Votre médecin vous propose qu’une intelligence artificielle l’aide à prendre des notes. Elle capte la conversation et prépare un compte rendu qu’il devra vérifier. L’idée peut rendre l’échange plus agréable. Elle mérite aussi des explications simples : que devient votre parole, et pouvez-vous demander une consultation sans cet outil ?
Imaginons la scène. Vous racontez vos symptômes et votre médecin vous regarde davantage. Un logiciel prépare ses notes. Vous appréciez cette attention, jusqu’à ce qu’une question surgisse : qui d’autre pourrait accéder à ce que vous dites ? Profiter de l’outil et vouloir protéger son intimité sont deux attentes parfaitement compatibles.
Ce qui est vrai
Les premiers retours de patients sont encourageants. Dans une enquête publiée en juin 2026, menée à Stanford auprès de 2 202 répondants ayant expérimenté ces outils, 70,1 % les jugeaient utiles et 73,6 % souhaitaient leur utilisation lors de prochaines consultations. Il s’agit de l’avis de patients répondants dans un établissement américain. Cela ne prouve ni l’absence d’erreurs ni une amélioration de la santé, et ne préjuge pas de ce que vous en penserez.
Le bénéfice attendu est facile à comprendre : lorsque le médecin passe moins de temps à saisir des phrases, il peut être plus disponible pour la conversation. Vous restez cependant la meilleure personne pour dire si vous vous êtes senti écouté. Votre préférence peut varier selon le sujet de consultation.
Ce qu’on vous raconte
Des mots comme « sécurisé » ou « confidentiel » ne répondent pas à toutes les questions. Il faut savoir quelles données sont conservées, qui y accède et pendant combien de temps. La voix enregistrée, sa transcription et le compte rendu peuvent suivre des règles différentes. Supprimer le son ne signifie donc pas nécessairement supprimer le texte. La CNIL demande une information compréhensible sur l’usage des données et leurs destinataires.
Utiliser vos propos pour préparer votre dossier et les réutiliser pour entraîner un modèle sont deux finalités différentes. L’accord à l’écoute ne vaut pas une autorisation générale pour tous les usages. Si une réutilisation est envisagée, son cadre et l’information qui vous est donnée doivent être précisés.
Ce que l’IA sait faire et ce qu’elle ne sait pas faire
Le mot « scribe » décrit sa fonction : préparer l’écrit médical à partir de l’échange. La décision concernant vos examens ou votre traitement continue d’appartenir au professionnel qui vous soigne, avec vous.
Le logiciel prépare un texte ; il peut aussi oublier une information ou en ajouter une inexacte. Des évaluations de brouillons ont notamment relevé des omissions et des erreurs sur les médicaments. Le médecin doit vérifier la note avant de la valider. Vous n’avez pas à devenir le contrôleur technique de l’outil.
Avant de capter la conversation, le professionnel doit expliquer le dispositif et s’assurer de votre accord. En France, le Code pénal protège les paroles privées ou confidentielles contre leur captation sans consentement. Cela ne signifie pas qu’un formulaire signé est systématiquement obligatoire. En pratique, demandez à poursuivre sans scribe si vous êtes mal à l’aise, ou à interrompre la captation pour un passage sensible.
Quatre questions à poser
- Est-ce que ma voix est conservée, ou seulement un texte ?
- Qui peut accéder à ces données, pendant combien de temps, et servent-elles aussi à entraîner une IA ?
- Est-ce que vous relisez et corrigez le compte rendu avant de le mettre dans mon dossier ?
- Peut-on faire cette consultation sans l’outil, ou l’arrêter lorsque je le souhaite ?
Le regard d’un médecin
Un médecin qui peut regarder son patient pendant qu’il parle retrouve une disponibilité à laquelle nous tenons. Il serait dommage de condamner un outil susceptible de faciliter cet échange parce qu’il utilise une intelligence artificielle.
Mais la confiance commence avant d’appuyer sur le bouton. Quelques explications peuvent permettre au patient de décider. À l’inverse, découvrir après coup qu’une conversation intime a été captée risque d’abîmer la relation. Le sujet mérite mieux qu’une information noyée dans un document que personne n’a le temps de lire.
Le refus doit pouvoir être formulé. Une personne qui parle de sa sexualité, d’une addiction ou de difficultés familiales doit pouvoir demander que le microphone soit coupé, sans craindre d’agacer le médecin. Le progrès devrait élargir cette liberté de parole.
Enfin, les garanties doivent être organisées par les professionnels et les établissements. Le patient vient chercher des soins ; il ne vient pas auditer un logiciel. Il a besoin de comprendre l’essentiel et de savoir à qui poser ses questions. Si l’IA aide le médecin à mieux l’écouter tout en respectant ces conditions, elle trouvera sa place. La qualité de cette conversation restera le meilleur argument en sa faveur.
