Le Code du Sport a été adopté ce lundi 11 mai 2026 par l’Assemblée nationale du Sénégal. Sur 137 votants, 136 députés ont dit oui, zéro contre et une seule abstention, rapporte JDD.

C’est ce qu’on apelle une étape franchie. Quarante-deux ans après la Charte de 1984, le Sénégal décide enfin de structurer son paysage sportif. « Cette loi a traversé toutes les périodes, de 1984 à nos jours. Hélas, elle a trouvé ses limites au fil de l’évolution du secteur. Le sport était juste cantonné à sa vocation originelle : le divertissement et sa mission d’éducation, de renforcement, d’encadrement de la citoyenneté chez les jeunes et le civisme », a dit la ministre de la Jeunesse et des Sports, Khady Diène Gaye. Dans la foulée, elle a rendu hommage à ceux qui ont participé à ce processus, notamment l’un de ses prédécesseurs, Mbagnick Ndiaye. A ses yeux, ce projet faisait partie des priorités du projet Sport de Pastef. D’ailleurs, le jour de sa passation de services, il était cité parmi les réformes phares.

Pour le député de l’opposition, Abdou Mbow, ce Code est important. Il plaide pour davantage de concertations pour intégrer certaines questions dans les décrets d’application. Le responsable APR demeure convaincu que cela va aider les investisseurs à toquer à la porte. Il invite tout de même les nouvelles autorités à construire de nouvelles infrastructures et non se contenter de celles construites sous l’ère Macky Sall (2012-2024).

Son collègue Aliou Sène (Pastef) constate que le football et la lutte sont l’arbre qui cache la forêt, avec peu de stades omnisports aux normes, surtout à l’intérieur du pays. En plus d’un budget du département insuffisant. Mbaye Dione, lui, a salué l’unanimité sur l’importance du projet mais prône pour une application stricte.

Pour rappel, cette réforme ambitionne de transformer le sport, d’un simple loisir en un véritable levier de développement économique et social.

Rupture

Selon l’exposé des motifs, présenté, le 9 avril 2026, à la Commission de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports, il avait été rappelé que l’ancien cadre juridique était devenu obsolète face aux mutations du sport mondial. Le nouveau Code définit désormais la pratique sportive comme un droit pour chaque citoyen et une mission de service public. L’innovation majeure réside dans la professionnalisation. Pour la première fois, le droit sénégalais reconnaît officiellement les sociétés sportives et les agences spécialisées, l’émergence d’une économie structurée capable de générer des emplois et un cadre de gouvernance transparent avec des obligations de rendre compte pour les fédérations.

Face à la recrudescence des violences dans les enceintes sportives et lors des tournois de quartier (Navétanes), le législateur a frappé fort. Le nouveau Code prévoit des sanctions pénales et pécuniaires sévères contre les actes de violence, le racisme et la xénophobie dans les stades, l’incitation à la haine, y compris sur les réseaux sociaux et aux abords des manifestations et le dopage, avec un alignement strict sur les standards de l’Agence Mondiale Antidopage.

Concernant le mouvement Navétane, le ministère a réaffirmé le cadrage strict de la saison (1er juillet – 15 octobre) pour protéger le calendrier scolaire, tout en intégrant ces associations dans des programmes d’économie solidaire. Le déficit d’équipements, particulièrement criant dans les zones rurales, est au cœur de la réforme. Le Gouvernement s’est engagé dans un plan massif d’érection de 75 plateaux sportifs de proximité construits d’ici fin 2026, une obligation légale pour tout nouvel établissement scolaire (public ou privé) d’intégrer des infrastructures sportives et le lancement d’un Centre de Haute Performance pour assurer la souveraineté sportive du Sénégal et encadrer les futurs champions.

JOJ 2026 et CAN 2032 en ligne de mire

Cette refonte normative intervient à un moment charnière. Alors que les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) 2026 approchent à grands pas, le Sénégal prépare également son dossier de candidature pour l’organisation de la CAN 2032. Le nouveau Code du Sport offre le cadre de sécurité et de professionnalisme exigé par les instances internationales comme le CIO et la CAF.

Le texte ouvre également la voie à une limitation des mandats au sein des fédérations nationales, afin de favoriser le renouvellement des élites sportives. En intégrant le sport scolaire (UASSU) et le sport pour les personnes en situation de handicap, cette loi se veut le socle d’une nation sportive inclusive et compétitive. Comme pour dire que ce texte n’est pas une fin en soi, mais le point de départ d’une transformation systémique de notre sport, d’après Khady Diène Gaye.

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