Après une année budgétaire 2026 difficile marquée par un ralentissement de la croissance et un déficit qui repart à la hausse, le gouvernement Al Aminou Lo entend redresser la barre, mais risque de faire face à une majorité parlementaire très hostil rapportent nos confrères du journal Enquête .

Plus de 6 012,1 milliards FCFA. C’est le montant total des recettes prévues dans la LFI 2027 contre 5 848,7 milliards pour la loi de finances 2026 ajustée. Après avoir remis le projet à l’Assemblée nationale, le gouvernement à travers le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan a rendu public, hier, le projet qui revient sur les grandes orientations de l’État.

Comme on pouvait s’y attendre, des mesures fortes sont attendues dans les domaines de l’Énergie, de la protection sociale, de la restructuration des entreprises publiques, etc. Le document projette les dépenses à 7 363,7 milliards FCFA contre 7 583,9 milliards FCFA pour la loi de finances 2026 ajustée, soit une baisse de 220,1 milliards FCFA en valeur absolue et 2,9% en valeur relative.

Pour les recettes du budget général, elles s’élèvent à 5 653,9 milliards FCFA. Elles comprennent : les recettes fiscales arrêtées à 5 044,6 milliards FCFA, en hausse de 113,1 milliards par rapport à la LFI 2026 ajustée, soit 2,3% en valeur relative ; les recettes non fiscales et autres recettes pour 408,0 milliards FCFA en hausse de 9,8 milliards FCFA en valeur absolue et 2,5% en valeur relative. Il faut y ajouter les tirages sur dons-projets projetés à 155 milliards CFCA contre 140,7 milliards FCFA dans la LFI 2026 ajustée ; les dons budgétaires pour 46,3 milliards….

Le casse-tête des subventions énergétiques

Au cœur des débats parlementaires qui se profilent, il y aura sans aucun doute des bras de fer épiques autour des subventions sur l’énergie. Alors que la majorité de Pastef s’est déjà montrée très réfractaire à d’éventuelles coupes sur les subventions, le gouvernement, lui, se dévoile à travers le projet de LFI. “La réforme des subventions énergétiques constitue un axe central de la politique budgétaire 2027. Elle vise à améliorer le ciblage des soutiens publics dans un contexte où une part significative des subventions bénéficie aux ménages les plus aisés….”, souligne le MEFP.

L’objectif, selon le PLFI, est de mieux orienter les ressources budgétaires vers les catégories de population les plus vulnérables, notamment à travers le renforcement des filets sociaux tout en améliorant l’efficacité et la soutenabilité du dispositif de soutien à l’énergie. Le gouvernement annonce dans ce cadre la mise en place d’un Comité interministériel placé sous l’autorité du Premier ministre.

La stratégie repose sur quatre principes : une réduction graduelle, prévisible et différenciée de la charge de la subvention selon les produits ; une protection ciblée, déployée préalablement ou concomitamment aux ajustements et marquée par une consolidation des filets sociaux à partir des gains réalisés par le ciblage des subventions… Le troisième porte sur la mise en œuvre de projets et de mesures visant à réduire les coûts de production de l’électricité afin d’impacter positivement sur le tarif. Le quatrième sur une gestion budgétaire transparente excluant toute accumulation de nouveaux arriérés.

“A terme, la protection couvrira prioritairement les ménages les plus vulnérables, représentant près de 40% de la population. Les économies dégagées par la réforme des subventions énergétiques seront orientées vers des priorités à fort impact social et économique”, lit-on dans le document.

Il faut noter qu’à ce jour, il est difficile de savoir qui, selon le Gouvernement, sont les couches qu’elle considère comme aisées et qui ne devraient pas bénéficier de la subvention ? Quels sont les critères pour différencier les couches les plus aisées des couches les moins nanties ? Le critère de la consommation a en tout cas montré ses limites, si l’on sait que les familles les plus démunies vivent souvent nombreuses, sous un même toit, avec un même compteur ; ce qui joue forcément sur leur consommation. Les débats parlementaires pourront sans doute aider à préciser les contours de cette réforme qui suscite déjà pas mal de controverses.

Un compte spécial de 22 milliards 750 millions pour la restructuration du secteur parapublic

Parmi les orientations du Gouvernement Al Aminou Lo, figure également en bonne place le renforcement de la gouvernance et de la performance du secteur parapublic. “A cet effet, les actions engagées porteront sur la mise en œuvre d’une stratégie d’État actionnaire, la généralisation des contrats de performance, l’amélioration de l’information financière, la restructuration des entreprises publiques en difficulté, ainsi que la rationalisation des agences et organismes assimilés”, indique le document budgétaire.

Cette démarche, selon le Gouvernement, s’inscrit dans une logique de reconfiguration du secteur parapublic, visant à renforcer son efficacité et à réduire sa dépendance aux subventions budgétaires. La loi de finances annonce dans le même sillage la création d’un compte spécial dénommé « Fonds de restructuration des sociétés à participation publique. » Les dotations de ce compte sont estimées à 22 750 000 000 FCFA.

480 milliards pour sauver les entreprises

Comme l’avait annoncé le Premier ministre Al Aminou Lo lors de sa DPG, le Gouvernement réaffirme sa volonté de prendre en charge les arriérés dus aux entreprises. Le gouvernement compte dégager pas moins de 480 milliards pour soulager les entreprises.

Ainsi, pour 2027, le besoin de financement est estimé à 6 608,7 milliards de francs CFA contre 6 774,2 milliards dans la LFI 2026 ajustée. “Il (le BF)  est principalement composé de l’amortissement de la dette qui atteint 4 552 milliards FCFA, le financement du déficit budgétaire global pour 1 351,7 milliards FCFA, l’apurement d’arriérés intérieurs évalué à 480 milliards FCFA, les emprunts rétrocédés prévus à 175 milliards FCFA et la couverture du déficit OPEX pour 50 milliards FCFA”, informe le PLFI 2027.

Pour couvrir ce besoin, l’État compte faire recours aux marchés financiers et aux emprunts programmes pour un montant de 4 733,7 milliards FCFA, les emprunts projets pour 900 milliards FCFA, les tirages programmes pour 800 milliards FCFA et les emprunts rétrocédés pour 175 milliards FCFA. “La variation nette de l’encours de la dette ressort à 2 056,7 milliards FCFA, résultant principalement du financement du déficit budgétaire d’un montant de 1 351,7 milliards FCFA et de l’apurement des arriérés sur ressources intérieures pour 480 milliards FCFA”, précise le gouvernement qui l’impute à l’amortissement de la dette contractée durant les années antérieures.

Le ministère des Finances se réjouit du “retour”, pour 2027, du financement concessionnel, avec des appuis budgétaires de plus de 800 milliards FCFA, compte non tenu des financements en cours de négociation. “Ces appuis budgétaires concessionnels devront permettre de renforcer les capacités financières de l’État et de lui permettre de faire face aussi bien aux échéances de remboursement du service de la dette mais aussi de mettre en œuvre des projets sociaux et économiques structurants pour un Sénégal souverain, juste et prospère”, soutiennent les services de Diba.  

A noter que les intérêts et commissions sur la dette publique sont portées à 1 303,9 milliards FCFA contre 1 285,2 milliards FCFA dans la LFI 2026 ajustée, soit une progression de 18,7 milliards FCFA.

Des efforts pour la maîtrise des dépenses

Pour 2027, les dépenses de personnel sont projetées à 1 596,2 milliards FCFA, contre 1 532,8 milliards FCFA dans la LFI 2026 ajustée, soit une hausse de 4,1 %. En revanche, les dépenses d’acquisitions de biens et services et de transferts courants s’établissent à 2 093,7 milliards FCFA, en baisse de 4,2 %. Cette évolution résulte principalement de la réduction des transferts courants, partiellement compensée par l’augmentation des acquisitions de biens et services. Elle s’inscrit dans une démarche de renforcement de la transparence budgétaire, visant à améliorer la traçabilité et l’efficacité de la gestion des fonds publics, notamment par la reclassification et la désagrégation des crédits destinés aux services non personnalisés de l’État, explique le PLFI.

Les dépenses en capital connaissent également une baisse. Celles financées sur ressources internes sont estimées à 956,8 milliards FCFA, contre 1 133,2 milliards FCFA précédemment, tandis que celles sur ressources externes s’élèvent à 1 055 milliards FCFA, contre 1 115,7 milliards FCFA dans la LFI 2026.

Par ailleurs, les comptes spéciaux du Trésor (CST) sont projetés à 358,2 milliards FCFA en recettes et en dépenses, soit une hausse de 7,9 % par rapport à la LFI 2026 ajustée. Ils comprennent principalement les comptes d’affectation spéciale, dotés de 339,4 milliards FCFA, ainsi que les comptes de prêts, de garanties et avals, de commerce et d’avances. Ces évolutions traduisent des ajustements dans la structure des dépenses publiques et dans la gestion des ressources de l’État.

Aménagement du territoire le parent pauvre du Budget

Malgré la raréfaction des ressources, le ralentissement de la croissance, le gouvernement poursuit sa politique assez sociale. En sus de réserver une enveloppe de 140 milliards pour les bourses (le double de 2026), l’État réserve plus de 39% des crédits ouverts hors intérêt sur la dette dette au capital humain, soit 2 392,3 milliards FCFA.

Cette enveloppe est répartie comme suit : Enseignement 1 477,7 milliards FCFA ; Protection sociale 505 milliards FCFA ; Santé 341,15 milliards FCFA ; Loisirs, culture et culte 68,442 milliards FCFA. L’axe 1 du référétiel -“Économie compétitive” vient en deuxième position avec 30% des crédits, soit un montant de 1831,51 milliards FCFA.

Il est suivi par l’axe 4 -Bonne gouvernance et engagement africain qui mobilise 24% des crédits de la loi de finances hors dette, soit 1442,57 milliards FCFA dont un montant de 694,452 au profit de la défense, ordre et sécurité public. L’axe 3 -Aménagement et développement durable- vient en dernière position avec seulement 6% des crédits, soit un montant de 393,213 milliards FCFA.

Il convient de rappeler que la LFI est conçue dans un contexte marqué par la signature d’un accord technique entre le gouvernement et le FMI. Lequel devrait permettre, s’il est approuvé par le Conseil d’administration, d’obtenir un financement de 2,2 milliards de dollars sur les trois ans, soit 1 243 milliards FCFA.

CONSOLIDATION BUDGÉTAIRE

Les clignotants toujours au rouge

Il ressort du projet de LFI que l’année 2026 a marqué un net ralentissement. “La croissance est attendue à 2,7%, soit 2,3 points de pourcentage de moins que la prévision de la loi de finances initiale. Le déficit budgétaire est passé de 5,4% du PIB dans la loi de finances initiale à 7,6% dans la loi de finances rectificative, sous l’effet conjugué de la hausse des subventions énergétiques, de dépenses prioritaires nouvelles et du repli des recettes.” Le projet de LFI a aussi constaté les échecs du PRES qui n’a généré, à fin août, que 172,5 milliards FCFA, sur un objectif de 303,3 milliards, soit un taux de réalisation de 56,9%.

Pour l’année 2027, la croissance est projetée à 2,4% seulement. Ce rythme refléte, selon le PLFI, l’effort de consolidation budgétaire, la contribution négative des hydrocarbures et la persistance des effets négatifs des chocs extérieurs. Le déficit, en revanche, sera ramené à 1 351,7 milliards FCFA, soit 4,7% du PIB, contre 7,6% dans la loi de finances ajustée 2026.

Les priorités du Gouvernement

L’État compte par ailleurs dégager une enveloppe importante pour ses programmes et projets prioritaires. Parmi ces projets figurant au Masterplan, on note : la construction de l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint Louis 108,2 milliards FCFA ; le projet de construction de quatre hôpitaux 91,1 milliards FCFA ; le projet de construction et d’équipement de centres de santé 12,8 milliards FCFA ; le projet d’amélioration de la connectivité des zones de production agricoles (PCZA) 45,2 milliards FCFA…. 

Le PLFI informe également de la mise en œuvre du projet de dépollution de la baie de hann pour 41,6 milliards FCFA ; le plan d’assainissement de Diamniadio 31,9 milliards FCFA ; la construction et réhabilitation des universités 29,3 milliards FCFA ; le projet de construction du second pont de Ziguinchor 27,3 milliards FCFA ; la réhabilitation du pont Emile Badiane 5 milliards FCFA, entre autres.

Dans le même sillage, on note le Projet de construction du pont de Rosso 8,2 milliards FCFA ; le Projet de construction de la route Sendou-Bargny-Ndayane 5 milliards FCFA ; le programme national d’éclairage public (ex-projet d’installation de 100 000 lampadaires solaires) : 25 milliards FCFA ; le projet d’impulsion de la transformation agroalimentaire durable phase 1 de l’approche programmatique multiphase (MPA) de la banque mondiale 24,7 mds FCFA ; le projet espoir-construction des instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP) 21,6 milliards FCFA ; le projet de drainage gravitaire des eaux pluviales et de gestion des eaux usées de Touba 21 milliards FCFA, entre autres.  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicite