« Certains contaminants de l’eau potable, notamment les sous-produits de désinfection, sont des cancérogènes avérés ou suspectés dotés de propriétés perturbatrices du système endocrinien. Peu de recherches ont évalué les associations avec le cancer de l’utérus », selon des scientifiques américains. C’est pourquoi ils se penchés sur le sujet dans une nouvelle étude publiée dans la revue JAMA Network Open. Dans le cadre de ces travaux, l’équipe a suivi 53.100 femmes dont l’adresse au moment du recrutement était reliée à un réseau de distribution d’eau publique et qui résidaient à cette adresse depuis au moins 10 ans.
Cancer de l’utérus : certaines substances présentes dans l’eau potable augmentent le risque
Plutôt que d’analyser l’eau au robinet de chaque participante, les chercheurs ont associé leurs adresses au réseau de distribution d’eau desservant chaque résidence et ont analysé les relevés officiels de qualité de l’eau couvrant la période de 1990 à 2020. Ils ont ensuite calculé l’exposition moyenne estimée de chaque volontaire aux contaminants sur une période de 15 ans, incluant les nitrates, l’arsenic, l’uranium ainsi que les sous-produits de désinfection au chlore (les trihalométhanes (THM), à savoir des substances chimiques formées lorsque le chlore réagit avec la matière organique présente dans l’eau, et les acides haloacétiques (AHA)). Les effets combinés des différentes substances ont également été évalués. Les auteurs se sont concentrés sur les associations avec l’incidence globale du cancer de l’utérus, ainsi qu’avec les tumeurs endométrioïdes et non endométrioïdes, deux grandes catégories de tumeurs qui se développent à partir de l’endomètre.
Après un suivi de 20 ans, 1.038 femmes ont développé un cancer de l’utérus. L’analyse a révélé que l’exposition à certains produits chimiques utilisés pour désinfecter l’eau potable publique était associée à un risque accru de cancer de l’utérus. Des taux plus élevés de trihalométhanes (THM), notamment de chloroforme, étaient liés à un risque accru de cancer de l’utérus et, plus spécifiquement, de tumeurs endométrioïdes. Dans le détail, les personnes exposées aux niveaux les plus élevés de THM présentaient un risque global de cancer de l’utérus supérieur de 18 %. « Ce risque accru persistait même lorsque les taux de THM se situaient dans les limites légales fixées par les autorités. » Autre constat : une exposition plus élevée aux AHA augmentait deux fois plus le risque de développer des tumeurs non endométrioïdes. En revanche, aucune corrélation n’a été observée avec d’autres contaminants courants, tels que les nitrates, l’arsenic ou l’uranium.
L’exposition aux contaminants est potentiellement modifiable
Face à ces résultats, les scientifiques indiquent qu’il est nécessaire de poursuivre les recherches sur les contaminants de l’eau potable en tant que facteurs de risque modifiables pour ce cancer gynécologique fréquent. « Ces conclusions pourraient aider les services de distribution d’eau à rechercher des moyens de réduire les sous-produits de désinfection nocifs, tout en continuant à protéger les populations. (…) L’exposition aux contaminants présents dans l’eau potable pourrait constituer un axe important de prévention. »
