La Coupe du monde 2026 marque la 23e édition du Mondial et une question trotte souvent l’esprit, mais pourquoi l’Afrique n’arrive pas à gagner la Coupe du monde ? Posée ainsi, la question ressemblerait à chercher une aiguille dans une boite de foin. Mais Dsports a amené des éléments de réponse. Tout en interrogeant un témoin privilégié, le journaliste Pape Lamine Ndour, qui a couvert la Coupe du monde en 2018 et 2022.

Il y a des questions qui, de prime abord, semblent déceler une réponse basique. Mais il suffit de creuser pour voir que l’interrogation n’est pas si simple, et donc forcément la réponse demande plusieurs axes de réflexion.

Répondre à la question pourquoi l’Afrique n’arrive pas à gagner la Coupe rentre dans cet ordre, car les causes sont tellement multiples et plusieurs secteurs sont à prendre en compte. Notamment le manque de régularité des équipes africaines à la plus grande compétition internationale, l’ambition de la victoire et aussi la question des binationaux.

Pour gagner, il faut être plus présent

L’Egypte est le premier pays africain à participer à la Coupe du monde, c’était en 1934 en Italie. Il a fallu attendre 36 ans plus tard pour revoir l’Afrique au mondial. Le continent a ainsi raté 6 éditions avant d’être à nouveau présent pour Mexique 1970 (les éditions 1942 et 1946 n’ont pas eu lieu à cause de la guerre).

Le Cameroun détient pour l’instant le record de participations au mondial, avec 8 qualifications en phase finale de Coupe du monde, suivi du Maroc qui en compte 7 avec l’édition 2026. A titre de comparaison, les nations qui ont le plus de participation au mondial sont loin devant.

Le Brésil est par exemple la seule équipe à avoir participé à toutes les éditions de Coupe du monde. L’Allemagne vient derrière avec 20 participations, alors que l’Italie et l’Argentine sont à 18.

Manque d’organisation et de structures idoines

Les équipes africaines ont souvent péché par manque d’organisation. Le Cameroun avait notamment défrayé la chronique en 2014 avec des problèmes de prime, refusant même d’embarquer dans l’avion affrétée pour le Brésil. Et quand ils sont arrivés sur les pelouses brésiliennes, les Camerounais ont trouvé la bonne idée de se donner en spectacle, avec la bagarre Assou Ekotto-Moukandjo.

D’ailleurs, Pape Lamine Ndour, journaliste à Walf Quotidien, préfère, insister sur ce point. Avec plus de 20 ans d’expérience dans le métier, il pointe du doigt le manque de structure des fédérations africaines : « Pour gagner un tournoi international, il faut savoir anticiper. Je donne l’exemple de l’Allemagne en 2014, ils ont acheté 8 hectares juste pour la question des camps de base. Car la réussite est une question d’investissement aussi, et il faut investir sur les infrastructures. La France en 2018 est aussi un exemple, ils ont privatisé leur camp de base et y sont restés pendant toute la durée de la compétition. La logistique est très importante dans le sport de haut niveau ».

Une absence d’ambition

En vrai, quelle équipe africaine a débarqué à une Coupe du monde avec l’ambition de la gagner ? En général, les équipes du continent considèrent plus la Coupe du monde comme une fête, un tournoi où on veut bien épouser la philosophie de Coubertin, l’important étant de participer. Souvent sortir du premier tour relève même de l’exploit, et les équipes qui arrivent au second tour considèrent déjà leur tournoi comme réussi.

Pape Lamine Ndour, qui a couvert les éditions 2018 et 2022, embraye : « On est trop vite rassasié en Afrique. Il y a des équipes qui pouvaient aller plus loin. Le Ghana, le Cameroun, le Maroc et même le Sénégal. Dès qu’on arrive en quart de finale, on se dit que l’objectif est atteint ».

Le bilan des matches des sélections africaines est sans appel : 132 rencontres, 37 victoires, 29 nuls et 66 défaites.

La question des binationaux

Il faut aussi oser le dire, l’Afrique s’est fait voler souvent ses talents, de Eusebio à Kylian Mbappé, ils sont légions les joueurs qui pouvaient défendre les couleurs du continent, mais ont préféré opter pour une autre sélection nationale. La France championne du monde 1998 suffit comme exemple, elle était d’ailleurs surnommée « black-blanc-beur », Zidane pouvait jouer pour l’Algérie, Vieira pour le Sénégal, Desailly pour le Ghana. Mais il n’y a pas que la France, Gerald Asamoah, Romelu Lukaku, Ousmane Dembélé et tant d’autres, auraient pu jouer pour le continent.

Pourquoi cela devrait changer

Malgré tout ce qui a été évoqué plus haut, il existe des facteurs porteurs d’espoir, car des changements s’opèrent dans le continent. Les fédérations font désormais l’effort de s’organiser. Celle du Sénégal est un exemple, elle est structurée et aujourd’hui l’Equipe Nationale est dans d’excellentes conditions. Plus de problèmes de primes, la planification est plus respectée avec des camps de base aux normes internationales définis à l’avance.

Toujours au Sénégal, la qualité des centres de formation a connu une avancée notable. L’exemple de Génération Foot, où sont passés Sadio Mané, Ismaïla Sarr ou encore Lamine Camara a permis aux Lions d’être plus compétitifs.

Sur la question des binationaux, la dynamique commence à s’inverser également. Des joueurs préfèrent choisir une équipe africaine très tôt plutôt qu’une nation européenne par exemple. Ibrahima Mbaye a choisi le Sénégal avant ses 17 ans, Ayoub Bouaddi a fait de même avec le Maroc, au détriment à chaque fois de la France.

L’ambition aussi est beaucoup plus présente chez les sélections africaines. Le Maroc n’a pas fait de complexe en 2022, le Sénégal avance pour 2026 avec les crocs. D’ailleurs, le sélectionneur national l’a clamé haut, il préfère laisser sa place s’il doute un instant qu’il n’est pas capable de remporter la Coupe du monde.

Est-ce que l’édition 2026 consacrera l’Afrique ? Encore une question piège. Ce qui est sûr, c’est que le football africain a évolué. Et peut-être que ce n’est qu’une question de temps avant de voir une sélection africaine soulever la Coupe du monde.

Avec DSPORT

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *