Le Sénégal figure parmi les économies africaines où la dépendance aux transferts s’accroît, dans un contexte continental où ces flux ont bondi de 86 % en dix ans pour atteindre 124,2 milliards de dollars en 2025

Les transferts de fonds de la diaspora sénégalaise représentent désormais 11 % du produit intérieur brut du pays, contre 10 % lors du précédent classement, selon le rapport Sending Money Home 2026, publié le 14 septembre par le Fonds international de développement agricole (FIDA) sous la direction de l’auteur principal Pedro De Vasconcelos. Cette progression place le Sénégal parmi les économies africaines où la dépendance aux transferts s’accroît, dans un contexte continental où ces flux ont bondi de 86 % en dix ans pour atteindre 124,2 milliards de dollars en 2025.

Sur le plan des coûts, le document rattache le Sénégal à l’Afrique de l’Ouest, seule sous-région du continent où le coût moyen d’un transfert reste inférieur à 5 %, un niveau que le FIDA attribue en partie aux corridors reliant l’euro au franc CFA, où le taux de change fixe limite les marges de change appliquées par les opérateurs. Cette situation contraste avec la moyenne africaine, où le coût non bancaire d’un envoi de 200 dollars atteignait encore 7,2 % au troisième trimestre 2025, et avec l’Afrique australe, la sous-région la plus chère du continent à 10,4 %. 

Le rapport souligne par ailleurs la dimension genrée de ces flux au Sénégal, relevant que près de la moitié des femmes adultes du pays ont reçu des transferts internationaux au cours de l’année écoulée, un taux comparable à celui du Tadjikistan et nettement supérieur à celui observé en Gambie ou au Honduras, où environ un tiers des femmes en bénéficient.

Le Sénégal figure également parmi les sept pays ayant participé à l’Initiative pour l’accès aux transferts de fonds, un programme conjoint du FIDA et du cabinet Cenfri mené aussi au Ghana, au Kenya, au Maroc, en Afrique du Sud, en Gambie et en Ouganda. Selon le document, cette initiative a accompagné 13 prestataires de services de transfert et cinq régulateurs afin d’alléger les exigences de vérification d’identité pour les clientèles rurales et à faibles revenus, notamment par la création de comptes simplifiés nécessitant moins de documents. Ces mesures avaient permis, dès 2023, de lever les obstacles liés à la vérification d’identité pour 358 000 clients répartis entre onze prestataires.

Le rapport consacre un encart spécifique à l’impact des transferts sur la résilience climatique des ménages sénégalais, comparé à celui du Mali. Selon les données citées, 73 % des ménages sénégalais bénéficiaires de transferts avaient adopté une stratégie de gestion des risques agricoles, contre seulement 22 % des ménages n’en recevant pas. Les bénéficiaires se sont également révélés près de deux fois plus susceptibles d’épargner, ce qui renforce, selon le FIDA, leur capacité à absorber des pertes sans recourir à des stratégies d’adaptation plus dommageables, comme la vente d’actifs productifs.

Le document met aussi en lumière une dimension moins visible de ces échanges migratoires, celle du transfert de savoir. Un ménage sénégalais sur dix a ainsi adopté une pratique agricole climatique directement transmise par un migrant de retour au pays, et près des deux tiers d’entre eux ont ensuite partagé cette pratique avec d’autres foyers de leur communauté, un phénomène que les auteurs qualifient de « transferts sociaux ». 

Pour le FIDA, ces résultats illustrent la capacité des transferts financiers à combiner une réponse immédiate aux besoins des ménages et une contribution durable à leur résilience, sans pour autant se substituer aux financements climatiques publics ni aux politiques d’adaptation que l’État sénégalais est appelé à mettre en œuvre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicite