L’agence de notation Moody’s met en garde les autorités financières du pays sur un risque de défaut de paiement. Les dirigeants de l’agence préviennent sur les méthodes de restructuration qui pourraient être mises en œuvre, dont certaines équivaudraient à leurs yeux à un défaut de paiement. Avec des conséquences que les Sénégalais peuvent facilement imaginer, connaissant les analystes de cette agence, rapporte le quotidien.

Les apprentis-sorciers qui jouent avec le budget du Sénégal sont probablement en voie d’obtenir ce qu’ils veulent, à savoir un défaut de paiement, et donc, en toute finalité, une mise sous coupe réglée du pays. Un article de Bloomberg publié hier faisait part de mises en garde de l’agence Moody’s Ratings aux autorités sénégalaises, selon lesquelles «une restructuration de la dette équivaudrait à un défaut de paiement». Cette déclaration de l’une des cadres haut placés de l’agence de notation au cours d’un entretien signifiait que si le Sénégal décidait aujourd’hui d’échanger des dettes, cela se ferait en situation de difficulté, ce que Moody’s interpréterait comme un défaut de paiement.
Cette déclaration survient à la veille d’une échéance de créance pour le pays, due au 23 novembre prochain, de près de 21 milliards d’intérêts, pour des obligations arrivant à maturité en 2033. D’autres intérêts, de plus de 26 milliards, sont à payer au 10 décembre
prochain.
Bloomberg, dans son article, indique que le Sénégal est aujourd’hui «l’émetteur souverain le plus en difficulté, dont le rendement supplémentaire exigé par les investisseurs sur les bons du Trésor américain s’établit à 1469 points de base, très loin au-dessus du plafond des 1000 points, couramment utilisé pour signaler une
situation de détresse, et à un niveau supérieur à celui du Liban, qui a fait défaut sur environ 30 milliards de dollars d’obligations internationales en 2020…».
En plus de tout cela, il y a le fait que le coût pour assurer la dette du Sénégal contre un défaut de paiement a connu une hausse importante de plus de 33%, surtout depuis
l’annonce de l’accord avec le Fmi, indiquent les confrères américains.
On peut penser sans trop se tromper que l’évolution de la situation du pays n’est pas étrangère à tout ce qui nous arrive. Les responsables de Moody’s ne cachent pas leur inquiétude que le rejet du vote du budget du pays ne retarde l’accord avec le Fmi, dont la mise en œuvre du programme de paiement de la dette. Or, c’est ce programme de paiement, appelé d’ailleurs Plan de traitement de la dette du Sénégal (Ptds), qui envisage de distinguer les créances internationales, dues en euros et en dollars, de celles dues en francs Cfa, sur le marché sous-régional. Le gouvernement a intégré le Cadre commun du G20 pour le traitement de la dette, mis en place sous l’égide de la Banque mondiale et du Club de Paris, pour permettre aux pays en difficulté comme le Sénégal de pouvoir payer leurs créances en douceur.
Mais tout le monde dans le pays sait que cet accord a besoin d’un consensus minimal qui, comme le montrent les joutes à l’Assemblée actuellement, fait absolument défaut. Si cette situation devait s’éterniser, pourrait-on s’étonner que Moody’s dégrade encore la note souveraine du pays ? En nous notant Ca il y a à peine un mois, Moody’s nous a fait tomber au niveau de défaut. Où pourrait-elle encore nous faire descendre ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicite