Le plateau du « Grand Jury » de la RFM du 14 juin 2026 a servi de tribune à Seydou Guèye pour pilonner la gouvernance des nouvelles autorités. Invité par Macoumba Bèye, l’ancien ministre porte-parole du gouvernement et membre fondateur de l’Alliance pour la République (APR) a livré une analyse sans concession de la situation nationale, articulée autour de la moralité publique, de la crise institutionnelle naissante et des perspectives macroéconomiques. Le responsable de l’APR s’est érigé en défenseur du bilan de l’ancien président Macky Sall tout en traçant les contours d’une contre-offensive méthodique de l’opposition face à un pouvoir qu’il qualifie de populiste.

L’actualité brûlante liée à la publication du livre-enquête de Bachir Fofana sur l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) a fourni à l’invité ses arguments les plus acérés. Saluant le courage du journaliste et les initiatives parlementaires du député Thierno Alassane Sall, Seydou Guèye a fustigé le silence et l’inertie du pouvoir face à ce qu’il qualifie de méga-scandale à 37 milliards de francs CFA. Pour le cadre de l’APR, le contraste s’avère saisissant entre les slogans de transparence agités par la présidence et l’accumulation de dossiers nébuleux, citant pêlemêle les affaires de l’Onas, la gestion des fonds d’inondation et l’opacité entourant l’indemnisation des victimes des crises passées. Selon ses termes, le régime se noie dans un lac de scandales, disqualifiant définitivement la doctrine officielle de la reddition des comptes si la justice ne fait pas toute la lumière sur ces ressources détournées au détriment du monde rural.

Au-delà des affaires courantes, ce sont les turbulences institutionnelles qui structurent l’inquiétude de l’ancien secrétaire général du gouvernement. Commentant la récente initiative législative de Pastef visant à réviser la Constitution, Seydou Guèye y voit une tentative d’asservissement de l’Assemblée nationale aux desseins exclusifs d’un homme et une dérive majeure par rapport à l’esprit de la République. Décortiquant les fractures internes nées du limogeage d’Ousmane Sonko de la primature et de son élection au perchoir, il a dénoncé un bicéphalisme conflictuel où deux ailes rivales du pouvoir rivalisent pour le contrôle de l’État en vue des échéances de 2029. Face à ce qu’il nomme une « République des affinités », il a formalisé la stratégie du Front pour la défense de la démocratie et de la République (FDR) et de la coalition Takku Wallu, axée sur un combat quotidien contre le régime, une mutualisation des forces pour les prochaines élections locales et une alternance programmée pour la fin du mandat présidentiel.

Le volet économique de l’entretien a permis à Seydou Guèye de démonter la rhétorique officielle concernant les finances publiques, à la veille d’une mission cruciale du Fonds monétaire international (FMI) à Dakar. Prenant le contre-pied des positions antérieures du pouvoir, il a affirmé que la restructuration de la dette, par le reprofilage ou le rééchelonnement, constitue désormais une contrainte absolue pour éviter l’asphyxie financière du pays. Justifiant la politique d’endettement sous l’ère Macky Sall par son orientation vers l’investissement productif, il a opposé la rigueur des programmes antérieurs à la gestion actuelle, qu’il soupçonne de financer des dépenses de fonctionnement stériles. En saluant au passage le pragmatisme tardif du président face à la finalisation du siège des Nations Unies à Diamniadio, Seydou Guèye a invité les gouvernants à abandonner les postures dogmatiques pour embrasser le réalisme économique, indispensable pour soulager des populations qu’il décrit comme exsangues.

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