Un article de la BBC fait le point sur les grandes études réalisées sur le sujet ces dernières années.
L’histoire de Nick James, rapportée par le journal britannique, illustre cet espoir. Porteur du syndrome de Lynch, qui augmente fortement le risque de cancer colorectal, ce patient participe depuis dix ans à un essai clinique. Résultat : « Il prend de l’aspirine depuis maintenant dix ans et nous n’avons détecté aucun signe de cancer à ce jour », explique John Burn, professeur à l’Université de Newcastle (Royaume-Uni).
Un médicament au potentiel anti-cancéreux
Ce potentiel n’est pas nouveau. Dès les années 1970, des expériences sur des souris révélaient que l’aspirine pouvait limiter la propagation des tumeurs. Mais un tournant survient surtout en 2010 lorsque des chercheurs de l’Université d’Oxford démontrent que le médicament pourrait réduire l’incidence et la propagation des cancers chez l’humain.
Selon une étude majeure publiée par The Lancet en 2020, menée par le même John Burn sur 861 patients atteints du syndrome de Lynch, une dose quotidienne de 600 mg réduit de moitié le risque de cancer colorectal. Plus récemment, des doses plus faibles (75 à 100 mg) semblent offrir une efficacité comparable. « Les personnes qui ont pris de l’aspirine pendant deux ans avaient 50 % de cancers du côlon en moins », précise-t-il à la BBC.
Toute prise régulière doit être médicalement contrôlée
Comment expliquer cet effet ? Selon Anna Martling, professeure à l’Institut Karolinska en Suède, l’aspirine « agit à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la cellule ». Le médicament bloque notamment l’enzyme Cox-2, impliquée dans la prolifération cellulaire. D’autres pistes émergent. D’autres recherches encore évoquent le rôle du thromboxane A2, une molécule qui pourrait empêcher le système immunitaire de détecter les cellules cancéreuses. En l’inhibant, l’aspirine rendrait ces cellules plus visibles.
Les experts cités par la BBC appellent néanmoins à la prudence : toute prise régulière doit se faire sous supervision médicale. L’aspirine peut en effet entraîner des effets secondaires, comme des saignements ou des ulcères, conclut Anna Martling.
D’autres travaux confirment ces résultats. En Suède, une étude sur près de 3.000 patients qui avaient été opérés d’un cancer colorectal a notamment montré qu’une prise quotidienne de 160 mg réduit de moitié le risque de récidive.
