Les démons de l’ère Aliou Cissé, qui ont laissé de profondes blessures footballistiques, voire métaphysiques, semblent hanter de nouveau et perturber le quotidien des Sénégalais.
Qu’ont-ils fait pour mériter des entraîneurs aussi limités dans leur organisation et leur compréhension du jeu ? A quoi sert un staff technique qui ne l’est que de nom ?
Dès l’entrée de Lamine Camara, Ibrahima Sylla a affirmé : «C’est un mauvais changement.» Trois minutes après le carton jaune du joueur, Madjimby a ajouté : «Il faut le faire sortir avant qu’il ne cause davantage de dégâts.»
Si de simples amateurs et passionnés de football, installés à des milliers de kilomètres derrière leur téléviseur, parviennent à identifier aussi rapidement ces erreurs, qu’en est-il de l’entraîneur et de son prétendu staff technique, qui semblent davantage spectateurs que véritables techniciens ?
Une autre question, tout aussi fondamentale, mérite d’être posée : pourquoi, après le match contre la France, la Fédération sénégalaise de football n’a-t-elle pas eu le courage de mettre Pape Thiaw en retrait afin de permettre à son adjoint d’insuffler un nouvel élan à l’Equipe nationale ? Une telle décision aurait marqué une véritable rupture avec les méthodes actuelles et envoyé un signal fort : celui de l’exigence, de la remise en question et de la recherche de performance.
Cette démarche n’aurait rien eu d’inédit. La Côte d’Ivoire l’a démontré lors de la dernière Can en confiant les rênes de la sélection à Emerse Faé en pleine compétition. Ce choix audacieux a permis de créer une dynamique nouvelle qui a conduit les Eléphants jusqu’au sacre continental.
Le Sénégal aurait pu s’inspirer de cet exemple au lieu de s’enfermer dans le statu quo. Le Sénégal aurait peut-être évité les frustrations grandissantes de joueurs majeurs comme Pape Guèye, Habib Diarra, mais aussi le sentiment de stagnation qui semble aujourd’hui gagner le groupe.
Dès lors, le cri du cœur de Mbaye Sylla s’impose : à quoi servent le Directeur technique national, le président de la Fédération et l’ensemble du staff dirigeant s’ils sont incapables de prendre, au moment opportun, des décisions courageuses, utiles et protectrices pour le collectif ? Leur rôle ne consiste pas uniquement à gérer l’administration de la sélection, mais aussi à anticiper les difficultés, préserver la confiance du groupe et créer les conditions favorables à la performance. Lorsqu’ils renoncent à exercer cette responsabilité, c’est toute l’équipe qui en paie le prix.
Comme le rappelle le Commissaire Meïssa Fall depuis Nouakchott, le football est l’affaire de tout un Peuple. Au Sénégal, chacun se sent concerné par les performances de l’Equipe nationale, car les Lions ne représentent pas seulement une sélection de joueurs : ils incarnent une part de notre identité, de notre fierté et de notre unité.
Depuis plusieurs mois, de nombreux Sénégalais passionnés de football avaient pourtant identifié les failles qui minaient progressivement cette équipe. La sélection des joueurs soulevait déjà de nombreuses interrogations, tout comme l’entêtement du sélectionneur à s’appuyer presque exclusivement sur des cadres vieillissants. Personne ne remet en cause l’immense contribution de ces joueurs à l’histoire du football sénégalais. Ils ont écrit les plus belles pages de notre sélection et méritent le respect de toute une Nation. Mais le football est un cycle permanent. A un moment donné, l’intérêt collectif doit primer sur les considérations affectives, et les anciens doivent progressivement transmettre le flambeau à une nouvelle génération de talents.
Cette gestion davantage guidée par les sentiments que par les exigences de la compétition, ce manque de pragmatisme dans les choix sportifs et cette incapacité à prendre des décisions difficiles au moment opportun ont fini par fragiliser l’équipe. A ce niveau de responsabilité, un sélectionneur est appelé à faire des choix parfois impopulaires, mais toujours dictés par la recherche de la performance.
Aujourd’hui, le Sénégal donne malheureusement l’impression de retomber dans les travers que l’on croyait définitivement abolis : hésitations, absence de renouvellement, choix contestés et perte progressive de confiance. Plus qu’une simple mauvaise passe, c’est une véritable crise sportive qui semble s’installer autour de notre football. Et comme toutes les crises, elle ne pourra être résolue ni par le déni, ni par les discours, mais par des décisions courageuses, lucides et tournées vers l’avenir.
Nous sommes désormais face au fait accompli. Au regard des résultats décevants enregistrés durant cette Coupe du monde, mais surtout des choix techniques contestables, de la gestion approximative du groupe et d’un comportement qui n’a pas toujours été à la hauteur des exigences de la fonction, aucune attente supplémentaire ne se justifie.
Le temps des explications et des demi-mesures est révolu. Prolonger le débat ou multiplier les concertations reviendrait simplement à repousser une décision devenue inévitable. Lorsqu’un sélectionneur ne parvient plus à fédérer son groupe, à imposer une identité de jeu cohérente et à obtenir les résultats attendus avec un effectif aussi talentueux, il appartient aux dirigeants d’assumer leurs responsabilités.
La Fédération sénégalaise de football doit donc agir avec lucidité et fermeté. Pape Thiaw doit être relevé de ses fonctions sans délai, afin d’ouvrir un nouveau cycle. Le Sénégal ne manque ni de joueurs de qualité ni d’ambition ; il lui faut désormais un sélectionneur capable d’apporter une vision moderne du jeu, une autorité naturelle, une gestion équitable de son effectif et une réelle culture de la performance.
L’histoire du football enseigne qu’aucune Nation ne progresse en s’accrochant à des choix qui ne produisent plus de résultats. Les grandes sélections savent tourner la page au bon moment pour préparer l’avenir. Le Sénégal doit avoir ce courage. L’intérêt supérieur des Lions de la Teranga doit primer sur les considérations personnelles ou affectives. C’est à ce prix que notre football retrouvera la dynamique, l’exigence et l’ambition qui ont fait sa force ces dernières années.
Mamadou Yéro NDIAYE

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