Après la révélation, à l’Assemblée nationale, par le Premier ministre Al Aminou Lô, lors de sa DPG, d’un «manquement grave» qui aurait privé l’Etat du Sénégal de 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards FCfa, dans le retrait de Kosmos de Yaakar Téranga, le chef de l’Etat a activé l’Inspection générale d’Etat pour enquête.
L’affaire évoquée en Conseil des ministres
Selon des informations exclusives de L’Observateur, l’Inspection générale d’Etat (Ige) a été activée sur instruction du chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, pour faire toute la lumière sur ce «manquement grave». Vingt-quatre heures plus tard, hier mercredi, après la révélation du PM, la saisine de l’Ige aurait été évoquée devant le Conseil des ministres, donnant à l’affaire une résonance désormais difficilement réductible à une simple controverse administrative. Selon les mêmes informations de L’Observateur, Abdourahmane Diouf, qui a hérité du portefeuille du ministre du Pétrole, a été saisi par l’Inspection générale d’Etat à travers une correspondance confidentielle, conformément aux usages de ce type de procédure, pour l’informer de l’ouverture de la mission d’investigation.
Le ministre, de même que les services relevant de son département, Petrosen en tête, devront ainsi mettre à la disposition des inspecteurs d’Etat l’ensemble des pièces, actes, correspondances et documents susceptibles d’éclairer les conditions dans lesquelles le dossier du retrait de Kosmos de Yaakar Téranga a été conduit, et surtout celles ayant entouré la décision de renoncer aux 55 millions de dollars en cause. Dans cette affaire qui s’annonce explosive, à l’image de la matière première au cœur du dossier, deux interrogations, au regard des informations disponibles, retiennent particulièrement l’attention.
Le directeur général de Petrosen a-t-il agi de son propre chef, au nom des prérogatives qu’il estime détenir, ou exécutait-il une instruction venue d’une autorité hiérarchiquement supérieure ? Et pourquoi le ministre Biram Souleye Diop, qui ne lui aurait, à l’évidence, pas donné l’ordre de procéder ainsi, a-t-il éprouvé le besoin de lui adresser, le 1er juin, une correspondance aussi ferme, précisément le jour de la nomination du nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô, alors qu’il savait pertinemment qu’il ne serait pas reconduit et qu’il ne lui restait que quelques jours avant la passation de services ?
La chaîne exacte des responsabilités
Le contenu de cette lettre, dont l’existence a été rendue publique par le Premier ministre lui-même à la tribune de l’Assemblée nationale, donne à la démarche du ministre sortant une portée particulière. Biram Souleye Diop, qui ne s’est pas encore publiquement expliqué sur les motivations exactes de cette correspondance, laisse ainsi en suspens une question essentielle : pourquoi avoir choisi, à la veille de son départ, de formaliser par écrit ce qui pouvait apparaître comme un désaccord majeur avec la direction de Petrosen ? Alioune Guèye, le directeur général de Petrosen de l’époque, lui, n’est pas resté silencieux. Dans un long droit de réponse adressé au Premier ministre et posté sur sa page Facebook, il s’est employé à exposer les fondements et les circonstances de sa décision, livrant sa propre lecture du dossier et des prérogatives dont il estime pouvoir se prévaloir.
Reste à savoir si cette justification suffira à convaincre les inspecteurs généraux d’État, rompus aux missions d’investigation et, surtout, familiers des subtilités du Code pétrolier, de ses prescriptions comme de ses limites. Car, au terme de cette affaire, ce ne sera pas seulement la régularité d’une décision administrative qui sera scrutée, mais la chaîne exacte des responsabilités : qui a décidé, sur quel fondement juridique, sous quelle autorité et avec quelle habilitation ?
