Faut-il encore miser sur une mobilisation extraordinaire de ressources ? Jusque-là, le Plan de redressement économique et social (Pres) du Sénégal n’a généré que 63 milliards de francs Cfa de recettes. Pourtant, présenté le 1er août 2025, il prévoyait de mobiliser un total de 5667 milliards de F Cfa entre 2025 et 2028. Le Pres s’est par ailleurs illustré par un net durcissement du fardeau fiscal, au grand dam des populations déjà très éprouvées par la récession économique (hors revenus additionnels des hydrocarbures). Pyromanes pompiers, ceux qui sont directement responsables de cette situation, en raison de leur débile proclamation de dette cachée, veulent sournoisement se positionner en redresseurs de tort.
De toutes les façons, les mesures d’austérité mises en place par le nouveau régime constituent déjà un plan d’ajustement qui doit bien rencontrer les ambitions du Fonds monétaire international (Fmi) et ses pairs. Il sera difficile pour le Fmi d’ajouter à la suspension des bourses familiales, à la révision des allocations de bourses au bénéfice des étudiants, à l’attrition des investissements publics et aux taxes multiformes, d’autres exigences de diète économique et financière. L’enjeu pour le Sénégal n’est plus de résister, il s’agit plutôt de prévenir le caractère procyclique des mesures qui vont entraîner répétitivement de nouveaux cycles économiques, et appelle sans cesse à de nouvelles interventions économiques de stabilisation.
Les souverainistes de pacotille reviennent à la charge, en feignant rire du soulagement né de l’accord avec les services du Fmi. Rien de surprenant venant de tels agitateurs étourdis. En 2018, le Ghana avait théorisé la fin de la dépendance à l’aide internationale et s’était refusé à demander de l’aide du Fmi. En 2022, son revirement renseignait sur la nécessité d’une intelligence d’approche en matière de coopération internationale. Avec une inflation à 27% et une dette dépassant les 80% du Pib, le Président Nana Akufo-Addo a dû solliciter de nouveau l’aide financière du Fmi, quelques jours après des manifestations organisées à Accra contre la vie chère. Ce dernier avait bâti sa popularité sur le slogan creux suivant : «le Ghana sans aides».
En apparence, les gouvernants se plient volontiers aux injonctions des bailleurs et des organisations internationales. Il est facile, en périphérie, de les traiter de faiblards ou de complices. Mais derrière leurs apparences de béni-oui-oui, se cache souvent un grand déchirement. Entre le marteau et l’enclume, les frêles décideurs ont le choix entre la collaboration qui apaise et le refus qui fait soulever les peuples. Dans une telle situation si révoltante, il est compréhensible pour n’importe quel esprit lucide de recourir à un subterfuge qui, aux yeux des personnes carencées en culture d’Etat, est assimilé à de la dette cachée.
Birame Waltako NDIAYE
