Entre constats sportifs, dysfonctionnements organisationnels et propositions de réformes, Dsports dévoile les principaux enseignements du rapport de Souleymane Diallo, Directeur technique national (DTN). L’ancien coach du Jaraaf y dresse le bilan d’une préparation mal planifiée, d’une maîtrise tactique jugée insuffisante. Au-delà du simple bilan sportif, le document appelle à une réforme structurelle de l’encadrement des Lions, en vue des prochaines échéances internationales, rapportent nos confrères de Dsport .

Pour Souleymane Diallo, « cette participation, bien qu’ayant conduit à une élimination en seizièmes de finale, constitue une expérience riche en enseignements sur les plans sportif, technique et organisationnel ». Il estime que ces enseignements doivent désormais « orienter la préparation des prochaines échéances internationales ».

Une préparation jugée utile… mais insuffisamment planifiée

Le rapport consacre plusieurs pages au stage de préparation. Celui-ci s’est déroulé à Raleigh, du 28 mai au 11 juin, puis dans le New Jersey, du 12 au 16 juin. Deux rencontres amicales ont été disputées : un match nul contre l’Arabie saoudite à San Antonio et une défaite face aux États-Unis à Charlotte. Selon le document, quinze séances d’entraînement ont été organisées avant l’entrée en lice des Lions. La Direction technique nationale (DTN) considère que ces séances ont répondu aux besoins immédiats de l’équipe, mais estime que leur planification aurait dû être plus rigoureuse. Le rapport recommande notamment « une planification plus structurée des séances, intégrant des objectifs spécifiques, des évaluations intermédiaires et une progressivité des charges de travail ».

Un constat sévère sur le plan tactique

Le chapitre consacré à l’analyse technico-tactique est l’un des plus détaillés du rapport. Les auteurs observent que l’équipe alternait défensivement entre un 4-3-3 et un 4-4-2. Toutefois, ils estiment que cette alternance « n’a pas toujours été parfaitement maîtrisée ». Le document relève notamment « des problèmes de couverture et de compensation, particulièrement visibles face à la France et à la Norvège ».

Sur le plan offensif, le Sénégal a également alterné entre un 4-3-3 et un 4-2-3-1. Là encore, le rapport considère que les résultats n’ont pas été à la hauteur, évoquant « un manque de mobilité, une coordination insuffisante dans les déplacements ainsi qu’une justesse technique perfectible dans les derniers mètres ».

La conclusion est sans ambiguïté : le rapport parle d’« une maîtrise tactique globalement insuffisante », en soulignant que certains ajustements réalisés en cours de compétition n’ont pas permis d’améliorer durablement les performances collectives. À cela s’ajoutent une fragilité défensive et des coups de pied arrêtés insuffisamment exploités.

Les statistiques utilisées par la DTN viennent appuyer ce diagnostic. Avec neuf buts encaissés en quatre rencontres, le Sénégal présente un bilan défensif jugé insuffisant. Le rapport estime que « l’organisation défensive reste perfectible », notamment dans les transitions et les couvertures. Les coups de pied arrêtés constituent également un axe majeur de critique : le document rappelle que « 42 % des buts inscrits dans les compétitions internationales de haut niveau proviennent des phases arrêtées ». Or, selon les auteurs, le Sénégal n’a pas suffisamment exploité cette dimension du jeu, tant sur le plan offensif que défensif.

Des cadres diminués physiquement

Le rapport consacre également un développement à l’état physique de plusieurs internationaux. Il relève que Kalidou Koulibaly, Pape Matar Sarr et Lamine Camara revenaient de blessure au moment du tournoi. Selon les rédacteurs, cette situation a eu un impact sur le rendement collectif de l’équipe. Sans remettre en cause leur engagement, le document estime que leur niveau physique ne leur permettait pas toujours d’exprimer pleinement leurs qualités.

Plusieurs joueurs appelés à progresser

Au-delà de l’analyse collective, le rapport procède à une évaluation individuelle des joueurs ayant participé à la Coupe du monde. Parmi les principales satisfactions, Ismaïla Sarr ressort comme l’un des hommes forts de la compétition. Les rédacteurs estiment qu’il est « capable d’influencer le sort des matchs », saluant son impact offensif, sa capacité à créer des différences et son efficacité dans les moments décisifs.

Le rapport met également en avant Krépin Diatta, dont il souligne « le bon apport offensif et la discipline tactique ». Son investissement dans les tâches défensives ainsi que sa disponibilité sont également relevés parmi les points positifs. Autre satisfaction, Moussa Niakhaté est présenté comme l’un des défenseurs ayant offert le plus de garanties durant la compétition, notamment dans les duels et l’organisation de la ligne défensive.

À l’inverse, la DTN identifie plusieurs joueurs qui devront bénéficier d’un accompagnement spécifique lors des prochains rassemblements. Le rapport cite Assane Diao, dont la compétition a été perturbée par une blessure, évoquant un « manque d’implication » durant certaines séquences de la préparation. Lamine Camara, Pape Matar Sarr et Antoine Mendy figurent également parmi les joueurs pour lesquels les auteurs estiment qu’un travail supplémentaire devra être entrepris afin de favoriser leur progression au sein du groupe national. Le document précise toutefois que cette appréciation s’inscrit dans une logique de développement et non de remise en cause de leur potentiel.

L’évaluation du staff révèle des difficultés de fonctionnement

Le chapitre consacré au staff technique constitue sans doute l’un des passages les plus sensibles du rapport. La DTN y formule plusieurs recommandations visant à améliorer le fonctionnement interne de l’encadrement des Lions. Le document recommande notamment « d’améliorer les relations de travail entre les entraîneurs adjoints, notamment entre Teddy et Élmène ». Selon les rédacteurs, il existe des « divergences de communication ou de perception des rôles » susceptibles de « fragiliser la prise de décision » et de « nuire à la stabilité du groupe ». Le rapport ne fournit cependant aucun élément supplémentaire sur la nature exacte de ces divergences ni sur leurs éventuelles conséquences dans la gestion quotidienne de l’équipe. En l’état, il s’agit d’un constat interne formulé par les auteurs du document, qui ne repose pas, dans ce rapport, sur des témoignages ou des exemples détaillés.

Une délégation jugée trop importante

Le rapport aborde également la composition de la délégation ayant accompagné les Lions aux États-Unis. Les rédacteurs estiment qu’une réflexion doit être engagée sur la taille de l’encadrement. Ils recommandent de « rationaliser la composition de la délégation en réduisant le nombre de personnels médicaux et digitaux ». Selon eux, cette mesure permettrait de recentrer les ressources humaines autour « des besoins réels de l’équipe » et d’améliorer l’efficacité globale de l’encadrement.

Un manque de coordination entre le sélectionneur et la DTN

Le rapport ne limite pas son analyse au seul terrain. Il s’intéresse également aux relations institutionnelles ayant entouré la préparation du Mondial. Les auteurs recommandent à plusieurs reprises de « renforcer la collaboration entre le sélectionneur et le Directeur technique national ». Cette recommandation laisse apparaître qu’aux yeux de la DTN, cette collaboration n’a pas été jugée suffisamment étroite durant la préparation de la compétition. Afin d’éviter que cette situation ne se reproduise, le document propose « d’institutionnaliser des réunions périodiques entre le sélectionneur, le Directeur technique national, le Secrétaire général et le Président de la Fédération ». L’objectif affiché est d’assurer une meilleure circulation de l’information, une coordination plus efficace des décisions et une anticipation des besoins sportifs de l’équipe nationale.

Les recommandations à court terme

À l’issue de son diagnostic, la Direction technique nationale formule plusieurs recommandations immédiates. Elle préconise tout d’abord « une évaluation technique approfondie » associant l’ensemble du staff. Le rapport recommande également l’organisation d’une rencontre entre le sélectionneur et le président de la Fédération afin de dresser un bilan de la campagne mondiale. Les auteurs demandent enfin que le staff technique produise un rapport détaillé sur la préparation, la compétition et les enseignements à tirer.

Une réorganisation du staff envisagée

À moyen terme, la DTN souhaite une évolution de la composition du staff. Le rapport indique qu’il conviendrait de « privilégier les compétences nationales lorsque celles-ci répondent aux exigences du haut niveau ». Il recommande par ailleurs de « maintenir l’expertise du Dr Sène », en envisageant « une réorganisation des fonctions d’adjoint médical et de préparateur mental ». Le document insiste également sur la nécessité d’élaborer un véritable plan de préparation pour les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations.

Installer un cadre permanent de concertation

Au-delà des échéances immédiates, la DTN souhaite une évolution durable du fonctionnement institutionnel. Le rapport appelle à la création d’« un cadre permanent de concertation » réunissant régulièrement le sélectionneur, le Directeur technique national, le Secrétaire général et le président de la Fédération. Selon les rédacteurs, ce dispositif permettrait d’assurer « un suivi continu des activités de l’équipe nationale », d’améliorer l’anticipation des besoins et de renforcer la cohérence des décisions sportives.

Un rapport qui dépasse le simple bilan sportif

Au fil de ses dizaines de pages, le rapport de la Direction technique nationale ne se contente pas d’expliquer une élimination en seizièmes de finale. Il met en évidence une série de dysfonctionnements qui concernent aussi bien la préparation, les choix tactiques, l’état physique de certains cadres, le fonctionnement interne du staff, que les relations entre les différentes composantes de la Fédération. Sans adopter un ton polémique, le document dessine le portrait d’une campagne marquée par des insuffisances structurelles autant que sportives.

Sa conclusion appelle à « une mise en œuvre progressive et rigoureuse des recommandations formulées », considérant que seule une réforme de l’organisation sportive permettra au Sénégal de mieux préparer les prochaines échéances internationales.

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