Samedi 31 octobre 2026, j’ai laissé la télévision s’imposer à moi pour suivre cette grande fête de la jeunesse et du sport dont notre pays est aujourd’hui le théâtre. Et voici que ce moyen de communication, au nom emprunté au grec ancien têle, qui signifie «à distance», me ramène à l’esprit de ces Jeux antiques célébrés à Olympie en l’honneur de Zeus, et dont la version moderne, dédiée à la jeunesse, avenir du monde et de notre humanité, se déroule pour la première fois en terre africaine du Sénégal.

De la vocation du Sénégal à accueillir le monde
C’est un amoureux de la poésie qui dit ici sa fierté et son émotion devant le magnifique ballet de la cérémonie d’ouverture, déployé dans l’enceinte du Stade Abdoulaye Wade, encore flambant neuf, au cœur de Diamniadio. Cette cité, à la croisée des routes conduisant vers le pays profond et réel, porte aussi une vision, une ambition et l’irréfragable volonté de propulser le Sénégal vers la modernité.
En contemplant ce spectacle, comment ne pas remonter le cours de notre histoire ? Il y a soixante ans, en avril 1966, six années seulement après l’indépendance, Léopold Sédar Senghor accueillait à Dakar le premier Festival mondial des arts nègres, immense chapiteau de toutes les expressions artistiques du monde noir, rendez-vous de l’Afrique avec elle-même et ses diasporas. Ce fut un grand moment d’hospitalité, de retrouvailles et d’ouverture à l’ailleurs, dans l’esprit de cette Civilisation de l’Universel dont Senghor avait fait l’un des horizons de sa pensée. Aujourd’hui, les Jeux Olympiques de la Jeunesse renouent, dans un autre registre, avec cette vocation du Sénégal à accueillir le monde.
Les Jeux antiques, célébrés à Olympie en l’honneur de Zeus, étaient aussi un moment de trêve qui permettait aux Grecs, malgré les rivalités entre leurs cités, de se retrouver autour d’un idéal commun. Une grande dame aujourd’hui disparue, Jacqueline de Romilly, merveilleuse helléniste, amie de Senghor et dont je fus proche, m’avait beaucoup instruit sur cette belle institution de trêve que les Anciens nommaient l’ekecheiria. En ces temps de tensions et de querelles politiques qui agitent notre pays, ne serait-il pas heureux que nous retrouvions quelque chose de cet esprit de trêve, pour laisser à la jeunesse et à la fête olympique toute leur place ?

Un familier de l’audace d’entreprendre
Pour que les Joj Dakar 2026 se tinrent, il fallut, à Buenos Aires, parmi les nations assemblées, aller conquérir l’audace d’organiser ce rendez-vous mondial. Celui qui était allé chercher cette consécration était un familier de l’audace d’entreprendre. Avec lui et à ses côtés, une grande diplomatie, forgée dans une longue tradition d’excellence, avant un sombre hiver dont nous voulons espérer qu’elle est désormais sortie. Compétence, vision, volontarisme que je qualifierais volontiers de prométhéen, claire perception des grands enjeux du monde, tout cela avait rendu possible cette conquête. Mais rien ne naît du néant. Cette réussite s’inscrit dans l’héritage d’illustres prédécesseurs qui, chacun en son temps et face aux contraintes qui étaient les siennes, ont posé les piliers sur lesquels leurs successeurs ont pu bâtir. Un pays, c’est une continuité, un Etat, une pédagogie, une Nation, une addition.
Gouverner n’est pas effacer, mais poursuivre, corriger, améliorer, enrichir et transmettre. Qui prétend diriger en ignorant cette vérité risque de rester à jamais un «assassin de l’aube», cette aube qui porte le rêve légitime de lendemains meilleurs, de bonheur et de prospérité pour un Peuple.
Stades Léopold Sédar Senghor, Abdoulaye Wade, Demba Diop et Iba Mar Diop, Dakar Arena, Complexe de la Piscine olympique du Tour de l’Œuf, autant de réalisations et de réhabilitations qui racontent une histoire faite de travail, d’efforts et de sueur.
Et comment ne pas évoquer Saly, où le volontarisme des pouvoirs publics, soutenu par la coopération internationale, a permis de reconquérir sur la mer des plages que l’érosion avait englouties, au grand dam des hôteliers ? Ces plages retrouvées accueillent aujourd’hui une partie des compétitions de l’Olympisme juvénile.
Mais ces Jeux m’ont aussi donné à voir ma capitale et sa banlieue sous un autre angle. Combien apparaît considérable la transformation opérée par le Train express régional et le Bus rapid transit ! Vaincre la distance, rapprocher les lieux, renforcer les liens et ouvrir l’avenir, voilà ce que signifient ces infrastructures qui ont changé le visage de Dakar et de sa périphérie. Et que dire des belles autoroutes qui relient villes et sites, objets de commentaires flatteurs et regards admiratifs de nombre de nos visiteurs.

Bravo aux autorités actuelles qui ont su prendre le relais
Il a fallu, pour bâtir tout cela, de l’audace, de la vision, du volontarisme, mais aussi le recours à l’emprunt. Car le développement se construit également par la dette, lorsqu’elle finance des investissements durables. Et cette dette-là n’est pas une abstraction. Elle est là, visible, inscrite dans les infrastructures et les équipements qui transforment le visage du pays. Mais que nous aurait coûté l’inaction ? Que serait devenu notre pays si nous avions attendu demain pour réaliser des infrastructures dont nous savions, dès aujourd’hui, qu’elles étaient indispensables ? Car l’inaction aussi a un coût, parfois bien supérieur à celui de l’investissement qu’on aura différé.
Or, ces réalisations destinées au service de tous ont été la cible de destructions et de saccages perpétrés par des hordes de hors-la-loi, pillards et démolisseurs, dans un climat d’agitation politique dont les instigateurs portent aussi leur part de responsabilité. Etrange époque où l’on réfléchit ailleurs au principe des «casseurs payeurs», tandis que chez nous semble parfois prévaloir celui des «casseurs payés» !
Mais l’essentiel de mon propos n’est pas là. Il est ailleurs.
En ces jours de célébration de valeurs héritées de la plus haute Antiquité, en ces jours d’accueil et d’hospitalité, en ces heures chaudes de saine et sainte compétition, comment ne pas penser à notre propre histoire, condensé de grandes et belles aventures humaines, aux antipodes de cette atmosphère maussade dans laquelle la conflictualité et les querelles politiciennes voudraient nous enfermer ?
Je voudrais dire bravo à toute l’équipe qui a porté ce projet, depuis sa conception jusqu’à son accomplissement, et féliciter tout particulièrement, Diagna Ndiaye, frère et ami de toujours, dont je sais l’engagement, la détermination et la fidélité à cette belle ambition. Bravo aux autorités actuelles qui ont su prendre le relais et continuer les commencements. Bravo à ce peuple de Dakar, Diamniadio et Saly, sans lequel point de fête réussie, point de cette hospitalité sénégalaise dont nous aimons nous enorgueillir.

Macky Sall, pionnier et bâtisseur
Et comment ne pas tresser une couronne de rameaux d’olivier à cet absent de la fête, mais si présent en son cœur, qui s’appelle Macky Sall, pionnier et bâtisseur ?
A Olympie, les vainqueurs recevaient une couronne d’olivier dont la valeur symbolique dépassait celle des richesses matérielles. Je voudrais que cette couronne puisse aujourd’hui saluer celui qui eut l’audace de porter la candidature du Sénégal, d’en obtenir la consécration et d’engager son pays dans cette aventure historique, tout en le dotant des infrastructures nécessaires à l’accueil de cette grande fête de la jeunesse et de bien d’autres rendez-vous à venir.
Puissent ses successeurs, comme il le fit lui-même après ses prédécesseurs, ajouter leur pierre à l’édifice commun et le transmettre à ceux qui ne manqueront de venir après eux. Ainsi va un pays.
Je n’ai cure de la piteuse bave haineuse de petits hommes aux grands mots qui n’ont cessé de répandre leurs maux en s’attaquant injustement à une œuvre et à un homme. C’est leur droit. Le mien est de reconnaître l’incomplétude de la condition humaine qui habite cette œuvre et cet homme, comme elle habite chacun d’entre nous, mais dont ceux qui se posent en juges implacables de leurs semblables semblent parfois se croire miraculeusement exempts.
Reconnaître une œuvre n’est pas sanctifier son auteur. Saluer une réussite n’est pas nier les insuffisances, les erreurs ou les limites de celui qui l’a rendue possible. C’est refuser que l’ingratitude tienne lieu de jugement et que la haine prétende écrire, à elle seule, l’histoire d’un pays.
Je penserai avec émotion à Kéba Mbaye et à Lamine Diack quand les lampions se seront éteints sur les Jeux, que la Flamme olympique sera retournée en terre attique et que les athlètes auront regagné leurs pays, laissant derrière eux les clameurs des stades. Les Jeux auront vécu, mais demeurera ce que le Sénégal aura su montrer de lui-même au monde, et ce qu’il aura appris, une fois encore, de sa capacité à entreprendre, à accueillir et à réussir.
Vive le Sénégal et plein succès aux Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 !
Hamidou SALL

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