Dans un article publié le 7 août 2026 par Malick Ndaw, Lejecos revient sur le Pacte panafricain de l’assurance inclusive adopté à Cotonou, au Bénin, lors des États généraux de l’Assurance pour Tous. Réunis du 6 au 8 juillet, plus de 350 participants venus de plus de trente pays ont fixé un objectif ambitieux : doubler le taux de pénétration de l’assurance sur les marchés membres de la FANAF d’ici à 2040, rapporte seneplus .
Le constat dressé par les acteurs du secteur est sévère. L’Afrique représente près de 19 % de la population mondiale, mais ne capte que moins de 1 % des primes d’assurance mondiales. Hors Afrique du Sud, le taux de pénétration reste proche de 1 % du PIB, contre environ 7 % à l’échelle mondiale. Pour les signataires du Pacte, le problème vient surtout d’une offre qui ne correspond pas aux réalités économiques du continent, où plus de 80 % de l’activité relève de l’informel.
Cette faible couverture contraste avec l’importance des mécanismes traditionnels de solidarité. Près de 40 % des adultes africains épargnent déjà à travers des tontines, mutuelles ou groupes d’épargne. « Ce n’est pas la culture de la protection mutuelle qui fait défaut, c’est l’offre d’assurance qui n’a pas su se mettre à la hauteur de ces solidarités », soulignent les signataires.
Le Pacte fixe des objectifs précis par pays. Le Sénégal devrait ainsi faire passer son taux de pénétration de 1,2 % à 2,4 %, tandis que la Côte d’Ivoire viserait 3,2 %, le Cameroun 2,8 %, le Bénin 1,8 % et le Burkina Faso 1,6 %.
Pour atteindre ces objectifs, les professionnels réclament une réforme du cadre réglementaire de la micro-assurance, notamment du Livre VII du Code CIMA. Ils souhaitent une réglementation proportionnée aux risques et aux produits proposés, ainsi qu’un « bac à sable » réglementaire permettant de tester des innovations comme l’assurance paramétrique, l’intelligence artificielle ou l’identification électronique.
Le Pacte entend également transformer l’expérience du client. La souscription devrait pouvoir se faire en quelques minutes, depuis un téléphone mobile et sans passage en agence. Les documents devront être accessibles dans les langues locales et les indemnisations intervenir dans un délai maximal de 72 heures après réception des pièces nécessaires. « Un sinistre bien réglé gagne un village entier à l’assurance ; un sinistre mal réglé le perd pour une génération », résume le texte.
Quatre secteurs sont particulièrement ciblés : l’agriculture et les risques climatiques, les PME, l’assurance-vie et l’épargne inclusive ainsi que la micro-assurance santé. Les assureurs membres de la FANAF devront proposer au moins deux produits relevant de ces catégories avant la fin de 2027.
La fiscalité est également au cœur des revendications. Dans plusieurs pays, les taxes et prélèvements peuvent représenter jusqu’à 15 à 25 % du coût des primes. Les signataires demandent donc une réduction, voire une exonération, de la fiscalité sur les produits d’assurance inclusive afin de les rendre accessibles aux agriculteurs, commerçants et travailleurs de l’informel.
Le numérique est présenté comme un autre levier majeur. Le mobile money doit permettre de souscrire, payer les primes et recevoir les indemnisations sans passer par une agence. Les coopératives agricoles, institutions de microfinance et réseaux de proximité sont appelés à jouer un rôle dans la distribution. L’intelligence artificielle pourrait, de son côté, contribuer à la tarification, à l’analyse des risques et au traitement des sinistres.
Le Pacte prévoit enfin un dispositif de suivi avec un tableau de bord public publié deux fois par an. Les progrès de chaque marché seront évalués à partir du taux de pénétration, du nombre de produits labellisés, du volume de primes inclusives et du nombre de nouveaux assurés.
L’ambition affichée à Cotonou est donc de faire de l’assurance un véritable instrument de protection sociale et économique. Les populations prioritaires sont les petits exploitants agricoles, les travailleurs de l’informel, les femmes chefs de ménage et les PME. Après les engagements pris en juillet, la première échéance est désormais fixée à la fin de 2027, avec l’arrivée des premiers produits labellisés.
