Son nom résonne dans une bonne partie de l’Afrique. VFS Global est une entreprise indienne très connue sur le continent : c’est à elle que de nombreuses ambassades à travers le monde ont confié le traitement de leurs demandes de visas. Pour faire simple, si vous êtes candidat au Sénégal pour un visa pour la France, ou en République démocratique du Congo pour la Chine, c’est VFS qui traite votre demande de rendez-vous auprès des ambassades concernées. VFS Global a su en faire une affaire très lucrative, au point d’attirer dans son sillage des fraudeurs et de faire l’objet d’incompréhensions chez les demandeurs qui se plaignent de la complexité et du coût des procédures.
Une enquête met en lumière les nombreuses critiques visant VFS Global, entreprise chargée de la gestion des demandes de visas pour 71 gouvernements dans 168 pays. Malgré une hausse modérée des demandes de visas (+15 % entre 2017 et 2024), ses bénéfices opérationnels ont fortement progressé, passant de 31 à 171 millions d’euros, notamment grâce à la vente de services optionnels payants (SMS, salons premium, espaces VIP, etc.).
Dans plusieurs pays africains, dont le Sénégal, le Kenya et le Nigeria, d’anciens employés affirment avoir subi des pressions pour vendre ces services à valeur ajoutée, parfois présentés aux demandeurs comme quasi obligatoires alors qu’ils n’influencent ni l’obtention du visa ni les délais de traitement. Des rapports d’inspection européens ont également relevé une promotion jugée excessive de ces services et un manque de clarté sur leur caractère facultatif.
L’enquête de RFI révèle aussi l’existence de réseaux frauduleux gravitant autour des centres de visas. Profitant de la difficulté à obtenir des rendez-vous, des intermédiaires proposent des créneaux contre des sommes importantes. Au Sénégal, certains candidats affirment payer entre 75 000 et 200 000 FCFA pour décrocher un rendez-vous. En République démocratique du Congo, un journaliste infiltré a même mis en évidence l’implication présumée d’un employé de VFS dans un système de surfacturation.
VFS Global rejette ces accusations et assure que les services optionnels sont clairement présentés comme facultatifs. L’entreprise affirme également renforcer ses dispositifs de sécurité contre les fraudes et sensibiliser les usagers aux arnaques.
Au-delà du rôle de VFS, plusieurs observateurs estiment que le véritable problème réside dans les politiques migratoires restrictives des États occidentaux. Selon l’expert français Paul Hermelin, les faibles taux d’acceptation des visas et le manque de communication créent une véritable « machine à mécontentement », particulièrement ressentie en Afrique où des milliers de demandeurs essuient chaque année des refus.
« Au Sénégal par exemple, sur 12 000 à 15 000 demandes, il y a un peu moins de 3 000 visas prévus pour les étudiants vers la France. Donc on fabrique près de 10 000 déçus, ça ne va pas du tout ! Avec un déficit de communication, on a une machine à mécontentement », analyse Paul Hermelin. « En France, on délivre généralement un visa d’un an. Si ça se passe bien, on passe à deux ans, puis trois… donc il fallait un nombre d’années incroyable pour arriver au visa de cinq ans. Il y a des hommes d’affaires qui vont et viennent entre Casablanca, Dakar et Paris, des professeurs d’université qui se déplacent pour des conférences, etc. Ce ne sont pas des migrants potentiels illégaux, donc pourquoi ne pas passer directement au visa de cinq ans ? »
