Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni mardi 29 septembre à New York pour examiner la situation en République démocratique du Congo (RDC), où les affrontements entre les forces gouvernementales et les rebelles du M23 se poursuivent dans l’est du pays malgré plusieurs accords de paix.
Les débats ont notamment porté sur le suivi du cessez-le-feu, les tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi que sur la situation humanitaire et sanitaire, alors que la RDC fait face à sa pire épidémie d’Ebola, qui a fait près de 3 900 morts.
La RDC a appelé le Conseil de sécurité à suspendre la participation des contingents rwandais aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, tandis que le Rwanda a de nouveau demandé la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qu’il considère comme une menace directe pour sa sécurité.
Kinshasa demande la suspension des contingents rwandais
Prenant la parole devant le Conseil, le représentant permanent de la RDC auprès de l’ONU, Zenon Ngay Mukongo, a estimé que le Conseil « ne peut rester indifférent » face à l’insécurité persistante dans l’est du pays.
Il a assuré que Kinshasa continuerait à défendre son territoire malgré ce qu’il a qualifié de « mauvaise foi manifeste » des agresseurs.
Le diplomate congolais a notamment condamné une frappe de drone attribuée aux Forces de défense du Rwanda (FDR) contre une position congolaise à Pinga, le 20 septembre, qui aurait fait cinq morts.
« Le Conseil ne peut pas exiger des engagements sans garantir leur mise en œuvre par toutes les parties », a-t-il déclaré.
Il a ainsi demandé au Conseil de sécurité de suspendre la participation, le déploiement et la rotation des contingents rwandais dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU jusqu’au retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
« Le Conseil ne peut pas tolérer, au sein de ses opérations de maintien de la paix, des membres qui jouent à la fois le rôle de pompiers et de pyromanes », a-t-il ajouté.
Selon lui, « l’autorité même de ce Conseil et la crédibilité de ses décisions sont en jeu ».
Le Burundi appelle à soutenir les pays d’accueil des réfugiés
Le représentant permanent du Burundi, Zéphyrin Maniratanga, a rappelé que la région des Grands Lacs, en particulier l’est de la RDC, connaît depuis plusieurs décennies des « cycles dévastateurs de violence ».
Selon lui, les causes de cette instabilité sont connues et le Conseil de sécurité a déjà adopté plusieurs résolutions pour y répondre.
« La question est désormais celle de la mise en œuvre effective des décisions déjà adoptées », a-t-il déclaré.
« Nous ne pouvons pas attendre une nouvelle flambée de violence pour adopter une nouvelle résolution alors que les engagements précédents restent insuffisamment appliqués », a-t-il poursuivi.
Il a appelé à passer « de la réaction à la prévention, à la mise en œuvre et à la responsabilisation ».
Le diplomate burundais a également attiré l’attention sur les conséquences de la crise pour les pays voisins, notamment le Burundi, qui accueille un nombre « important » de réfugiés congolais.
« Cette solidarité fait peser une lourde charge sur un pays aux ressources limitées et sur les communautés qui accueillent ces familles », a-t-il souligné, appelant la communauté internationale à « pleinement prendre en compte » cette réalité dans ses efforts en faveur de la paix et de la sécurité régionales.
La Tanzanie réclame davantage de financements humanitaires
Le représentant permanent de la Tanzanie, Togolani Edriss Mavura, s’est pour sa part inquiété des pertes civiles, des déplacements massifs de populations, de l’augmentation des violences sexuelles et fondées sur le genre ainsi que de la grave épidémie d’Ebola qui sévit actuellement en RDC.
Il a appelé à renforcer le soutien au plan de réponse humanitaire pour 2026, qui reste à moitié financé.
« Le manque de financement devrait interpeller notre conscience », a-t-il déclaré.
Sur le plan sécuritaire, il a estimé que « le plein respect des accords de cessez-le-feu » constituait un élément essentiel pour parvenir à une désescalade.
Il a salué les opérations de surveillance du cessez-le-feu menées par la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le représentant tanzanien a également soutenu les approches communautaires en matière de désarmement, démobilisation et réintégration des combattants.
Il a enfin souligné l’importance de poursuivre le dialogue entre la MONUSCO et le gouvernement congolais sur la présence de la mission et sur sa future configuration, alors que son mandat doit être renouvelé en décembre.
Kigali demande la « neutralisation » des FDLR
Le représentant permanent du Rwanda, Karoli Martin Ngoga, a, de son côté, concentré son intervention sur la menace que Kigali attribue aux FDLR, un groupe armé composé notamment d’anciens combattants rwandais présents dans l’est de la RDC.
Rappelant que les Nations unies ont consacré plus de 30 milliards de dollars depuis 1999 pour répondre à la crise sécuritaire dans l’est de la RDC, il a estimé que « les principaux défis sécuritaires qui ont régulièrement conduit cette crise régionale devant le Conseil restent sans solution ».
« Les FDLR doivent être neutralisées, et cette neutralisation doit être effective, complète et vérifiable », a-t-il déclaré.
Selon lui, la présence persistante des FDLR dans l’est de la RDC, leur « idéologie génocidaire » ainsi que leur collaboration et le soutien qu’elles recevraient du gouvernement congolais constituent une « menace directe et existentielle pour la sécurité du Rwanda ».
« C’est ainsi que le Rwanda comprend cette menace, et c’est ainsi que nous devons la traiter. C’est une menace immédiate, elle n’est pas lointaine », a-t-il insisté.
Le 8 septembre, 120 anciens combattants des FDLR, d’autres ex-combattants étrangers ainsi que leurs personnes à charge avaient été rapatriés vers le Rwanda.
La société civile dénonce le rôle du commerce des minerais
La présidente du Bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, Néné Bintu Iragi, a, quant à elle, mis en avant le rôle du secteur minier dans la persistance du conflit.
« L’est n’est plus en crise, il est en train de s’effondrer », a-t-elle déclaré.
Dans les zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu contrôlées par le M23, elle a affirmé qu’une « administration parallèle taxe et extorque illégalement nos compatriotes sous la menace des armes ».
Selon elle, cette situation s’inscrit dans une stratégie visant à « terroriser et réprimer la population locale ».
« Il est impossible de comprendre cette guerre sans s’attaquer à ce qui l’alimente : nos minerais », a-t-elle affirmé.
Elle a notamment cité la cassitérite, le coltan et l’or, dont l’extraction artisanale serait réalisée, selon elle, sous la contrainte de groupes armés.
Le minerai serait ensuite taxé sur les sites d’extraction, transporté vers d’autres zones où il est mélangé à d’autres minerais afin de masquer son origine, avant d’être exporté par l’intermédiaire de maisons de négoce.
« Chaque tonne de coltan qui quitte illégalement le pays finance l’achat d’armes et le recrutement de nos enfants », a-t-elle dénoncé.
Elle a également rappelé que les normes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) imposent aux entreprises qui achètent des minerais congolais de vérifier leur origine.
« Sur le terrain, de nombreux acheteurs ferment les yeux », a-t-elle toutefois déploré.
« Tant que des personnes pourront tuer pour contrôler une mine et vendre sa production à l’international sans subir de conséquences, cette guerre ne prendra jamais fin », a-t-elle conclu.
Des accords de paix toujours confrontés aux violences
Les débats du Conseil de sécurité interviennent alors que plusieurs initiatives diplomatiques ont été engagées pour tenter de mettre fin aux combats dans l’est de la RDC.
Kinshasa et Kigali ont signé les Accords de Washington en décembre 2025, tandis que le gouvernement congolais et le M23 ont conclu un cadre de paix à Doha un mois auparavant.
Malgré ces engagements, les combats se poursuivent dans plusieurs zones de l’est du pays.
La RDC accuse par ailleurs les forces rwandaises et le M23 d’avoir tué plus de 300 personnes en juin et juillet dans des zones sous leur contrôle. Kigali rejette ces accusations.
Sur le front sanitaire, l’épidémie d’Ebola a touché sept provinces de la RDC et comptait, au 26 septembre, plus de 8 000 cas confirmés et 3 901 décès, selon les données présentées lors de la réunion.
La situation humanitaire demeure également préoccupante, avec des déplacements de populations et une hausse signalée des violences sexuelles et fondées sur le genre.
Le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), déployée depuis plusieurs années pour contribuer à la protection des civils et à la stabilisation de l’est de la RDC, doit par ailleurs faire l’objet d’un renouvellement en décembre.
