Les tensions autour des étrangers en Afrique du Sud se sont aggravées à la suite de l’ultimatum fixé au 30 juin par plusieurs organisations anti-immigrés exigeant le départ des étrangers en situation irrégulière, un mouvement qui a conduit au rapatriement de plus de 25 000 personnes vers leurs pays d’origine, selon les autorités sud-africaines.
Bien qu’aucune mesure officielle n’ait été adoptée par le gouvernement, l’échéance imposée par ces organisations a alimenté un climat de peur parmi les communautés étrangères. Mardi, des milliers de manifestants se sont rassemblés à Johannesburg et Durban pour réclamer le départ des immigrés en situation irrégulière, tandis qu’un important dispositif sécuritaire de plus de 10 000 policiers, appuyés par des drones et des hélicoptères, a été déployé afin de prévenir d’éventuels débordements.
La police a indiqué que les rassemblements étaient restés, dans l’ensemble, pacifiques, malgré plusieurs arrestations liées à des pillages et tentatives de pillage. Les autorités ont toutefois recensé quatre décès en lien avec la montée des violences et des sentiments anti-étrangers.
Le climat s’est encore détérioré après la mort par balle de Bashiru Isak, un ressortissant ghanéen de 40 ans, tué le 30 juin à Khayelitsha, dans la région du Cap, lors de manifestations liées aux violences xénophobes.
Dans un communiqué publié le 1er juillet, le gouvernement ghanéen a condamné ce qu’il a qualifié d’« acte de violence insensé » et exigé une enquête approfondie ainsi que des poursuites rapides contre les responsables.
Le ministère ghanéen des Affaires étrangères a déclaré avoir appris la nouvelle « avec un profond choc et une grande tristesse », dénonçant la recrudescence des violences visant les ressortissants africains en Afrique du Sud.
L’ultimatum émane notamment du mouvement anti-immigration March and March, dirigé par Jacinta Ngobese-Zuma, ancienne animatrice de radio connue pour ses positions hostiles à l’immigration. Le mouvement a reçu le soutien de plusieurs formations politiques, dont ActionSA et le parti Umkhonto we Sizwe, proche de l’ancien président Jacob Zuma, qui imputent aux immigrés en situation irrégulière une partie des difficultés économiques et sociales du pays.
Face à la dégradation de la situation, plusieurs États africains ont organisé des opérations de rapatriement de leurs ressortissants. Le Nigeria a affrété des vols pour évacuer au moins 600 citoyens et convoqué le haut-commissaire sud-africain.
Le Malawi a rapatrié près de 7 000 personnes, tandis que le Ghana a mis en place des vols d’urgence et saisi l’Union africaine. Le Mozambique a également renforcé ses opérations de retour, alors que son président a appelé au calme lors d’une visite en Afrique du Sud.
D’autres pays, dont le Kenya et le Lesotho, ont publié des avis de sécurité à destination de leurs ressortissants. Au Mozambique, des manifestants ont menacé de bloquer les postes-frontières avec l’Afrique du Sud en réaction aux violences.
Sous la pression des critiques régionales, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a condamné les actes de violence et rappelé que l’application de la loi relève exclusivement des autorités de l’État, et non de groupes ou de milices citoyennes.
