La récente visite de travail du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, aux États-Unis, et ses rencontres avec les responsables du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, constituent un signal important dans la trajectoire économique de notre pays.
Après plusieurs mois de tensions financières et de dialogue difficile avec certains partenaires, cette nouvelle séquence internationale peut être perçue comme une bouffée d’air. Elle ouvre une fenêtre de coopération susceptible de contribuer progressivement à restaurer la confiance de nos partenaires techniques et financiers, à desserrer la pression sur les finances publiques et, surtout, à créer les conditions d’une relance de l’investissement.
Car derrière les chiffres de la dette, il y a une réalité concrète : depuis 2024, l’investissement est fortement contraint, les entreprises font face à des difficultés de trésorerie et l’État dispose de marges de manœuvre limitées.
Le débat public s’est beaucoup concentré sur la question de savoir s’il faut parler de « restructuration », de « reprofilage » ou de « traitement » de la dette. Cette discussion a son importance, mais elle ne doit pas masquer l’essentiel.
La véritable question est de savoir comment permettre au Sénégal de retrouver des marges budgétaires, de relancer l’investissement, de soutenir les entreprises, de préserver les dépenses sociales et de créer davantage d’emplois, particulièrement pour notre jeunesse.
Il s’agit également de restaurer une relation de confiance avec les investisseurs et les partenaires internationaux. Dans l’économie mondiale actuelle, la confiance est un capital stratégique. Elle conditionne le coût du financement, la capacité à mobiliser des ressources et l’attractivité de notre économie.
Cette nouvelle fenêtre de coopération doit donc être saisie avec pragmatisme et responsabilité.
Elle doit permettre au Sénégal de transformer les discussions financières en investissements productifs, les financements en emplois, et les contraintes actuelles en réformes durables.
Mais au-delà de la seule situation économique nationale, une autre dimension mérite notre attention : la stabilité du Sénégal dans un espace ouest-africain profondément fragilisé.
Notre sous-région fait face à des défis économiques, sécuritaires, sociaux et géopolitiques majeurs. Dans ce contexte, la stabilité du Sénégal constitue un enjeu qui dépasse nos frontières. Préserver notre stabilité économique et sociale, c’est aussi contribuer à la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.
C’est pourquoi nous pensons que le moment est venu de retrouver la voie et la voix de la raison. La voie de la raison, parce que la situation impose réalisme, rigueur et pragmatisme.
La voix de la raison, parce que notre pays a besoin d’un dialogue national dépassionné, capable de dépasser les querelles politiques pour se concentrer sur l’essentiel : l’intérêt supérieur du Sénégal.
Nous devons pouvoir débattre de nos choix économiques, contrôler l’action publique et exercer pleinement notre responsabilité citoyenne, sans perdre de vue ce qui nous rassemble.
La visite de Washington ne doit donc pas être considérée comme une victoire politique des uns ou des autres. Elle doit être regardée comme une opportunité pour le Sénégal.
Une opportunité pour restaurer la confiance, relancer l’investissement, soutenir le secteur privé, protéger les plus vulnérables et inscrire notre économie sur une trajectoire durable.
Nous considérons, donc, que le moment est venu de dépasser les postures et les querelles sémantiques. Le Sénégal n’a pas seulement besoin de financements. Il a besoin de stabilité, de confiance, de visibilité et d’un cap partagé.
Au-delà de la dette, il y a un pays à stabiliser, une économie à relancer et une génération à préparer. C’est autour de cet impératif national que nous devons désormais conjuguer nos efforts.
