Le Sénégal vise l’autosuffisance en semences certifiées d’ici à 2029. Mais la réunion annuelle de bilan de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), présidée hier, mardi, par le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, a mis en évidence les principaux obstacles qui freinent cette ambition. Déficit de production, pertes de semences, stagnation de la recherche sur l’arachide, insécurité foncière et fragilité du financement constituent les cinq grands défis que l’institut devra relever pour atteindre les objectifs fixés, rapportent nos confrères de Sud .
Premier défi : accroître la production de semences certifiées. En 2025, l’ISRA s’était fixé un objectif de 275 tonnes de semences toutes cultures confondues. La production brute a finalement atteint entre 236 et 240 tonnes, mais seules 148 à 172 tonnes ont obtenu la certification, soit un taux de réalisation d’environ 60 %.
Cet écart met en évidence une faiblesse du système : les difficultés ne se situent pas seulement au niveau de la production, mais également au stade du contrôle de qualité et de la certification. Augmenter les volumes produits ne suffira donc pas sans une amélioration de l’ensemble de la chaîne de production.
DES PERTES DE SEMENCES ENCORE TROP IMPORTANTES
Deuxième défi : réduire les pertes évitables. Environ 10 tonnes de semences ont été déclassées en 2025 pour non-conformité aux normes de certification. Selon les responsables de l’ISRA, ces pertes résultent principalement du non-respect des distances d’isolement entre certaines variétés, notamment pour le maïs, ainsi que de la contamination des semences par les bruches, favorisée par l’insuffisance des capacités de stockage et l’absence de chambres froides. Ces contraintes relèvent davantage d’un déficit d’infrastructures que d’un problème scientifique. Des investissements ciblés permettraient d’améliorer rapidement les performances de la filière.
L’ARACHIDE, UN DÉFI SCIENTIFIQUE DE LONG TERME
Troisième défi : renouveler le potentiel génétique de l’arachide, culture stratégique de l’agriculture sénégalaise. En 2025, l’arachide occupait 180 hectares sur les 213 hectares du programme semencier de l’ISRA, soit près de 85 % des superficies. Malgré cette priorité, la recherche peine encore à mettre au point des variétés à plus haut rendement. La variété historique 55-437 demeure la plus utilisée, avec 63 tonnes produites, contre 50 tonnes seulement pour l’ensemble des variétés plus récentes.
Pour les chercheurs, cette situation illustre la nécessité d’un effort durable de recherche variétale, dont les résultats ne pourront être obtenus qu’à moyen et long terme. Un foncier encore insuffisamment sécurisé
Quatrième défi : renforcer la sécurisation foncière des sites de recherche. Sur les 213 hectares programmés en 2025, seuls 47 hectares appartiennent au patrimoine propre de l’ISRA. Les 170 hectares restants sont exploités dans le cadre de conventions avec des partenaires privés. Cette dépendance limite les capacités de production de l’institut et accroît les risques de contamination variétale. L’absence de clôtures sur plusieurs sites expérimentaux fragilise également les activités de recherche.
UN FINANCEMENT À CONSOLIDER ET DES COMPÉTENCES À RENFORCER
Cinquième défi : assurer un financement durable tout en renforçant les ressources humaines scientifiques.
Le programme semencier dépend encore largement du Programme de compétitivité de l’agriculture et de l’élevage (PCASAN), qui arrive à son terme cette année. Les autorités devront donc mettre en place un nouveau mécanisme de financement dès la campagne 2026, avant l’entrée en vigueur de la ligne budgétaire pérenne annoncée dans la loi de finances 2027. Parallèlement, plusieurs filières stratégiques, notamment le sésame et le fonio, souffrent d’un manque de sélectionneurs spécialisés, tandis que le programme maïs reste encore à un stade embryonnaire.
DES MOYENS IMPORTANTS, MAIS DES PRIORITÉS À MIEUX CIBLER
L’État poursuit néanmoins un effort financier important en faveur du secteur agricole. Après une enveloppe de 120 milliards de FCFA en 2024- 2025, les campagnes 2025- 2026 et 2026 bénéficient chacune d’un budget de 130 milliards de FCFA, réparti entre les engrais (69 milliards), les semences (39 milliards) et la mécanisation (10 milliards). Toutefois, l’essentiel de ces ressources finance la distribution de semences commerciales. La recherche sur les semences pré base, assurée par l’ISRA, demeure relativement peu financée, ce qui justifie la création d’une ligne budgétaire spécifique à partir de 2027. Au-delà des financements, le ministre de l’Agriculture a insisté sur la nécessité d’instaurer une véritable culture de la performance. Chaque campagne devra désormais permettre d’évaluer les volumes produits, les déficits à combler et les mesures correctives à mettre en œuvre. La création prochaine d’un comité permanent de suivi et de supervision des activités semencières s’inscrit dans cette logique de gouvernance fondée sur les résultats.
2029 EN LIGNE DE MIRE
Les conclusions du bilan de l’ISRA montrent que la souveraineté semencière ne dépend pas uniquement des moyens financiers mobilisés. Elle exige également une amélioration de la recherche variétale, la modernisation des infrastructures de stockage, la sécurisation du foncier et le renforcement des compétences scientifiques. À trois ans de l’échéance de 2029, le véritable défi consiste désormais à transformer ces investissements en gains de productivité durables et en une offre nationale de semences certifiées capable de répondre aux besoins de l’agriculture sénégalaise.
