L’Assemblée nationale examine, ce lundi 22 juin, deux projets de loi explosifs portant sur la réforme des codes du Travail et de la Sécurité sociale. Face à ce qu’ils qualifient de «passage en force», le Collectif de l’administration (Ciaas) et le Front syndical dénoncent une précarisation historique des travailleurs et menacent de paralyser le pays avec une grève générale annoncée pour le 10 juillet. 

 L’Hémicycle s’apprête à vivre l’une des journées les plus cruciales et agitées de la XVe Législature. Les députés sont convoqués en séance plénière ce lundi 22 juin 2026 à 10h 00, avec un ordre du jour qui cristallise toutes les tensions sociales du Sénégal : l’examen des projets de loi n°15/2026 portant Code du travail et n°16/2026 portant Code de la sécurité sociale. Défendus par le ministre de la Fonction publique, du travail et de la réforme du service public, ces textes -censés moderniser la législation- ont provoqué une levée de boucliers inédite des organisations de travailleurs. Une lettre ouverte dénonce un passage en force dans «l’opacité totale» precise le Quotidien . A la veille de ce rendez-vous crucial, le Collectif interministériel des agents de l’administration sénégalaise (Ciaas), par la voix de son coordonnateur Omar Dramé, a adressé une lettre ouverte d’une gravité exceptionnelle aux parlementaires. Le collectif y fustige une rupture majeure du dialogue social, les versions définitives des textes n’ayant jamais été communiquées aux partenaires sociaux. Selon les contestataires, cette démarche unilatérale constitue une violation flagrante du Pacte national de stabilité sociale, mais surtout de la Convention n°144 de l’Organisation internationale du travail (Oit), qui impose une consultation effective pour toute réforme d’une telle envergure. Le cœur de la colère repose sur ce que le collectif qualifie de «sacrifice des travailleurs contractuels sur l’autel de la précarité extrême». Le projet de réforme prévoit notamment de porter la durée du Contrat à durée déterminée (Cdd) à 4 ans, renouvelable 3 fois. Pour le Ciaas, les chiffres de cette mesure cachent une réalité humaine insoutenable pour les foyers sénégalais : 12 longues années de précarité institutionnalisée, 144 mois d’instabilité quotidienne et près de 4380 jours d’anxiété avant de pouvoir espérer décrocher un Contrat à durée indéterminée (Cdi). «Comment un soutien de famille peut-il planifier l’avenir, loger décemment les siens ou obtenir un crédit bancaire avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête ?», s’insurge Omar Dramé dans sa missive, appelant les députés à un sursaut patriotique pour rejeter massivement ces projets. Face à ce qu’il qualifie de recul historique des acquis sociaux, le Front syndical pour la défense du travail, qui regroupe les principales centrales syndicales du pays, est déjà en ordre de bataille pour bloquer la réforme. Le calendrier de la contestation est déjà fixé pour engager le bras de fer avec le gouvernement : convocation d’une grande Assemblée générale d’avertissement le vendredi 3 juillet 2026, déclenchement d’une grève générale de 24 heures sur l’ensemble du territoire national le vendredi 10 juillet 2026, menaçant de paralyser l’économie si l’Exécutif persiste dans sa démarche.

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