Bien avant l’édification de la ville sainte de Touba, Cheikh Ahmadou Bamba en avait esquissé les contours dans une prière. Ce texte, intitulé Matlaboul Fawzayni (« La quête du bienfait des deux mondes »), est considéré par de nombreux érudits mourides comme la « maquette » spirituelle de la cité religieuse.

Selon Serigne Khalil Mbacké, petit-fils de Serigne Saliou Mbacké, ce célèbre xasida, rédigé en 1888, année de la fondation de Touba, traduit la vision du fondateur du mouridisme pour la ville sainte. Dès les premiers vers, Cheikh Ahmadou Bamba implore Dieu en ces termes : « Fais de ma demeure la cité bénie de Touba, le bastion de l’obéissance à Allah et du respect de la tradition de l’Envoyé (PSL) pour toujours, et non le foyer des innovations blâmables. »

Composé de plus d’une trentaine de vers, Matlaboul Fawzayni présente Touba comme une cité exclusivement vouée à l’adoration de Dieu, à l’enseignement religieux et à l’élévation spirituelle. Le Cheikh y prie pour qu’elle demeure un refuge pour les croyants, un havre de paix pour ceux qui se confient à Allah et un lieu privilégié pour les chercheurs de l’Absolu.

Plus d’un siècle après cette invocation, Serigne Khalil Mbacké estime que cette prière s’est largement réalisée. La Grande Mosquée, les daara, notamment Daaray Kamil, les nombreuses écoles coraniques et l’organisation de la vie autour des valeurs religieuses témoignent, selon lui, de l’accomplissement de cette vision.

Aujourd’hui, Touba est devenue la deuxième ville la plus peuplée du Sénégal. Chaque année, à l’occasion du Grand Magal, elle accueille plus de deux millions de pèlerins venus du Sénégal et de la diaspora, illustrant le rayonnement spirituel et l’attractivité de cette cité dont les fondements avaient été, dès l’origine, posés dans une fervente prière.

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