Un spray nasal à base d’un composé psychédélique pourrait réduire rapidement les symptômes de la dépression résistante aux traitements.

Chez certaines personnes, les symptômes dépressifs chroniques ne s’améliorent pas après plusieurs traitements antidépresseurs successifs. Dans ce cas, on parle de dépression résistante. Les patients confrontés à cette forme de trouble mental peuvent connaître une qualité de vie dégradée, une détresse émotionnelle accrue et un risque plus élevé de suicide. « Les substances psychédéliques représentent une avancée potentielle dans le traitement de la dépression résistante. Toutefois, la nécessité d’une surveillance clinique prolongée, notamment requise pour des composés tels que la psilocybine ou le diéthylamide de l’acide lysergique, constitue un obstacle logistique à une utilisation à grande échelle », a indiqué une équipe internationale de chercheurs.

Le benzoate de mébufoténine a été administré chez 193 adultes souffrant de dépression résistante

Dans une récente étude, publiée dans la revue JAMA, les scientifiques suggèrent que le benzoate de mébufoténine, un agoniste des récepteurs 5-hydroxytryptamine 1A (5-HT1A) et 5-HT2A administré par voie intranasale, pourrait constituer une solution à ce problème en induisant des effets psychédéliques de courte durée. « Une fois parvenu au cerveau, ce composé se lie à deux récepteurs clés de la sérotonine, les récepteurs 5-HT1A et 5-HT2A, et les active, contribuant ainsi à réguler l’humeur et la perception. » Pour vérifier cette hypothèse, l’équipe a recruté 193 adultes âgés de 18 à 75 ans, atteints de dépression d’intensité modérée à sévère, dans 38 centres cliniques répartis aux États-Unis, en Australie et en Europe. Tous les participants présentaient une dépression résistante au traitement. Plus précisément, ils avaient testé sans succès entre deux et cinq antidépresseurs au cours de leur épisode dépressif.

Afin de déterminer si ce composé à action rapide pouvait offrir un soulagement antidépresseur à la fois immédiat et durable, tout en permettant à la plupart des patients de rentrer chez eux en toute sécurité dans un délai de deux heures, les volontaires sont passés par une période de sevrage des antidépresseurs. Ensuite, ces derniers ont été répartis de manière aléatoire pour recevoir l’une des trois doses de benzoate de mébufoténine : 12 mg, 8 mg, ou une faible dose de 0,3 mg. Cette pulvérisation unique dans une narine a été administrée par un professionnel de santé dans un environnement clinique et a été accompagnée d’un suivi psychologique. Dans le cadre de l’intervention, le personnel a, 90 minutes après l’administration du spray nasal, évalué toutes les 30 minutes si les patients étaient en état de quitter l’établissement.

Dépression résistante : le spray nasal psychédélique est efficace et bien toléré sur le long terme

Selon les résultats, 85 % des participants du groupe ayant reçu 8 mg et 78 % de ceux du groupe ayant reçu 12 mg remplissaient tous les critères de sécurité et ont pu quitter la clinique dans un délai de deux heures. Des effets indésirables apparus en cours de traitement ont été rapportés chez 76 %, 85 % et 73 % des personnes des groupes ayant reçu respectivement 8 mg, 12 mg et 0,3 mg. La grande majorité de ces événements (99,7 %) étaient d’intensité légère ou modérée.

« Quelle que soit la dose reçue (faible, moyenne ou élevée), les effets du spray se sont dissipés rapidement. » Mais sur le long terme, une dose unique du spray à base de benzoate de mébufoténine, qu’il s’agisse de 8 mg ou de 12 mg, était liée à des améliorations rapides et durables chez les personnes souffrant de dépression résistante aux traitements. Dans le détail, les symptômes dépressifs ont commencé à s’atténuer dès le lendemain. Quatre semaines plus tard, la dose de 12 mg avait permis de réduire les scores de dépression d’environ cinq points de plus que la faible dose utilisée sur une échelle totale de 60 points. La dose de 8 mg a également donné des résultats comparables. Chez environ un tiers des adultes ayant reçu l’une ou l’autre des doses plus élevées, les scores de symptômes ont diminué d’au moins la moitié. Ces effets bénéfiques se sont maintenus jusqu’à huit semaines.

Dans les conclusions, les auteurs soulignent qu’un effet psychédélique prolongé n’est donc pas nécessaire pour obtenir un effet antidépresseur durable. « Le spray nasal au benzoate de mébufoténine pourrait améliorer l’accès au traitement et en faciliter l’usage, en nécessitant une période de surveillance plus courte et un nombre réduit de visites en clinique, comparativement à la psilocybine et à l’eskétamine, respectivement. »

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