À quelques mois du Sommet de la Francophonie de Phnom Penh, la campagne portée par la Mauritanie au poste de Secrétaire général franchit un nouveau cap. Après des auditions largement remarquées auprès des États et gouvernements membres, la candidature de Dr Coumba Bâ semble entrer dans une nouvelle phase, plus offensive mais toujours méthodique, marquée par une forte présence diplomatique, bien au-delà du continent africain.

La tournée effectuée ces derniers jours au Cambodge, au Vietnam et au Laos ne relevait pas d’une simple séquence protocolaire. Elle répondait à une logique politique précise qu’est celle de rappeler que l’élection du prochain Secrétaire général de la Francophonie ne saurait être réduite à une confrontation de blocs ou à une lecture strictement régionale. Elle concerne l’ensemble de la communauté francophone.

Cette démarche trouve un écho particulier en Asie du Sud-Est, où la Francophonie conserve un ancrage historique souvent sous-estimé. Le Cambodge, le Vietnam et le Laos demeurent parmi les piliers de l’espace francophone asiatique et accueillent aujourd’hui un débat qui dépasse largement les seuls équilibres africains.

La visite de la délégation mauritanienne s’inscrit également dans une histoire plus ancienne. Les relations entre la Mauritanie et les pays d’Indochine remontent aux premières décennies qui ont suivi les indépendances. Elles se sont construites autour d’une même conception des relations internationales, nourrie par les principes du dialogue, de la souveraineté des États, du respect mutuel et de la doctrine du non-alignement qui a profondément marqué la diplomatie du Sud. Cette mémoire commune continue aujourd’hui de constituer un socle favorable au dialogue politique.

Une Francophonie bâtie sur la culture des résultats 

Dans chacune des capitales visitées, le message porté par Dr Coumba Bâ est demeuré constant. La candidate mauritanienne défend une vision d’une Francophonie davantage tournée vers les résultats, la solidarité entre États, la circulation des connaissances, la jeunesse, les talents, l’innovation et les opportunités économiques, tout en renforçant les liens entre l’Afrique et l’Asie. Cette approche, déjà développée lors des auditions, a été adaptée aux priorités propres à chaque interlocuteur sans jamais perdre sa cohérence.

Au Cambodge, futur pays hôte du Sommet de la Francophonie, l’accent a notamment été mis sur une Francophonie plus solidaire, capable d’accompagner concrètement les États lorsqu’ils traversent des périodes de tension, mais également sur la nécessité de mieux valoriser le patrimoine culturel des pays membres à l’ère numérique et de donner un contenu plus tangible à la Francophonie économique.

Au Vietnam, les échanges ont davantage porté sur la capacité de la Francophonie à devenir un véritable réseau d’intelligence collective, favorisant la mobilité des talents, les coopérations universitaires, les partenariats scientifiques et l’innovation technologique. Le Vietnam, dont la transformation économique est largement reconnue, apparaît dans cette vision comme l’un des futurs moteurs de la Francophonie asiatique.

Au Laos enfin, pays dont l’attachement à la Francophonie demeure constant depuis plusieurs décennies, la délégation mauritanienne a souligné que l’Asie francophone ne devait plus être considérée comme une périphérie de l’organisation mais comme l’un de ses principaux espaces d’avenir. Là encore, le message repose sur une idée simple : une organisation internationale se juge autant à sa capacité d’agir qu’à la force de ses principes.

Au-delà du contenu des échanges, c’est sans doute l’évolution du climat politique qui retient désormais l’attention de nombreux observateurs. Plusieurs interlocuteurs rencontrés au cours de cette tournée ont laissé apparaître un intérêt marqué pour une candidature susceptible de préserver l’unité de la famille francophone dans un contexte international particulièrement sensible.

L’enjeu dépasse en effet la seule désignation du prochain Secrétaire général. Beaucoup, surtout les pays de l’Asie,souhaitent que le Sommet de Phnom Penh demeure un moment de rassemblement pour la Francophonie et non le théâtre d’une confrontation durable entre différents blocs d’influence. Dans cette perspective, les qualités traditionnellement associées à la diplomatie mauritanienne(équilibre, dialogue, modération et capacité à entretenir des relations de confiance avec des partenaires aux sensibilités diverses) trouvent aujourd’hui une résonance particulière.

Une diplomatie de proximité fondée sur l’écoute

La campagne mauritanienne semble d’ailleurs avoir pris acte de cette évolution. Loin d’une logique de polarisation, elle privilégie une diplomatie de proximité, fondée sur l’écoute, le dialogue politique et la recherche de convergences. Cette méthode, patiemment construite depuis les premières auditions, apparaît aujourd’hui comme l’une des principales forces de la candidature.

L’impression générale qui s’est dégagée de cette tournée asiatique est celle d’une campagne qui continue de gagner en densité. Après avoir suscité une attention favorable lors des auditions, la candidature de Dr Coumba Bâ franchit une nouvelle étape en démontrant sa capacité à fédérer des interlocuteurs appartenant à des espaces géographiques, historiques et politiques très différents.

À mesure que l’échéance de Phnom Penh approche, un mouvement semble ainsi se dessiner. Plus qu’une candidature portée par un seul pays ou par une seule région, la proposition mauritanienne apparaît progressivement comme celle d’une Francophonie qui chercherait moins à arbitrer des rapports de force qu’à recréer les conditions du dialogue, de la confiance et du rassemblement.

Dans une organisation qui s’apprête à ouvrir un nouveau cycle de son histoire, cette capacité à bâtir des passerelles pourrait bien constituer l’un des critères déterminants du choix qui sera finalement posé par les États et gouvernements membres.

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