Des chercheurs britanniques explorent les liens entre les bactéries qui colonisent la langue et certaines capacités cognitives, comme la mémoire, le raisonnement et la rapidité de réaction.

Souvent associée au goût et à la digestion, la langue pourrait aussi en dire long sur le fonctionnement du cerveau. C’est ce que suggère une récente étude parue dans la revue Plos One. Dans le cadre de celle-ci, les scientifiques de l’université d’Exeter (Royaume-Uni) sont partis d’un constat : « le déclin de la fonction cognitive chez les personnes âgées pourrait être lié à une réduction de la biodisponibilité de l’oxyde nitrique, un processus favorisé par les bactéries buccales réduisant les nitrates. » Plus précisément, les nitrates alimentaires ingérés passent dans la circulation sanguine puis dans la salive. Des bactéries bénéfiques présentes dans la bouche les transforment alors en nitrites, que l’organisme peut convertir en oxyde nitrique. Ce composé gazeux favorise la relaxation des vaisseaux sanguins et peut accroître l’irrigation sanguine du cerveau.

Tests cognitifs et prélèvements sur la langue

Problème : « la structure de la communauté du microbiote buccal varie selon la situation géographique, ce qui complique la compréhension des liens entre le microbiote et la cognition à travers différentes populations. » Afin déterminer si les liens constants entre les bactéries buccales, le vieillissement et les capacités cognitives étaient identiques d’un pays à l’autre ou spécifiques à une région donnée, l’équipe a donc a recruté 60 personnes à Exeter et à Bruxelles, dont 30 jeunes adultes et 30 personnes âgées. Les participants ont tous fait une série de dix tests évaluant la mémoire, la vitesse de traitement de l’information et la capacité de concentration. En outre, les auteurs ont procédé à des prélèvements sur la langue, recueilli des échantillons de leur sang et de leur salive ainsi que mesuré leur tension artérielle. Ensuite, ces derniers ont séquencé l’ADN issu des prélèvements pour identifier les bactéries présentes et la composition du microbiote buccal de chaque volontaire avec ses résultats aux tests.

Les bactéries présentes sur la langue sont liées aux capacités cognitives

Les auteurs ont identifié 17 espèces bactériennes dont l’abondance variait entre les adultes jeunes et les adultes plus âgés. Malgré les différences géographiques, les modifications microbiennes liées à l’âge étaient cohérentes entre les groupes, avec notamment des taux plus élevés en Treponema et Tannerella (des bactéries associées aux maladies des gencives) chez les seniors. Chez les jeunes adultes, une espèce transformant les nitrates (Neisseria flavescens) était plus abondante chez les participants les plus jeunes dans les deux pays.

En ce qui concerne le lien entre les résultats cognitifs et la composition de la langue, les participants des deux pays présentant des taux plus élevés de Prevotella histicola dans la bouche ont affiché des temps de réaction plus rapides durant différentes tâches cognitives. « En revanche, les résultats concernant une autre bactérie, Haemophilus parainfluenzae, se sont révélés contrastés. » Au Royaume-Uni, des taux plus élevés étaient corrélés à des réponses plus rapides lors de tests faisant appel au raisonnement et à la perception spatiale, mais à des réponses plus lentes lors de la reconnaissance des émotions. En Belgique, des taux plus élevés étaient liés à des réponses plus rapides aux tests de mémoire visuelle et à de meilleures performances à un test de mémoire de travail.

Le lieu de résidence, principal facteur de variation du microbiote lingual

« Dans l’ensemble, la situation géographique s’est révélée être un facteur déterminant de la variation du microbiote buccal, bien que des associations constantes entre le microbiote et la cognition liées à l’âge aient été observées dans les deux populations. Ces résultats soulignent la nécessité de prendre en compte le contexte géographique dans la recherche sur le lien entre microbiote et santé. Une meilleure compréhension des profils microbiens buccaux pourrait orienter les futures recherches visant à favoriser la santé cognitive au cours du vieillissement », peut-on lire dans les conclusions.

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