Dans la commune de Nguékhokh, D. Mbaye agressait ses victimes avec du piment en poudre, une pompe à gaz, une machette. Son mode opératoire : attirer des chauffeurs dans un piège, les aveugler, les bastonner, les dépouiller…, puis tenter de les achever.
Depuis près de deux ans, un prédateur rodait. Les rumeurs le disaient agent d’hôtel, maçon, homme de confiance. En réalité, D. Mbaye était bien pire : un bandit de grand chemin froid, méthodique et d’une violence inouïe. Son repaire : un bâtiment inachevé, isolé à la sortie de la ville, à l’écart des regards et des secours. Ses cibles favorites : des chauffeurs de taxi ou des émigrés, faciles à attirer par une fausse promesse de matériaux à charger, un emploi fictif ou une simple invitation amicale. Une fois la proie à l’intérieur du chantier fantôme, le rituel macabre commençait.
D’après le récit de L’OBS, Mbaye frappait par surprise, prenait sa victime au collet, puis lui jetait du piment en poudre dans les yeux ou utilisait une pompe à gaz pour l’aveugler. Sous la douleur, le malheureux ne pouvait plus se défendre. L’agresseur en profitait pour le menacer avec une machette, le déshabiller, lui voler son argent et son téléphone. Puis, dans un dernier élan de cruauté, il tentait de tuer sa victime. Seuls un bruit extérieur ou l’arrivée inopinée d’un passant lui faisaient lâcher prise. L’émigré qui a failli ne pas revenirLe cas le plus emblématique de ses agressions se produit en janvier 2026, au lendemain de la victoire du Sénégal à la Coupe d’Afrique.
Son modus operandi
Le chef de l’État décrète un jour férié, et D. Mbaye profite de l’ambiance festive pour recontacter M. Ndiaye, un émigré qu’il avait perdu de vue depuis cinq ans. Via WhatsApp, il lui donne rendez-vous devant un hôtel de Nguékhokh, se faisant passer pour un employé de l’établissement. Une fois sur place, il propose à son «ami» de visiter un bâtiment en construction. Dans une pièce déserte, D. Mbaye surgit par derrière, un couteau à la main. Il exige le téléphone portable et 65 000 FCfa. Devant le refus de M. Ndiaye, il le bastonne, le déshabille, le dépouille. Puis, il s’apprête à lui trancher la gorge. Mais au moment fatal, le bruit d’un véhicule venant de l’autoroute à péage le trouble. Il abandonne sa victime, baignant dans son sang et disparaît dans la nature.
Avant cette affaire, D. Mbaye avait déjà fait subir le même calvaire à au moins six autres personnes, pour la plupart des chauffeurs. En décembre 2025, B. Sakho, un taximan, est attiré par une fausse promesse de matériaux à récupérer dans le fameux chantier. Une fois sur place, l’agresseur lui jette du piment en poudre dans les yeux, brandit sa machette et lui soutire son téléphone et 40 000 FCfa. Seule l’arrivée de deux ouvriers empêche le drame. D. Niang, S.Mb. Fall, L. Faye et S.S. Sène subissent le même sort. À chacun, D. Mbaye prend téléphone et argent : 70 000, 50 000, 35 000 FCfa. Chaque fois, il tente d’abréger leur vie. La semaine passée, grâce à la collaboration des victimes, la Brigade de gendarmerie de Nguékhokh est enfin parvenue à interpeller D. Mbaye.
Lors de son arrestation, les forces de l’ordre ont trouvé sur lui une bouteille de piment en poudre et un couteau. Il a été placé sous mandat de dépôt à la prison de Mbour. Hier, devant la présidente du Tribunal de grande instance, le prévenu a comparu aux côtés d’une dizaine de ses victimes, dont plusieurs chauffeurs. À la barre, D. Mbaye a réfuté catégoriquement les accusations de tentative de meurtre. Cependant, il a reconnu avoir dépouillé l’émigré M. Ndiaye, avec cette défense étonnante : «Il me devait de l’argent. Je me suis fait rembourser à ma façon.»
