruire eux-mêmes et entraînent dans leur chute le Peuple qu’ils prétendaient servir. L’histoire retiendra surtout le silence complice de ceux qui auraient pu parler et qui n’ont rien dit. Cet appel n’est pas celui d’un illustre intellectuel signataire d’un manifeste. Elle est la vérité que nous devons tous porter, collectivement, face à la crise que traverse notre pays. Le Sénégal mérite mieux. Le Peuple sénégalais mérite mieux et autrement.
Massogui THIANDOUME
Habitant de Niangal
Commune de Yéne

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