Et si une simple prise de sang permettait de détecter plus tôt les personnes les plus à risque de cancer du poumon, qui tue chaque année environ 30.000 personnes en France ? Une vaste étude internationale, publiée dans le JAMA, suggère qu’un nouveau test sanguin pourrait affiner le dépistage actuel du cancer du poumon et éviter des scanners inutiles. Une avancée qui pourrait changer la stratégie de prévention chez les anciens et actuels fumeurs.
Aujourd’hui, le dépistage du cancer du poumon repose principalement sur le scanner thoracique à faible dose, appelé LDCT. Cette méthode d’imagerie permet de détecter précocement le cancer et de réduire la mortalité chez les personnes considérées à haut risque, notamment les grands fumeurs. Sauf que, comme le souligne le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dans un communiqué, « de nombreux cancers du poumon surviennent chez des personnes ayant des antécédents de tabagisme qui ne sont pas éligibles au dépistage, ce qui limite l’impact du dépistage ».
Treize biomarqueurs pour affiner le risque de cancer
Pour tenter de mieux cibler les personnes à risque, des chercheurs du CIRC, en collaboration avec le Lung Cancer Cohort Consortium (LC3) ont développé un modèle prédictif baptisé INTEGRAL-Risk. Ce modèle associe des données classiques, comme l’âge et les antécédents de tabagisme, à l’analyse de 13 protéines présentes dans le sang. Les scientifiques avaient auparavant étudié plus de 1.000 protéines avant d’identifier celles associées à un futur risque de cancer du poumon. Au total, l’étude a porté sur près de 3.700 participants issus de grandes cohortes réparties sur quatre continents.
Les résultats sont prometteurs : le modèle INTEGRAL-Risk a permis d’identifier correctement 85 % des cancers du poumon apparus dans l’année suivant le test. A titre de comparaison, un questionnaire de référence n’en détectait que 70 %, tandis que les critères de dépistage actuellement utilisés aux États-Unis atteignaient à peine 63 %. « Notre étude montre qu’il est possible d’utiliser des biomarqueurs sanguins pour identifier les individus présentant un risque élevé de cancer du poumon et susceptibles de bénéficier d’un dépistage », explique le Dr Mattias Johansson, chercheur au CIRC et co-auteur des travaux.
Mieux dépister en ciblant les personnes à risque ?
Les chercheurs insistent toutefois sur un point : ce test sanguin n’a pas vocation à remplacer le scanner LDCT comme test de dépistage. Son objectif serait plutôt de mieux orienter les patients vers un dépistage adapté. « Notre objectif [est] d’affiner le processus en ciblant les personnes les plus susceptibles d’en bénéficier », précise le Dr Hilary Robbins, qui a participé à l’étude. Si ces résultats doivent encore être confirmés dans des programmes de santé publique, ils ouvrent donc la voie à un dépistage plus personnalisé.
