La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert, jeudi 22 octobre à Dakar, la quatrième réunion du Comité de gestion de sa Réserve régionale de sécurité alimentaire (RRSA). Au cœur des échanges figurent le bilan des opérations menées depuis mars 2025, la validation des orientations budgétaires pour 2027 et l’adaptation du dispositif face à la persistance des crises alimentaires et nutritionnelles dans la région.
Cette rencontre se tient dans un contexte marqué par une insécurité alimentaire préoccupante. Selon un communiqué de l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (ARAA), daté du 22 octobre, l’analyse du Cadre harmonisé de décembre 2025 faisait état de 41,8 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë en Afrique de l’Ouest et au Sahel, dont plus de 1,4 million en phase d’urgence. Les conflits, les chocs climatiques et la dégradation du pouvoir d’achat figurent parmi les principaux facteurs de cette vulnérabilité.
À l’ouverture des travaux, le ministre sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, président du Comité de gestion, a plaidé pour une mobilisation collective face à ces défis. « La solidarité régionale […] n’est pas une option, ni une formule, c’est une obligation », a-t-il déclaré. Il a également rappelé le rôle du Sénégal dans l’accueil des stocks de la réserve, qui facilitent l’acheminement des céréales vers les pays de la façade ouest de la région.
Une réserve régionale au service des populations vulnérables
Créée en 2013, la Réserve régionale de sécurité alimentaire complète les stocks de proximité détenus par les organisations de producteurs ainsi que les réserves nationales gérées par les États. Sa gestion technique est assurée par l’ARAA. Elle a pour mission d’apporter un soutien aux pays confrontés à des crises alimentaires et nutritionnelles, à travers un mécanisme d’assistance régionale fondé sur des règles transparentes, équitables et prévisibles.
Selon Dehpue Yenpea Zuo, commissaire chargé des Affaires économiques et de l’Agriculture de la Commission de la CEDEAO, la réserve est intervenue à 27 reprises, au profit de plus de quatre millions de personnes dans sept pays. Il a appelé à consolider cet instrument régional et à renforcer sa capacité de réaction afin que l’aide parvienne aux populations touchées dans les meilleurs délais.
Bilan des opérations et perspectives pour 2027
Les travaux du Comité portent notamment sur les achats de denrées alimentaires, les opérations d’assistance, la reconstitution des stocks, les rotations techniques et la recherche de nouveaux espaces de stockage réalisés depuis mars 2025. Cet examen doit permettre d’apprécier la gestion du Bureau exécutif, en mettant en évidence les résultats obtenus, les difficultés rencontrées et les enseignements à tirer pour améliorer le fonctionnement du dispositif.
La préparation de l’exercice 2027 constitue également un volet majeur de la rencontre. Les participants sont appelés à examiner, amender et valider le programme d’activités, le budget prévisionnel ainsi que le plan de mobilisation des ressources financières.
« Les besoins auxquels nous devons répondre — alimentaires, nutritionnels et pastoraux — sont considérables, et nos ressources sont malheureusement limitées », a souligné Cheikhou Oumar Ba. Le ministre a ainsi appelé à privilégier des décisions à la fois ambitieuses et réalistes, en adéquation avec les moyens disponibles et l’ampleur des besoins.
Vers une réforme du dispositif régional de stockage
La réunion doit par ailleurs permettre de faire le point sur la révision de la Stratégie régionale de stockage de sécurité alimentaire. Les ajustements envisagés concernent plusieurs aspects du mécanisme, notamment les procédures de passation des marchés, les modalités de financement et d’intervention, la capacité de stockage, le modèle économique ainsi que la gouvernance de la réserve.
Cette démarche s’inscrit dans le processus de révision de la politique agricole régionale de la CEDEAO à l’horizon 2035. L’objectif est de renforcer l’efficacité et la durabilité du dispositif face à des crises alimentaires dont les conséquences touchent durablement les populations les plus vulnérables.
La rencontre réunit des représentants des États membres, des institutions régionales, des organisations de producteurs et d’éleveurs, de la société civile et du secteur privé. Au-delà des questions de gestion et de financement, les décisions attendues devront contribuer à améliorer la capacité de la région à répondre aux urgences alimentaires et à protéger les moyens de subsistance des familles et des communautés affectées.

